518 – Book Review 82

J’ai pas mal bouloté de bouquins ces derniers temps. Du coup histoire d’être à jour dans mes critiques, je vous recolle une critique dans les dents. Ces derniers temps, Max Barry s’est distingué en filant un page de son nouveau roman par jour gratuitement par email, ce jusqu’au premier tiers du livre. Les news concernant cette pratique promo intéressante ont réveillé mon envie de me faire son premier texte, un bon gros best-seller des familles, Jennifer Government. Rien de tel qu’un thriller marketing socialiste pour laver ma mauvaise conscience d’étudiant en communication. Bienvenue dans un monde où les marchés sont entièrement dérégulés au point que les Etats-Unis englobent à la fois l’Amérique du Sud, l’Australie et une partie de l’Europe. Un monde où votre nom de famille est celui de l’entreprise pour laquelle vous travaillez et où seul compte le profit, peu en importe le prix.

John Nike est un exécutif moyen au marketing de la firme à la virgule, quand lui vient l’idée du siècle. Pourquoi ne pas organiser de faux meurtres autour de la sortie des nouvelles baskets Mercury, pour donner l’illusion que les gens sont prêts à tuer pour elles !
Jennifer Governement est une des agents sur place, informée par une source chez Nike lorsque le massacre a lieu. Incapable d’empêcher la tuerie, elle ne peut que jurer qu’elle trouvera le coupable, quand bien même sa hiérarchie est contre pour des raisons budgétaires.
Buy Mitsui est un ancien tradeur français, immigré aux US dans l’espoir d’une vie meilleure. Seul témoin des meurtres à avoir réagi, il prend conscience de l’absurdité du monde dans lequel il vit et envisage de plus en plus sérieusement de se faire sauter le crane.
Ces personnages et bien d’autres vont se croiser au fur et à mesure que les esprits malades du marketing organisent un coup d’état.

Ouais, bon, c’est un peu un bouquin de communistes. Enfin, disons que c’est un bouquin sérieusement pro-socialisme, qui essaie de montrer l’absurdité d’une course à la dérégulation des marchés et des entreprises. Plutôt bien foutu, l’univers est aussi crédible que facile à appréhender. Le tout évite de baigner dans une atmosphère moraliste grâce à l’intrigue, montée tel un trhiller. Chaque chapitre adopte le point de vue d’un de la bonne demi-douzaine de personnages et il m’aura été difficile de m’arrêter dans la lecture. Niveau style c’est très propre, peut-être un peu trop d’ailleurs. Je suis pas le genre à me plaindre de l’écriture « script », mais ceux qui cherchent un peu de fantaisie lexicale peuvent passer leur chemin. Jennifer Government ne fait pas mentir sa réputation. Il fait réfléchir un peu, tiens en haleine beaucoup et reste très accessible pour un roman d’anticipation. La classe donc.

Une dernière précision pour finir, Jennifer Gouvernement est disponible en version française, suffit de rajouter un « u » dans la recherche Amazon.
Demain, retour des films qui sortent pas chez nous et que c’est bien dommage.

UPDATE STAGE !!!

Je profite de la rentrée pour essayer de mettre un peu les choses en ordre. Non je n’ai pas épluché les participations au concours 4. Je veux parler de mon lien Amazon dans la colonne de droite. La boutique est à jour des critiques du blog, plus pour que vous puissiez jeter un oeil à ce que j’ai chroniqué (vu le peu de thune que ça me rapporte).

421 – Cine Club 53

Cette semaine j’ai rejoué une des scènes d’Equilibirum dans un texte que j’écris depuis quelques temps. Le passage où Christian Bale, détoxé, réorganise ses fournitures de bureau, restées depuis des années au même endroit. Un agent de contrôle de cette société dystopique débarque et lui demande pourquoi il a bougé ses affaires. Est-ce que la disposition précédente ne lui « plaisait » pas ? Attention Christian Bale, c’est un piège, tu n’es pas censé avoir d’émotions avec tout le Prozium que tu t’envoies ! Pas con, Bale lui répond qu’il ne faisait qu’optimiser son espace de travail. Un exemple de pure scène sortie d’Equilibrium, film complètement fauché sorti en 2002, boudé par la critique et récupérée par un public grandissant une fois sa sortie en DVD. D’où ma tentative de réhabilitation d’aujourd’hui, pour dire qu’en fait, Equilibrium c’est maouss bien !

La troisième guerre mondiale a dévasté une grande partie de l’humanité. Lors de la reconstruction, le nouveau gouvernement décide de prendre des mesures drastiques pour éviter une nouvelle catastrophe. Le prozium, une molécule inhibitrice d’émotions est imposée à toute la population. Libérés de leurs instincts les plus bas, les citoyens ne font plus de vagues et vivent leur vie dans le confort du totalitarisme chimique. Le Clerc John Preston est un agent ultra-entraîné à chasser les rebelles qui se terrent hors des remparts de la ville. Ces groupes d’insurgés tentent de sauver œuvres d’arts et animaux de la destruction systématique du gouvernement. Preston accompli sa tâche avec d’autant plus d’efficacité qu’il tiend la résistance pour responsable de l’exécution de sa femme, elle aussi rebelle. Mais lorsqu’il se retrouve en manque de Prozium, l’agent implacable va découvrir que le monde est composé de nuances de gris.

Okay, Equilibrium est loin d’être un film original. Il mixe allégrement esthétique post-matrix, le meilleur des mondes, fahrenheit 451 et tout un tas d’autres influences. Le seul gros point original reste la chorégraphie des combats à l’arme à feu, le gun-kata, qui donne un résultat visuellement novateur. Le film est fauché, réalisé avec peu de thune. A part quelques plans d’ensemble de la ville en image de synthèse, la réalisation se trouve forcée d’être en retenue. A l’époque Christian Bale n’était pas la superstar made in The Dark Knight qu’il est devenu aujourd’hui. Avec le renoi cool Taye Diggs et le presque héros du Seigneur des anneaux, Sean Bean, ils composent un casting seconde zone qui se donne à fond pour rattraper le manque de moyen de l’ensemble. Le résultat parvient ainsi a échapper au cheap la plupart du temps pour proposer un divertissement plus qu’honnête, plein de bons moments et de scènes très classes.

Il arrive que des films a priori bas de gamme possèdent plus de cœur que leur équivalent gros budget. Ainsi se remater Equilibrium reste un bon petit kif de série B.
Demain on causera de satisfaction personnelle.

TRAILER STAGE !!!

395 – Book Review 57

J’aime bien Lolita Pille, pour un tas de raisons. D’abord ses deux premiers bouquins étaient pas aussi dégueux qu’on veut nous le faire croire. Ensuite le personnage public est cool, présente médiatiquement soit bourrée soit avec la gueule de bois. Deux états que je n’ai jamais atteint et que j’émule péniblement par l’hyperglycémie et l’insomnie. Bref, j’aime bien Lolita, même quand elle balance qu’elle a écrit son dernier bouquin « parce que j’avais plus de fric ». En plus faire de l’anticipation en France, ça se tente, c’est bandant. Profiter de son statut de pétasse star de St Germain pour publier chez Grasset un truc que l’éditeur n’aurait jamais accepté venant d’un auteur de base, c’est bandant. Défoncé par la critique, Crépuscule Ville m’intéressait d’autant plus. Vous connaissez ma passion pour les monstres boursoufflés, les erreurs qui voient le jour.

Pas de bol, 380 pages plus loin, Dark Cit… heu… Crépuscule ville n’est pas juste raté, il est surtout mauvais. La bonne nouvelle, c’est que y’a de quoi écrire une thèse à son propos. Là normalement je vous fais le pitch. Problème : jusqu’au bout j’ai pas compris de quoi ça parlait. Dans un futur où le ciel est obscurci en permanence, les gens drogués légalement et fliqués, Syd Paradine (wtf ?) est un flic alcoolique usé en instance de divorce. Pendant de temps là, des obèses se suicident, des bombes explosent, des femmes fatales meurtries séduisent et plein de gens tirent sur Syd sans qu’on pige trop pourquoi. Trois explications s’offrent à moi : Pille n’a rien a raconter, Pille ne sait pas comment raconter ou bien je suis trop con pour comprendre. Vous savez quoi ? Je vais explorer les trois pistes !

Dis Le Reilly, toi qui est geek, toi qui bouffe de la Sci-Fi et de l’anticipation depuis ta plus tendre enfance, vu ton père te battait avec Blade Runner, comment on fait une bonne histoire de sci-fi ? Pour une pure trame d’anticipation, il faut un concept fort (les robots ont-ils une âme ? what is the matrix ?), si possible original, qui suinte d’interrogations morales ou éthiques, et tu brodes autour. Dans Crépuscule Ville, des concepts forts il y en a de partout, plein, mais aucun n’est réellement original, développé ou reproposé de manière novatrice. Il arrive même qu’ils soient incompatibles entre eux, antinomiques (souvent invraisemblables mais j’en aurais pour une note entière a les démonter). Pille bouffe à tous les râteliers, dans tous ses kiffs de lectrice de base, mais n’arrive pas a produire un tout cohérent, un monde qui fasse corps, sens, auquel on pourrait croire. Le fait qu’elle se refuse (par flemme ?) à donner des points de référence temporels, sociopolitiques, spaciaux par rapport à notre présent achève de nous semer. A force de tout mettre, on se retrouve littéralement avec du rien.

Donc, le worldbuilding, pierre angulaire d’un univers futuriste, est baclé et planté. Mais qu’en est-il de la narration ? Il est de notoriété publique que l’éditeur a convaincu Pille de jeter 200 pages de sa première version aux chiottes, et que des dizaines d’autres ont été amputées de la version finale. Est-ce que ça explique pourquoi j’ai été incapable de saisir le moindre enjeu dramatique tout le long du livre ? Littéralement je ne comprenais pas pourquoi ça se battait, se tirait dessus, je n’ai a aucun moment compris pourquoi je devais en avoir quelque chose à foutre, ou même pourquoi on me racontait ça. Adieu aussi les questionnement et autres paraboles qui font tout le sel de la SF. Le fait que des intrigues soient abandonnées en route n’aide pas. Sans parler des incohérences au niveau du récit, preuve absolue de l’abandon total du relecteur de la version finale, que j’imagine jetée aux libraires parce que personne ne savait quoi en faire d’autre.

Après reste le style. Hum. Ouais. Bon okay y’a un effort de style, la branlette made in St Germain est là, à fond. Y’a même des phrases carrément bien troussées, des trucs de beau gosse. Malheureusement il s’agit ici de raconter une histoire, une intrigue, de l’action. Et tout tombe à plat. En s’appliquant à faire ce qu’elle sait faire, des bons mots, Pille saborde le flow du récit. Soit tu lis au ralenti pour décoder les images, des figures de style, soit tu avances à un rythme normale et tu es complètement paumé. Je ne comprenait les scènes d’actions qu’une fois terminées. Médaille des pires fusillades, illisibles, impossible de s’y retrouver. Là, quelque part, je ris, je me délecte. Car je ne suis pas aussi lettré que Pille, je sais pas faire des pures phrases bonus multiplicateur au scrabble. Mais ça m’évite de me paumer moi même ainsi que mon lecteur quand je raconte une histoire (qu’elle soit bonne ou mauvaise).

Fuck, y’a rien a sauver dans Dark Cit… Crépuscule Ville ? Bon bon okay si. Y’a quelques passages qui passent bien, l’enterrement, la scène de baise est bien foutue, les putes asphyxiées c’est pas mal aussi. Puis pour chaque « yeux bleu fond d’écran » t’as autant de bonnes phrases qui claquent. De là à faire un livre, de le vendre à 20,50 euros à la RNAC, peut être pas. Ma grande théorie c’est que ce truc est un désastre A à Z, que Pille avait bouffé tous ses a-valoirs et que jamais elle l’aurait retafé. Quitte à avoir payé, Grasset à posé le trucs sur les étals, pour en finir, de sa mort lente. Les ventes ont été désastreuses par rapport aux attentes, Pille se mettant dans la situation ultra délicate d’être obligée de réussir son prochain bouquin, sous peine de passage à tabac dans les cave du Flore. Peut être la motive nécessaire à un pur prochain livre.

Ce que je sais, c’est que si j’avais pas prévu d’en faire critique, j’aurais arrêté ma lecture page 90 sans la reprendre deux semaines plus tard comme je l’ai fait. Ce truc n’aurait clairement jamais dû sortir, du genre à pousser les aspirants écrivains a s’ouvrir les veines de jalousie et d’injustice. Je suis content ne pas l’avoir payé, même si une fois disséqué (fais chier j’aurais pu en tirer facile encore 3/4 posts) il montre à sa façon les rouages d’une littérature française complètement paumée.

Demain, stage !

BONUS STAGE !!!

Parce que cette note n’est pas encore assez longue, j’en profite pour linker une extraordinaire vidéo promo, qui montre qu’à défaut de savoir faire de l’anticipation, Pille est très très fun  (plus ou moins alcoolisée) dans la vraie vie.