Donc j’ai finalement vu Black Swan. Et je m’y suis ennuyé comme pas permis. Je me souviens avoir décroché quand Nathalie Portman prend un bain et qu’on voit, à côté de sa tête, une serviette avec un motif de cygne blanc. Le symbolisme au lance-roquette : éloge à la subtilité. A partir de là, j’ai attendu que ça passe. Il faut dire que j’avais enfin visionné Perfect Blue deux semaines plus tôt. Ce film d’animantion japonaise (fruit du regretté Satoshi Kon) était sur ma liste d’animes à voir depuis sa sortie française en 1999. Plus de dix ans avant de m’y mettre. Moins de deux heures pour se prendre la gifle en pleine poire.

Mima est une chanteuse dans un groupe de J-Pop qui décide de devenir actrice. Elle accepte un petit rôle dans une série télévisée et peu à peu arrive à faire sa place. Mais malgré le succès qui arrive, Mima se demande si elle a bien fait de changer de carrière. Au même moment apparait un étrange individu, qui semble la suivre partout où elle va, lui fait peur. La jeune femme se ronge déjà les sangs chaque jour à se demander si ses choix de vie sont les bons et s’inquiète en plus de la présence d’un déséquilibré dans sa vie. Puis ses collaborateurs sur la série et dans son agence se mettent à mourir. Mima est hantée par des rêves où c’est elle qui tue. Peu à peu elle perd pied, confond réel et imaginaire.

Satoshi Kon était un réalisateur cohérent avec lui-même. Il a passé la quasi-totalité de sa filmographie a interroger la question du rapport au réel. Perfect Blue, adapté très librement d’un roman parait-il moyen, joue avec le spectateur, le place dans la peau de Mima et le fait douter jusqu’au bout. Tout au long du film j’échafaudais de nouvelles théories, pour à chaque fois tombé à côté. Car plus qu’une histoire de dépression schizophrénique, Perfect Blue est aussi un trhiller avec des meurtres (des vrais) et donc un tueur. Le montage et la musique entretiennent le suspense mais aussi l’angoisse. Plusieurs des morceaux de la bande originale mettent mal à l’aise de par le choix des instruments, la répétition des notes. Un travail sonore très fort, au sens propre.

Eloigné des monstres baveux géants, Perfect Blue aurait pu être tourné en live sans aucun problème (c’est d’ailleurs le cas puisqu’il existe une version filmée). Mais la beauté de l’animation vient contraster avec l’horreur de l’histoire, créant un décalage supplémentaire à même de déstabiliser le spectateur. Dans les scènes où réel et imaginaire se confondent, où les miroirs disent la vérité, ce choix de l’animation permet des effets visuels et autres trouvailles de style qui seraient beaucoup moins bien passées fussent-elles été filmées avec de vrais comédiens.
J’aime quand l’animation est au service de son sujet, et quand ce sujet est réservé à un public adulte, de part sa violence et le mal être qui suinte. C’est une utilisation du dessin beaucoup trop rare dans le cinéma contemporain des animaux qui parlent. Perfect Blue en est d’autant plus précieux et mérite entièrement son statut de film culte.
On sait qu’Aronofsky est un fan de Satoshi Kon et l’a rencontré de son vivant. La filiation de Black Swan avec Perfect Blue est plus qu’évidente. Et la plupart de ceux qui m’ont confié ne pas avoir aimé Black Swan m’ont cité Perfect Blue en exemple.
Si j’avais su, je les aurais regardés dans l’ordre inverse.
TRAILER STAGE !!!
Howl est découpé en plusieurs parties entremêlées. Le (très) long poème est lu par Allen Ginsberg à une assemblée dans ce qui semble être un bar. Simultanément le texte est montré sous la forme de séquences d’animations, mêlant dessin traditionnel et 3D pour créer des mouvements vertigineux. L’autre gros morceau du film met en scène le procès de l’éditeur de Howl, pour avoir imprimé un texte jugé obscène. Des professeurs de littérature se succèdent à la barre et jugent de la qualité littéraire du poème, cuisinés par l’avocat de la défense joué par le toujours impeccable John « Don Draper » Hamm. Enfin Allen Ginsberg est interviewé chez lui par une personne en vue subjective et donne son point de vue sur Howl, le procès, sa vie, la beat génération, ses amants. Le tout étant proposé de manière entremêlée, proche d’un patchwork arty.
Le film demeure un documentaire dans la mesure où le script est construit entièrement à base du texte intégral de Howl, des comptes rendus du procès et d’extraits d’interviews. Il n’y a donc en théorie pas une seule ligne qui relève de la fiction. L’exercice est donc particulièrement intéressant, l’objet filmique unique. Howl, le film, est à la fois une adaptation du poème en animation, une lecture du texte, une biographie d’un des plus grands poètes contemporains américains et un documentaire sur la pudibonderie et la valeur littéraire. Le sujet dépasse la poésie pour parler de la société Us de l’époque, de l’homosexualité et de la vie des poètes dans une société post industrielle. La Beat Generation est aussi abordée, avec la présence de Kerouac, ami et amant (si j’ai bien compris) de Ginsberg. De quoi me motiver à creuser le sujet.
Si le film a un défaut c’est qu’il est dense. Howl est formidablement écrit mais difficile à percer en version originale (et comme le film ne sortira pas chez nous…). Ca m’a un peu piqué le cerveau et j’ai dû louper pas mal de trucs. C’est clairement pas le truc qu’on regarde pour se détendre un samedi soir.

