Un jour je me suis pris la tête, genre débat philosophique, sur la question du choix. Vous savez cette vieille dichotomie entre le destin et le libre arbitre. Je me souviens plus qui m’a dit un jour qu’en vérité, on a toujours des choix, au minimum celui de continuer à vivre ou pas. Rien que de se lever le matin est un choix. On s’est pas flingué dans la nuit. On a fait ce choix. C’est un peu extrême dans l’idée mais ça remet les choses en perspective. Et petit à petit j’ai appris à décortiquer les hordes de décisions que je prends à chaque seconde. Mon passé de joueur d’échec qui remonte, à triturer les possibilités, les statistiques. Mais je ne vais pas vous prendre la tronche avec ça de bon lundi. Non, en fait, je veux en venir à la décision de tenter d’embrasser une carrière d’artiste, et les milliers de choix au quotidien que ça implique.

On a de grandes décisions, comme les études. Comme le jour où j’ai dit à mon prof de dessin que je ne préférais pas intégrer l’école à plein temps, que je ne pensais pas être fait pour ça, malgré mon petit niveau. Je voulais aller à la fac, avoir un plan de secours. Puis y’a les petites décisions, comme prendre le temps de lire un article sur les avantages/inconvénients d’une narration interne, utiliser deux heures de libre à écouter deux écrivains discuter par-dessus un film que j’ai déjà vu. Les gens normaux, ceux qui aiment leurs études, leur job, qui ont des ambitions plus terre à terre à base de trois pièces en banlieue, leurs choix sont faciles. La société nous prépare et nous conditionne à savoir quelle est le bon choix pour s’épanouir dans la normalité, dans l’ambition banale (je ne dis pas péjorativement, souvent j’envie tous ces gars là, qui ne sont pas des connards égoïstes rêveurs comme moi).

J’aimerais bien être écrivain, que des gens que je ne connaitrai jamais lisent mes bouquins et en tire n’importe quoi de positif, à la hauteur de la thune qu’ils mettent dedans. Il n’y a pas de règles pour ça, pas de chemin tout tracé. Ou alors pas pour moi. Je vois plutôt ça comme la validation successive d’une multitude de choix au quotidien. Ca va de mes sites web préférés à quel stage me semble le plus pertinent vis-à-vis de ce que je désire vraiment et pas seulement vis-à-vis du plan de secours. On en reparlera. Rien que ce blog, qui n’aurait jamais débuté si j’avais pas eu peur de perdre la main à ne pas écrire trop longtemps, et qui n’aurait jamais continué si longtemps si j’avais pas rencontré des tonnes de personnes intéressantes, parfois en lien avec Le Plan. Sans oublier le choix le plus important, celui de continuer à y croire, celui de continuer à essayer, le choix de continuer à faire des choix.

Ca reste une de mes plus grandes peurs, celle d’abdiquer. Celle de me satisfaire de la normalité, de décider qu’à partir de maintenant je ne suis plus l’exception, je suis un mec normal, avec des ambitions normales. Ca ferait de moi un type qui dort mieux la nuit, qui se prend nettement moins la tête la journée, avec plus de temps pour lui. Alors parfois je fais des mauvais choix. Je procrastine pour ne pas me confronter au risque d’un échec, je fais l’impasse sur une mine d’information ou sur une rencontre. Mais je ne lâche pas pour autant. Parce que je suis persuadé que décrocher c’est quelque chose de presque définitif. Que tenter de repartir après avoir tout laissé tomber, ça demanderait un effort titanesque, potentiellement insurmontable. L’abandon est tellement confortable, moelleux de simplicité.

Alors aujourd’hui, demain, les jours d’après je vais faire des choix, le genre à faire flipper ma mère qui s’inquiète de mon avenir, à faire flipper mes vrais amis qui pensent que je leur consacre moins de temps, à désespérer mes professeurs, à énerver mes détracteurs. J’en oublie sûrement. Et un jour, sûrement, je serais sur ma montagne de papier, à pouvoir souffler et dire que ouais, putain, j’ai fais le bon le choix.
Au pire je peux toujours m’acheter un trois pièces à Levallois ou m’arrêter de respirer. Ca serait triste. Dans un cas comme dans l’autre. D’ici là, on se retrouve demain, si vous le voulez. C’est votre choix à vous.





