Pendant ce temps là, mon bouquin cherche toujours son éditeur. Il se passe peut-être des trucs en coulisses. Ou pas. Il faudrait que je demande. En attendant j’évite de penser à toutes les fois où j’ai dit que fin octobre, c’était sûr, j’aurais envoyé des exemplaires par la poste et j’aurais enterré le truc en cas de refus. Nous sommes en début de fin novembre, et je me repose toujours sur des petits espoirs par ci par là. J’aime à croire que c’est pas vain. Que des fois, on récupère un retour de karma et que tout ira bien. Peut-être pas. Si ça se trouve, fin décembre je dirai que cette fois, c’est sûr, mon bouquin je l’enverrai en janvier. Qu’on en finisse bordel ! Sauf que, depuis quelques semaines, enfin quelques mois, j’ai une névrose supplémentaire vis-à-vis du probable refus. J’ai besoin de vendre celui là, parce que c’est peut-être ma seule chance de vendre les suivants.
Je bosse en alternance sur deux manuscrits. Le premier, c’est pas un scoop, est un recueil de nouvelles. Qu’on soit clairs, c’est invendable. Prodigieusement invendable. Ca ne marche pas. C’est aussi simple que ça. Ajoutez à ça le sujet étrange de mon recueil,qui perplexifie déjà mon entourage à qui il faut que j’explique le truc, et c’est pas gagné. Sinon j’ai mieux déblayé que prévu mon prochain roman. J’ai enfin ma fin par exemple. Mais une fois de plus, c’est un projet complexe. Déjà parce que c’est à la troisième personne du féminin, au temps du présent et du passé, avec deux histoires simples qui ne gagnent en richesse que parce qu’elles sont justement lues en même temps. Un tas de super idées sur le papier qui sont difficiles à mettre en place et me fond réaliser que je vais devoir passer beaucoup de temps pour que ça fonctionne.
Et pour le vendre ensuite, bonjour la galère. Car l’avantage du manuscrit qui ne se signe pas en ce moment, c’est qu’il est simple, concret, facile à lire et vendable. C’est en gros un pied dans la porte. Une de ses fonctions c’est simplement d’exister, pour que les autres puissent exister à leur tour. Le pire dans tout ça c’est que la fiche de lecture de Flammarion, celle qui dit que ça se signe, celle qui dit que c’est assez bon, m’a fait plus de mal que de bien. Elle ne m’a rien appris que je ne sache pas. Certes, c’est une validation extérieure, mais c’est aussi la potentielle preuve d’une injustice. Si après épuisement de tous les recours, de tous les pistons, de tous les éditeurs, ça n’est passé nulle part. Ca ne sera pas seulement triste, ce sera injuste. D’où le fait que je freine d’autant plus des deux pieds.
Je sais, vous en avez marre que je fasse ma note mensuelle d’excuses pour ne pas avoir encore démarché tout le monde. Tout comme ça vous fait bien rigoler de me voir avoir écrit une bonne cinquantaine de pages depuis la fois où je vous ai dit que j’avais plus la force d’entamer un nouveau projet. Je vous répondrais : gna gna gna.
Laissez-moi me morfondre maintenant.


