917 – Book Review 151

Hé, vous êtes allé voir The Town au cinéma ? C’était bien non ? Genre maintenant vous avez honte d’avoir craché sur Ben Affleck pendant des années et vous vous flagellez en regardant la version uncut de Daredevil. J’espère en tout cas. Enfin, au départ The Town ça s’appelle Prince Of Thieves et c’était un bouquin américain. L’auteur, c’était Chuck Hogan, le mec cool qui depuis fait équipe avec Guillermo Del Toro sur une trilogie de romans de vampires. Si vous étiez là l’année dernière, vous vous souvenez peut-être que j’avais déjà parlé du premier tome, The Strain, qui est depuis sorti en France (en poche dans deux semaines, pas cher). Comme j’avais validé le truc, à part la fin de la honte, j’ai plongé directement dans le second épisode, The Fall, sorti la semaine dernière aux US. Avec une seule vraie question, est-ce que le bouquin souffre du syndrome de l’épisode intermédiaire ?

Cela fait une semaine qu’un des plus anciens vampires, le Maitre, a lancé son attaque sur la ville de New York. Alors que le gouvernement hésite encore à mettre la ville sous quarantaine, les habitants fuient entre deux pillages tandis que les vampires gagnent du terrain. Au milieu du tumulte, l’octogénaire Satrakian pense savoir comment découvrir la faiblesse de l’ennemi et part en quête d’un vieux grimoire en compagnie d’un dératiseur devenu héros de guerre. Eph, le scientifique du centre de contrôle des maladies infectieuse, celui qui a découvert la première infection, préfère consacrer toute son énergie à sauver son fils, Zack. L’enfant est poursuivi par sa mère, devenue vampire et qui compte bien convertir sa progéniture. Dans le New Jersey les anciens vampires lancent une offensive contre le traitre en équipant les gangs d’armes anti-suceurs de sang. Pendant ce temps, le Maitre dévoile petit à petit son plan, qui s’avère bien plus ambitieux que prévu.

La bonne nouvelle, c’est que ce volume peut se lire presque indépendamment du premier. Tout y est bien résumé et l’histoire avance sans problèmes. La mauvaise nouvelle, c’est que The Fall souffre du syndrome de l’épisode intermédiaire. En gros, tous les pions sont mis en place sur l’échiquier pour le final, mais rien de plus. Plusieurs fois les auteurs nous annoncent quelques révélations pour délayer le truc à priori jusqu’au bout. Non pas qu’il ne se passe rien, au contraire, mais on sent clairement l’épisode de transition. Heureusement qu’on s’attache aux personnages, tous aux caractères bien trempés et dont on finit par redouter le probable décès. Quelques bonnes scènes d’action viennent s’intercaler dans une narration ultra fluide. J’ai cependant bien envie de chipoter sur deux trois clichés vraiment moches, heureusement peu importants. Et au final, chose rare pour moi, j’ai hâte de gloutonner le dernier tome dans quelques mois.

Entre les idées de Del Toro et la maitrise d’écriture de Hogan, The Fall est un bon bouquin sur l’apocalypse vampire (presque zombie au final) et une variation bienvenue sur un thème trop rabâché. De la bonne came bien efficace.

BUY STAGE !!!

Meilleur prix fpdin : 15€18 (sur BookDepository) soit 19,87$

Prix payé en Kindle, mon tout premier bouquin numérique ever de toute ma vie que j’ai lu sur un écran sans pleurer des larmes de sang : 12,99$ (je vais tenter de voir en combien j’économise au fur et à mesure par rapport à ce que j’aurais payé en import au prix le plus bas), donc j’ai économisé a peu près 7$ sur ce coup.

812 – Infestation

Les roues de la Jeep patinent dans l’Infestation. La substance visqueuse, noirâtre avec des reflets rouges et violacés, recouvre à présent les deux tiers de L’Europe. Les vapeurs toxiques qu’elle dégage ont chassé la plupart des habitants du continent en quelques années. Le capitaine Telford, paranoïaque, vérifie pour la centième fois que son masque est correctement positionné autour de son visage. En s’accrochant au bord du véhicule, il jette un œil aux roues, qui fument en contrebas sous l’acidité de l’Infestation. Il relève la tête, aperçoit l’autre Jeep avec la seconde escouade. Sur le siège passager, le lieutenant Mitchell lève le pouce, confiant. Telford aimerait partager son enthousiasme. Mais chaque tentative de pénétrer le territoire infesté depuis dix ans s’est soldé par de cuisants échecs, et de nombreux morts. Dire que lors du largage, ils étaient cinq équipes. Le Capitaine vérifie une nouvelle fois son masque, puis son fusil d’assaut avant de reprendre place sur le côté du véhicule, aux aguets, alors que la Jeep arrive en vue des ruines de Paris. Nous sommes le 17 Juin 2020 et cette opération est peut-être la dernière chance de l’humanité.

Les premières attaques eurent lieu à l’automne 2010. Des assauts furtifs dans des villages isolés. Les survivants parlaient d’un monstre énorme, un serpent de mer, une créature gigantesque. Les médias parlèrent d’hystérie collective que les forces armées mondiales s’appliquaient déjà à chasser la bête. Puis Barcelone est tombé, dévoré depuis la mer par ce que les fanatiques religieux de tous bords appelleront très vite le Leviathan. Un nom qui s’avérera populaire, adopté par les médias et la populace. Des années après, personne ne sait combien mesure la bête, personne n’est s’est approché d’assez près pour le découvrir. La chose attaquait régulièrement les mégalopoles côtières, ne laissant derrière elle que destruction et cette infestation, poison visqueux qui chaque jour gagne un peu plus de terrain. La population s’est retranchée vers les Terres, mais les attaques du Leviathan s’enfoncent chaque mois plus profonds dans les territoires. On raconte que depuis la station spatiale internationale, des sillons sont visibles sur plusieurs kilomètres. Bientôt plus personne ne sera à l’abri. Le temps presse. Il est temps d’en finir, en allant à la source.

Il faut deux secondes au capitaine Telford pour réaliser que le convoi est attaqué, le temps à l’adrénaline d’inonder ses muscles. Des restes des immeubles haussmanniens, à moitié consumés par l’Infestation, ont jailli des dizaines d’ « araignées ». Ces créatures semblent nées et faites d’Infestation. Des organismes d’environ quarante centimètres d’envergure, dotés aléatoirement d’entre cinq et une douzaine de pates, qui rampent de manière saccadée, à toute vitesse, avant de bondir et d’attaquer. Le conducteur de la Jeep tente de garder le contrôle de véhicule le long de la rue de Rivoli alors que les passagers vident leurs armes sur les créatures. Telford dégaine son couteau entre deux chargeurs pour sectionner net les pates des araignées qui escaladent la Jeep. Le bruit d’un crash bourdonne dans les tympans du capitaine et l’espace d’un instant il pense avoir heurté quelque chose. Mais c’est la seconde escouade qui n’a pas su négocier un virage et qui s’est encastré contre un bâtiment.

Le conducteur tente d’actionner la marche arrière pour se dégager. Les roues patinent dans l’Infestation. Une araignée a déjà escaladée le part brise et fiche une de ses pates entre les deux yeux du militaire. Mitchell est débout, arrosant la zone autour de lui, gagnant quelques secondes sur sa mort. Telford pourrait sacrifier des minutions pour tenter de secourir son camarade. Il ne regardera même pas. Sa jeep a tenu bon et est déjà trop loin. Le capitaine allonge les deux morts à l’arrière du véhicule. Ils ne sont plus que trois lorsqu’ils atteignent Neuilly. Moteur à l’arrêt. Ce qui reste du commando reprend son souffle, pour la dernière fois, avant de mettre pied à terre et pénétrer la vielle école, équipés de bottes et gants renforcés pour supporter la corrosion de l’Infestation. Quelques murs du hall ont été épargnés par la substance. On peut encore y lire des feuilles d’appels, des horaires de partiels. Ce que l’escouade cherche est forcément dans le grand amphithéâtre. La porte principale est bloquée. Telford fait un signe de la main. Ils vont faire le tour. Seul le bruit de l’Infestation écrasée sous les bottes trahit leur présence. C’est suffisant. Un des murs de l’amphithéâtre vole en éclats, le conducteur de la Jeep a le torse transpercé par un bras venu de l’intérieur.

Le capitaine Telford réagit immédiatement en vidant un chargeur de semonce à l’intérieur de la brèche. Puis le silence reprend ses droits. L’unique lieutenant survivant tremble comme une feuille derrière son supérieur. Telford inspire avant d’interpeler l’ennemi, celui par qui tout a commencé, et par qui tout doit finir :

- Benjamin Le Reilly !

Quelque chose bouge à l’intérieur. Une ombre se détache sur l’un des murs. Des muscles crissent, une mâchoire craque, trop peu utilisée depuis dix ans.

- Il… vous en a fallu… du temps.
- Nous sommes venus vous arrêter. Il faut que tout ceci cesse.
- Il ne fallait pas… que ça commence.
- Personne n’avait pu prévoir. Nous savons tout. Le mémoire, le redoublement, votre réaction psychosomatique. Personne ne pouvait prévoir que vous produiriez une toxine. Cette… Infestation. Le Leviathan, c’est vous qui le contrôlez !

D’abord doucement, puis de plus en plus fort, un rire rauque, comme provenant d’une profondeur insondable, font résonner les murs de l’école.

- Le « Leviathan ». Je ne le contrôle pas. Vous ne comprenez pas. Le Léviathan, c’est mon mémoire.

Le lieutenant ne tient plus, tiraillé par le stress, hanté par ce rire guttural qui n’en finit pas. Telford n’a pas le temps de crier pour l’arrêter que le garçon s’engouffre dans l’amphithéâtre et tire à bout portant son occupant. Pris à la gorge, il lâche son arme, qui s’enfonce mollement dans l’Infestation. Le capitaine ose un regard à l’intérieur, et a un mouvement le recul.  Le Benjamin Le Reilly a qui il fait face ne ressemble en rien à la photo de son dossier et les photos satellites de ses allées et venues dans la capitale infestée manquaient de précision. La peau tirée comme celle d’un vieillard, parcourue de veines violettes. Son visage est creusé. On distingue chacune de ses côtes. Seuls se cheveux semblent avoir été épargnés en dix ans de sécrétions de toxines. D’un craquement de doigts, Le Reilly brise la nuque du soldat, avant de le laisser tomber à Terre, où son corps commence déjà à fumer, attaqué par la corrosion.

- Les fusils, c’est plus ce que c’était, constate Benjamin, avant de focaliser son attention sur Telford.

Celui-ci jette son arme à terre, se déleste de son gilet par balle, se met le plus à l’aise possible. Il ne conserve que son couteau, qu’il garde en main.

- Je suis désolé pour ce qui vous est arrivé, Benjamin. Sincèrement. J’ai étudié votre dossier. Je sais que vous étiez bon, que vous ne vouliez pas faire le moindre mal.

- Rien de ceci n’est ma faute. Je n’ai pas déclenché ça.

Ce qui reste du jeune homme contemple les murs de l’école, qu’il a épargnée sciemment, pour se souvenir à qui la faute.

Le capitaine Telford se met en position d’attaque. Jambes mi écartées, poing serré autour de la lame.

- Finissons-en.

Le Reilly jette sa tête en arrière, faisant craquer chacune des vertèbres de son cou, avant de prendre lui une posture de combat.

- Allons-y.

756 – Post-Apocalyptic Pool

La piscine Parmentier à Paris est future-proof. Ce qui est une manière comme une autre de dire qu’elle vient de l’an 2100, au moins. A titre personnel, je l’appelle le Bunker, rapport au fait qu’elle est sous terre. Tu rentres avenue Parmentier et tu dois descendre environ une soixantaine de marches pour accéder au bassin. Fatalement, aucune fenêtre, que des murs de brique. Le truc est éclairé par des énormes projecteurs à l’arrière desquels on peut surement lire « j’encule la taxe carbone ». Niveau vestiaires t’as pas de cadenas, de clefs ou quoi que ce soit. Non, les casiers sont électroniques, avec écran numérique sur lequel tu crées un code unique. Étrange mélange d’austérité architecturale et de futurisme en matière d’équipement. Du coup, depuis deux semaines que j’y vais, j’ai l’infâme impression que cette piscine s’est échappée d’un futur post apocalyptique.

Quand je nage j’essaie d’imaginer à quel monde appartient la piscine Parmentier. Un futur où les rayonnements solaires ont détruit toute la surface, transformant la planète en gros caillou irradiée, forçant les survivants à se terrer dans les souterrains. Notez que ça marche aussi avec une planète de vampires (Daybreakers) par exemple. Mais nous y voilà, à nager sous les projecteurs, le crâne recouvert d’une capote à cheveux. Négation de l’individualité capillaire, nos affaires rangées dans des casiers informatisés. Le futur est béton souterrain. Aussi quand je remonte à la surface, au prix d’un effort de bâtard dans les escaliers vu l’état global de mes jambes post séance, la lumière me défonce les yeux. Okay, c’est peut-être le chlore. Mais je préfère me dire que c’est de ne plus avoir vu le soleil, toutes ces années post fin du monde dans les galeries. Quand on se lève à 7h du matin pour aller faire l’andouille dans l’eau, on s’amuse comme on peut.

J’ai fini par céder au bonnet de bain. Fun fact : chez moi tous les miroirs sont au niveau du torse. Je vis dans un monde illusoire où je ne vois pas mon bide. Sauf que l’ascenseur quotidien pour aller au stage, lui me crache à la face chaque matin. Puis j’ai trouvé une jolie excuse pour renoncer à mes principes concernant au port du bonnet : j’ai trop de cheveux, ça dépasse. Ma crinière de Lyon est aussi indomptable que l’était Samson. Lorsque je crawle j’ai les pointes largement à la flotte. On est pas loin de la désobéissance civile et ça me fait rêver. Faut bien ça. Parce que j’avais pas nagé depuis 2007, au bas mot. Mon cœur bat à tout rompre, je m’étouffe à force de souffler entre chaque aller-retour et je titube jusqu’à la douche à la sortie, mes jambes n’en pouvant plus. Mélange de honte et de fierté.

Deux semaines donc que le mardi et le jeudi je me lève une heure plus tôt pour aller autour de huit heures du matin me bouger avant d’aller taffer. Deux semaines que la caisse du Bunker ne marche pas et que j’y vais à l’œil. Symbole karmique de ma période d’essai, de ma capacité à tenir, jusqu’au renoncement ou la preuve que ça ne sert pas à rien. Au moins, j’ai un arrière goût du futur à chaque fois que je descends dans l’antre du chlore.

PRESQUE A VOIR STAGE !!!

Sinon vous pouvez ach… lire Le goût du chlore par l’ultra talentueux Bastien « Je dessine un album qui se lit en 15min en 1 mois mais je le vends 20€ » Vivès. Parce que ça parle de piscine, que c’est très bien et que ça a gagné plein de prix.