1064 – Book Review 170

Charlie Huston va bien depuis la dernière fois. L’auteur de la très recommandable série des Joe Pitt est le scénariste de la dernière série Wolverine en comic et vient de sortir un roman d’anticipation. Après un dixième d’Infinite Jest j’avais besoin de pulpe, enfin de pulp, pour reprendre des vitamines en tant que lecteur. J’ai donc chopé un exemplaire de Sleepless que j’ai commencé à lire dans le métro depuis mon téléphone, ayant laissé mon Kindle à la maison (écosystème Amazon > All).

Le monde est au bord du gouffre depuis l’apparition d’une nouvelle maladie qui empêche de dormir jusqu’à ce que mort s’en suive. Les Sleepless sont contaminés par un prion d’origine inconnue qui bloque une partie de leur cerveau et les condamne à ne pas trouver le sommeil. Les malades perdent peu à peu leur force, leur santé mentale et meurent au bout de quelques mois dans une intolérable souffrance. 10% de la population est atteinte et ce nombre ne fait qu’augmenter. Park est policier dans la ville de Los Angeles, en proie aux pillages, attentats et où règne la loi martiale. Dealer infiltré, il doit surveiller l’éventuelle arrivée du Dreamer sur le marché noir, la seule drogue qui permet aux sleepless de dormir, sans pour autant les guérir. La seule façon de les soulager temporairement.

Sleepless possède une triple narration. On suit Park à la troisième personne, alors qu’il veille sur sa fille et sa femme Sleepless qui, peu à peu, perd la raison. Park tient un journal intime à la première personne où il se confie, pense, réfléchit. Enfin Jasper intervient à la troisième personne. Tueur à gages de soixante ans, il est chargé de retrouver un disque dur dont Park vient de s’emparer dans le cadre de son enquête sur le trafic de Dreamer. Ce sont ses segments qui sont les plus faibles. Son regard nihiliste combiné à la faible fréquence de ses apparitions rend difficile de s’attacher au personnage. En tout cas pendant les deux tiers du bouquin. Tout comme les trois (trop) longues séquences de baston l’impliquant. On a compris qu’il était badass la première fois.

Le livre est un peu bancal dans sa structure et ne devient réellement efficace que lors de son dernier quart. Mais tout le worldbuilding est top niveau, entre les explications médicales liées aux Sleepless et le beau boulot de géopolitique mondiale liée à la propagation d’une telle maladie. L’un dans l’autre j’ai tout de même accroché, notant pour plus tard une ou deux bonnes phases afin de les plagier plus tard (LIKE A PPDA !).

Pas toujours parfait mais agréable de bout en bout, Sleepless est le mélange de pulp, d’anticipation et de thriller cyberpunk (léger, mais World of warcraft joue un grand rôle dans l’histoire, for real) qu’il me fallait pour respirer littérairement cette semaine.

Validé et recommandé.

722 – Dreamcaster

- C’est une blague ?

Nathalie regardait l’avocat qui s’était immiscé entre elle et la fin de son petit déjeuner d’un œil malheureusement pas encore assez réveillé pour être scandalisé. L’intrus était venu la cueillir à l’aube, pénétrant l’intérieur dès que la porte fut entrouverte.

- J’ai bien peur que non Mlle Gayet.

Le petit être encravaté produit une pochette en kraft de sa mince mallette posée au milieu des confitures et commence à lire son contenu à voix haute.

- Mon client a cauchemardé de vous à trois reprises en moins d’une semaine, entre les 2 et 8 mars de cette année. Vous apparaissiez systématiquement en train de rompre avec lui ou de le tromper ou une combinaison des deux.
- Pardon ?
- Dans le dernier rêve, le 8 donc, vous rompiez au restaurant tout en vous faisant prendre en levrette « avec grand plaisir » par votre amant.
- Qui était aussi dans le restaurant ?
- C’est cela même.

La jeune femme préfère soutenir son crâne avec sa main de peur de s’effondrer. Elle beurre au ralenti une biscotte déjà brisée. Imperturbable, l’avocat continue.

- En conséquence de quoi mon client a déposé contre vous une demande d’injonction restrictive. Il vous est désormais interdit d’apparaître dans son subconscient jusqu’à nouvel ordre. Sous peine de poursuites judiciaires.

Si Nathalie avait été d’humeur taquine, elle aurait répliqué avec indignation que c’était fort de café. En tout cas elle était désormais autant réveillée qu’abasourdie. Depuis quand ce pauvre type s’était vu pousser des couilles ? L’ex de Nathalie était un lâche, d’ordinaire, véritable carpette humaine manipulatrice. Enfin, relativisons. Il aurait aussi pu se déplacer et confronter celle qu’il avait minablement quittée un mois plus tôt, au lieu d’envoyer un émissaire en début de calvitie.

- C’est absurde ce que vous me dites. C’est son subconscient, je n’y suis pour rien moi.
- Allons Mlle Gayet, ne faites pas l’enfant, nous ne sommes plus en 2010 et vous savez fort bien que les lois ont changé.
- Et je suis sensée faire quoi moi ? A part attendre de me prendre un procès au cul parce que monsieur n’a pas le courage d’affronter sa culpabilité névrotique ?
- Tenez vous à carreau un moment, prenez vos distances. Ca ne me semble pas si compliqué que ça. Vous arriverez bien à vous retenir.

Tu parles d’un réveil du mauvais pied.

Ce n’est qu’une fois le visiteur indésirable raccompagné à la porte que Nathalie trouve la force de retourner dans sa chambre, où elle retrouve tout son matériel. C’était bien la peine d’investir dans un Dreamcaster dernier cri. La machine est encore posée sur le bureau, les électrodes en vrac, la prise secteur toujours branchée. Au début, lorsque l’Ex avait proposé l’achat, la jeune femme était contre. Faire l’andouille avec des menottes ou des bites en plastique pour pimenter des séances de cul trop souvent décevantes est une chose. Mais aller baiser dans les rêves de l’autre sous prétexte de pouvoir y assouvir des fantasmes hallucinatoires, non merci. Une raison de plus pour lui d’aller voir ailleurs. Une raison pour elle d’acquérir un exemplaire. Le karma est une vieille pute. Mais moins que le hacker qui aura sauté Nathalie en échange d’une modification de tous les protocoles de sécurité logiciels. Un peu de dignité contre un Dreamcaster moddé, capable de s’immiscer jusque dans les cauchemars.

L’enfoiré aura vite compris que sa garce d’ex mijotait. Les mises en scènes étaient peut-être trop spécifiques. Elle aura pêché par gourmandise dans la vengeance. Dommage, elle aurait aimé aller au bout du scénario, le plan à trois sodomite avec l’ex et le nouveau imaginaire. Mais la justice s’est effectivement adaptée au harcèlement moral par rêves interposés. Putain de reforme du système pénal tiens. Finalement le Dreamcaster finira comme la plupart des sex-toys, acheté sur un coup de tête, abusé et voué à l’abandon.

De toute façon, c’était ça ou les représailles par arme blanche. Au moins Nathalie aura tenté quelque chose avant d’en arriver là. Heureusement que feu sa mère lui avait enseigné la prévoyance. Le set de couteaux de boucher, commandé au cas où, n’attendait plus que d’être étrenné.

Parce qu’après tout, avec un peu d’efforts, il est simple de faire que ses rêves deviennent réalité.

692 – Book Review 115

Il y a douze ans, Eric Garcia est un jeune wannabe scénariste à Hollywood. Il écrit une nouvelle de treize pages avec un pitch suffisamment bon pour qu’il envisage d’en faire un bouquin (oh, ça corrobore pas DU TOUT ma théorie sur les nouvelles). Un de ses amis scénariste lit le premier draft et lui propose d’en faire un script. Il leur faudra six ans de réécritures pour arriver à vendre The Repossession Mambo à un studio, principalement grâce à l’appui de Jude Law qui tient absolument à faire le rôle titre. Pendant que le film entre en pré-prod et se heurte à un autre film (Repo, The Genetic Orchestra) qui possède « étrangement » le même pitch, Eric Garcia retourne sur Word et boucle son roman, utilisant les avancées faites sur le script et son premier draft pour créer un hybride des deux. Boosté à mort par le film, j’ai donc lu le bouquin.

Dans un avenir proche, la plupart des organes du corps humain peuvent être remplacés par des équivalents mécaniques, les Artiforgs. Leur prix est exorbitant, sans parler de l’explosion des taux d’intérêts dans un contexte de crise mondiale. Mais entre l’endettement ou la mort, la populace préfère se ruiner, quitte à prendre le risque de ne plus pouvoir payer ses mensualités. Remy est un Bio-Repo Man. Ancien militaire, mauvais mari, son job est d’aller reprendre possession des artiforgs impayés, au scalpel. Et tant pis pour le pauvre type qui se retrouve avec deux poumons en moins sur le sol de sa cuisine. Il n’avait qu’à lire les petits caractères. Sauf qu’un jour Remy se prend une décharge électrique et se réveille avec un cœur de métal flambant neuf. Quelque chose en lui a changé, peut-être ce job de trop, mais il est désormais incapable de faire son boulot de Repo Man, de payer ses factures. Et le voilà en fuite, parce qu’en perdant son cœur il a trouvé son âme.

Bon, le pitch est une tuerie sans nom en fait. Disons que ça tape pile dans toutes les bonnes névroses humaines (la vie éternelle) et sociales (l’endettement). J’ai souvent dit que les polars, c’était pas ma came. Mais les polars d’anticipation, ça c’est la classe. Le bouquin est structuré sur trois époques. Remy tape son histoire depuis sa planque et nous raconte sa jeunesse dans l’armée et ses premiers mariages d’un côté, sa vie de Bio-Repo Man d’un autre côté et enfin ce qui lui arrive dans le présent. Petit à petit tout vient se rejoindre et le puzzle prend enfin forme. J’ai un peu regretté que les flashbacks (surtout ceux dans l’armée) s’étendent aussi longtemps, mais le final vient tout rattraper, avec un twist super bien trouvé et un épilogue aussi logique que satisfaisant. J’espère très fort des doigts croisés que cette structure sera conservée pour le film.

Parce que j’ai beaucoup aimé The Repossession Mambo, dévoré en quelques jours, à n’importe quelle occasion. Et je suis d’autant plus hypé vis-à-vis de Repo Men, le film qui sort juste avec trois mois de retard chez nous. Saleté de distributeurs français !

TRAILER STAGE !!!

Le site viral sur l’Union qui vend les Artiforgs est super bien foutu et très fun. Je vous conseille d’aller jeter un oeil aux fausses pubs, ça vaut le coup. Sinon y’a toujours le trailer.