902 – Under Nine Thousand

Yay ! C’est le plein milieu de la rentrée littéraire et j’ai toujours rien acheté ! Principalement parce que j’ai pas une thune et que je mange des œufs au plat tous les midis (je vous dirai pourquoi soon). Aussi faut avouer que rien ne me fait rêver. Du tout. Pas même le Houellebecq, déjà parce qu’il est cher, ensuite parce que Flammarion et puis parce quand Michel copie colle Wikipédia c’est du « collage » alors que quand je paraphrase Wikipédia à la fac ça me vaut un zéro pour plagiat. Anyway. Ce qui me les brise aussi, c’est les romans giga courts. Enfin, plus précisément les premiers romans méga courts. Il suffit de regarder les étalages chaque année, on trouve deux ou trois nouveautés à la pagination rachitique sur les étals. Quand je vois des trucs comme ça, je me demande comment les auteurs en question peuvent se regarder dans la glace le matin.

Parce que, attention, on parle de feinte à la française. C’est-à-dire que le roman commence à la page 9 ou 11, est rédigé en taille 14, avec des interlignes larges comme le grand canyon. On sent bien le manuscrit étiré au possible, auquel on aura fait subir le supplice de la roue pour atteindre un nombre de pages à peu près cohérent. Je pourrais pointer du doigt que souvent il s’agite d’oeuvres de pistonnés honteux ou de “très jeunes”. Les bouquins sont peut-être bons, les auteurs super adorables. Mais putain, même pas deux cent pages avec une maquette de la honte, pour un premier roman. C’est tout ? Sans déconner. Quand je pense à la littérature avec un grand L de motherfucker je pense à de la densité, de la texture, un univers, un style qui s’exprime, quelque chose de consistant, qui vous prend le cerveau et vous rassasie. Pas de pathétiques miettes réunies en douce pour atteindre le minimum syndical.

J’ai rien contre les auteurs installés qui pondent des livres plus courts. La fluctuation ne me dérange pas. Mais commencer par du riquiqui, ça démontre quoi de l’ambition et de la passion de l’auteur ? Un premier roman est forcément un peu raté, un minimum. Mais il est censé venir des tripes, c’est sensé être quelque chose pour lequel on s’est battu, qu’on a voulu, qu’on a rêvé, qu’on a mariné. Et moi des premiers romans qui rêvent petit, je me demande ce qu’ils foutent là. Publier un premier livre de même pas deux cent pages maquettées convenablement, c’est être celui qui amène un paquet de chips premier prix à une soirée. C’est surtout un aveu de manque total à la fois d’ambition et du respect du mec qui va mettre entre quinze et dix sept euros dans un bloc de papier deux fois trop épais (et polluant pour rien). Sortir un premier roman comme ça, c’est vomir sur la forêt amazonienne.

Alors oui, c’est la littérature française. Un gosse de quatorze ans s’est trouvé deux nègres pour faire 120 pages y’a quelques années juste pour pouvoir être « le coup jeune » de la rentrée littéraire. Une “fille de” avec des daddy issues trouve ça parfaitement normal d’écrire une longue nouvelle et que ça prenne la place d’un autre. De toute façon, il suffit de regarder les grands. Même Bégaudeau triche sur la police, ou bien encore on a Foenkinos qui saute 20 pages dans son dernier roman pour arriver à 200. Le milieu littéraire français est sclérosé à bien des égards. Mais chaque rentrée, ce qui me choque au milieu de la masse, c’est le pêché de paresse.

De mon côté, je préfère l’orgueil, parce que ça va avec l’ambition. Peut-être la matière première la plus rare dans le pays. A tous les niveaux. Y compris sur des premiers romans.

[Note à suivre jeudi]

789 – My Major BULLSH$T Company Books

J’espérais que c’était une blague qui ne prendrait jamais forme. Mais non. Le projet My Major Company Books est lancé. Les petits gars à l’origine de My Major Company se sont associés à XO Editions pour lancer le premier site de financement participatif en littérature. Le deal : rassemblez 20 000 keuss et XO vous édite pour 10 000 exemplaires ! FUCK YEAH ! Enfin, timoré le fuck yeah quand même. Parce que XO Editions, c’est un peu la maison de Guillaume Mussot, et ça, sur un CV c’est chaud à assumer niveau crédibilité et karma. L’éditeur est une grosse machine à fric, là où chez un gros éditeur de littérature un premier roman est tiré à 3000 max, chez XO c’est 10 000, l’inondation en librairie, le best seller ou rien. Donc en gros, pour sortir de l’anonymat et acquérir la crédibilité d’une publication, on se retrouve à signer avec XO, l’éditeur le moins crédible en société du monde. Logique. Si encore c’était le seul problème de ce nouveau site plein de 2.0 dedans.

L’initiative est malhonnête du départ, à partir du moment où le site se lance avec déjà une poignée d’auteurs postulants, qui ont chacun enregistré une vidéo promo. Donc, attention twist. My Major Company Books veut révéler des anonymes mais a déjà présélectionné et coaché des têtes de gondole tellement sans expérience. Oh tiens salut Erik Wietzel ! Ca va comment depuis tes cinq romans déjà publiés en partie chez Bragelonne ? Puisqu’on est dans le délit de bonne gueule, je décerne une mention spéciale à « la bonnasse de service », Elena Klein. Elle nous pitche l’histoire d’une Française qui va tout plaquer pour tenter sa chance à Los Angeles. Insérer vanne clichée sur les clichés. Titre du truc : « Cendrillon à Hollywood ». Okay. Si l’on sait que les proxénètes ne se suicident pas, rien n’est moins sûr en ce qui concerne les lecteurs de romans. Au moins XO Editions eux ne risquent absolument rien.

Retour au business plan du site. Il faut 20 000€ d’investissement pour lancer la production de 10 000 exemplaires. Un éditeur, ça touche à peu près 14% du prix d’un livre (source syndicat de l’édition). Sur un bouquin à 17€ ça avoisine les 2€. Attention feinte. Pour qu’un livre soit édité sur My Major Company Books, il faut au préalable que l’on réunisse très exactement la somme équivalant aux bénéfices de l’éditeur sur les 10 000 exemplaires à faire imprimer. Si jamais il n’est vendu que 1000 exemplaires, l’auteur et les investisseurs ne touchent que pour 1000 exemplaires de royalties alors que XO s’empiffre avec l’équivalent comptable pour eux de 10 000 ventes. De quoi se rembourser largement sur les invendus et empocher le reste plus la commission du site. C’est ce qu’on peut appeler une politique de minimisation des risques. A titre personnel de ma mesquinerie, je pourrais dire « Système pyramidal ». Bah oui, en haut on à XO, 0% risques, 100% bénéfices et en dessous des mecs 100% risques, ???% bénéfices.

On peut dire ce qu’on veut sur le monde de l’édition, pistons, magouilles et autres joyeusetés. Mais saviez vous que quand Beigbeder voulait pousser Pille chez Grasset, à l’époque le boss était persuadé que ça ne se vendrait jamais ? Tout comme le bouquin BHL/Houellebecq s’est magistralement vautré y’a deux ans. L’édition, comme tout milieu artistique, doit comporter une part de risque, la possibilité d’échouer, mais aussi de réussir. En supprimant la prise de risque de l’équation, XO fout aux chiottes une des rares qualités d’un milieu à la dérive. Je ne suis pas contre les systèmes à la My Major Company. Loin de là. J’avais même filé un billet à une artiste sur un site concurrent. Que les internautes remplacent le boulot de l’éditeur en se cassant le cul à trouver des auteurs qui en valent la peine, qu’ils participent au processus éditorial, c’est déjà dédouaner la maison d’édition d’une grosse partie de ses responsabilités. Si en plus XO, qui est pourtant pété de thunes, ne prend même plus en charge une partie du risque financier, à quoi ils servent ? Sincèrement.

My Major Company et XO Editions nous prennent, vous prennent, pour des pigeons. Travailler moins pour gagner plus, c’est le nouveau business model de la lâcheté. On me répliquera que c’est le principe du financement participatif. Ou pas. Quand j’ai mis de la thune dans Spidart (avant son gros fail), c’était parce que le site, à l’inverse de My Major Company était associé non pas à une major justement, mais sur des petits canaux de distributions indépendants, conférant une vraie identité au projet. Prenez le cas récent MyDorcel : les internautes filent de la thune pour produire un film pornographique mais ils peuvent influer sur le casting, participer au tournage, rencontrer l’équipe. Un site pour un film déjà défini et cadré, pas la foire aux bestiaux. Deux exemples qui m’ont autant fait rêver par leur courage et leur inventivité que My Major Company Books me file la rage par son opportunisme lâche et son manque de crédibilité artistique.

Reste l’espoir que ça ne prenne pas, que les internautes n’aient pas le courage de s’enquiller des pages et des pages de textes potentiellement médiocres. La poignée d’auteurs mis en avant par XO et ceux qui viendront sur la plate-forme avec une grosse fanbase, une notoriété, sortiront leur bouquin. La presse littéraire au sens critique castrée criera au génie, à l’expérimentation 2.0, masturbation collective face à l’illusion de modernité et de démocratie. Attendez vous au raz de marée médiatique pour les premières sorties des pistonnés et aux candidats à gros réseau (super la révolution les gars). Puis après ? Le vide, peut-être. La lente agonie d’un site qui aura poussé un de ses créateurs à la démission, persuadé de l’échec à venir du projet.

My Major Company Books échouera peut-être dans le cimetière des startups, là où plus personne ne vous entend twitter.

D’avance, bon débarras.

748 – Book Review 125

La première fois que j’ai entendu parler de Craig Clevenger, c’était sur l’excellent site de Chuck Palahniuk. Craig y dispensait des cours d’écriture souvent non dénués d’intérêt. Son premier roman, The Contortionist’s Handbook, était souvent référencé. J’ai fouiné, trouvé de bonnes critiques. Sur la couverture du dit bouquin sont cités Richard Kelly, Irvine Welsh ou encore Chuck Palahniuk, tous chantant les louanges du truc. Problème, le roman, pourtant édité trois fois, était en rupture de stocks sur tous les internets. Bordayl, si jamais j’avais un jour eu besoin d’un E-Reader, c’était là. Il a fallu que je commande un exemplaire d’occasion, qui me parvint la tranche striée de marques de pliages, quelques pages cornées et l’ensemble jauni. Puis rien dans la poche de Craig, qui visiblement ne vend pas des brouettes non plus. C’est donc un peu la mort dans l’âme, forcé par l’univers, que j’entamais la lecture de The Contortionist’s Handbook.

Daniel a fait une overdose médicamenteuse. Et avant de pouvoir sortir de l’hôpital, il doit passer un entretien psychologique afin qu’il soit déterminé que la prise de comprimés n’était pas une tentative de suicide. Pour Daniel, John de son vrai prénom, tout ceci n’est que routine. Depuis son plus jeune âge il souffre de violentes migraines que seule l’absorption d’antalgiques en grande quantité parvient à dompter. Ce n’est pas sa première interview post lavage d’estomac. Les questions, les réponses, il connait ça par cœur. Pour peu qu’il ne soit pas tombé sur un médecin tatillon, il devrait s’en sortir. Mais le temps presse. John a changé plusieurs fois d’identités pour échapper aux forces de l’ordre, aux hôpitaux, et l’étaux se resserre sur sa petite amie à l’extérieur.

Ce qui est super cool dans The Contortionist’s Handbook, c’est la minutie de Clevenger, qui passe un bon tiers du bouquin à nous expliquer comment profiter des failles du système administratif américain afin de se forger une nouvelle identité. Okay, l’histoire se passe dans les années 80 pour éviter toutes les complications narratives dues à Internet. On se passionne aussi pour l’entretien psychologique, entièrement décortiqué, fascinant à lire. Les flashbacks fonctionnent moins bien, peut-être pour cause de déficit en intrigue. Il faudra attendre le dernier quart du livre pour que des enjeux se dessinent réellement, et se retrouvent bouclés tout aussi rapidement. Un peu dommage du coup, l’ennui pointant parfois le bout de son nez dans ce qui aurait pu être un excellent bouquin mais qui se contente d’être bon. Ce qui est, notez bien, déjà clairement pas mal.

En tout cas je me souviendrai de ce bouquin, ne serait-ce que pour les heures passées à chercher un exemplaire pas trop niqué ni trop cher sur les sites d’occasion. Pour le lol cependant, je dois admettre qu’une amie suisse en a trouvé un vers chez elle, le lendemain de ma commande. Ironie.

Demain on parlera d’afro.