704 – Opt Out

Un jour je me suis pris la tête, genre débat philosophique, sur la question du choix. Vous savez cette vieille dichotomie entre le destin et le libre arbitre. Je me souviens plus qui m’a dit un jour qu’en vérité, on a toujours des choix, au minimum celui de continuer à vivre ou pas. Rien que de se lever le matin est un choix. On s’est pas flingué dans la nuit. On a fait ce choix. C’est un peu extrême dans l’idée mais ça remet les choses en perspective. Et petit à petit j’ai appris à décortiquer les hordes de décisions que je prends à chaque seconde. Mon passé de joueur d’échec qui remonte, à triturer les possibilités, les statistiques. Mais je ne vais pas vous prendre la tronche avec ça de bon lundi. Non, en fait, je veux en venir à la décision de tenter d’embrasser une carrière d’artiste, et les milliers de choix au quotidien que ça implique.

On a de grandes décisions, comme les études. Comme le jour où j’ai dit à mon prof de dessin que je ne préférais pas intégrer l’école à plein temps, que je ne pensais pas être fait pour ça, malgré mon petit niveau. Je voulais aller à la fac, avoir un plan de secours. Puis y’a les petites décisions, comme prendre le temps de lire un article sur les avantages/inconvénients d’une narration interne, utiliser deux heures de libre à écouter deux écrivains discuter par-dessus un film que j’ai déjà vu. Les gens normaux, ceux qui aiment leurs études, leur job, qui ont des ambitions plus terre à terre à base de trois pièces en banlieue, leurs choix sont faciles. La société nous prépare et nous conditionne à savoir quelle est le bon choix pour s’épanouir dans la normalité, dans l’ambition banale (je ne dis pas péjorativement, souvent j’envie tous ces gars là, qui ne sont pas des connards égoïstes rêveurs comme moi).

J’aimerais bien être écrivain, que des gens que je ne connaitrai jamais lisent mes bouquins et en tire n’importe quoi de positif, à la hauteur de la thune qu’ils mettent dedans. Il n’y a pas de règles pour ça, pas de chemin tout tracé. Ou alors pas pour moi. Je vois plutôt ça comme la validation successive d’une multitude de choix au quotidien. Ca va de mes sites web préférés à quel stage me semble le plus pertinent vis-à-vis de ce que je désire vraiment et pas seulement vis-à-vis du plan de secours. On en reparlera. Rien que ce blog, qui n’aurait jamais débuté si j’avais pas eu peur de perdre la main à ne pas écrire trop longtemps, et qui n’aurait jamais continué si longtemps si j’avais pas rencontré des tonnes de personnes intéressantes, parfois en lien avec Le Plan. Sans oublier le choix le plus important, celui de continuer à y croire, celui de continuer à essayer, le choix de continuer à faire des choix.

Ca reste une de mes plus grandes peurs, celle d’abdiquer. Celle de me satisfaire de la normalité, de décider qu’à partir de maintenant je ne suis plus l’exception, je suis un mec normal, avec des ambitions normales. Ca ferait de moi un type qui dort mieux la nuit, qui se prend nettement moins la tête la journée, avec plus de temps pour lui. Alors parfois je fais des mauvais choix. Je procrastine pour ne pas me confronter au risque d’un échec, je fais l’impasse sur une mine d’information ou sur une rencontre. Mais je ne lâche pas pour autant. Parce que je suis persuadé que décrocher c’est quelque chose de presque définitif. Que tenter de repartir après avoir tout laissé tomber, ça demanderait un effort titanesque, potentiellement insurmontable. L’abandon est tellement confortable, moelleux de simplicité.

Alors aujourd’hui, demain, les jours d’après je vais faire des choix, le genre à faire flipper ma mère qui s’inquiète de mon avenir, à faire flipper mes vrais amis qui pensent que je leur consacre moins de temps, à désespérer mes professeurs, à énerver mes détracteurs. J’en oublie sûrement. Et un jour, sûrement, je serais sur ma montagne de papier, à pouvoir souffler et dire que ouais, putain, j’ai fais le bon le choix.

Au pire je peux toujours m’acheter un trois pièces à Levallois ou m’arrêter de respirer. Ca serait triste. Dans un cas comme dans l’autre. D’ici là, on se retrouve demain, si vous le voulez. C’est votre choix à vous.

530 – Made In Bullshit

Un de mes nombreux problèmes, c’est de toujours avoir envie de faire les choses après coup. Prenez les cours d’Arts plastiques du collège. A l’époque j’étais un peu un gros connard, à bâcler des dessins de merde pour écoper d’à peine la moyenne. Quatre ans plus tard, quand ça ne m’apportait plus aucune note scolaire, j’ai bossé mon dessin au point que l’on me propose d’intégrer la plus grosse école d’illustration de Lyon. Allez comprendre. Ce n’est pas pour autant que je n’aurais rien fait de mes cours d’Arts Pla. Non, je ne pense pas seulement à mon placement stratégique et mes discussions enflammées avec les jeunes filles en boutons. Mon année de troisième m’aura offert un indice de plus sur ma future vocation, des preuves que ma voie se trouvait dans le baratin et le racontage d’histoires. Que ce soit pour vendre des yaourts ou écrire un bouquin.

Cette année là, en cours d’Arts Pla, il fallait échaffauder un « projet artistique ». Dans une ultime tentative de nous ouvrir l’esprit avant le Lycée, la puberté et le cannabis, l’école voulait que l’on planche une demi-douzaine de mois pour accoucher d’un truc bien taffé. Ca pouvait aller du collage de photos en tableau géant jusqu’à une navette spatiale construite à base de trucs recyclés. En ce qui me concernait, j’étais, complètement à court d’idées. Enfin non, comme d’hab’, j’avais imaginé un truc de fou furieux, construire un modèle réduit du labyrinthe du Minotaure. Merci les cours de Grec. Plus le temps passait plus la complexité matérielle du truc me semblait galère. Jusqu’à ce que la prof m’assène que ce n’était pas assez métaphorico-symbolique, que ça ne laissait pas parler mon moi du dedans, le petit Reilly qui ne demande qu’à s’exprimer. J’ai donc torché un truc en deux heures la veille du rendu final et j’ai eu la meilleure note ever, vingt.

Ah ah, je vois vos yeux incrédules. Permettez-moi de vous expliquer ce qui restera comme un des plus grands coups de bluff de ma scolarité. J’avais acheté un tube de mousse expansée, un truc qui gonfle pour faire du bricolage. J’ai tracé avec une sorte de labyrinthe sur un calendrier. Un coup de pinceau gris, quelques coups de feutre bleu et c’était plié. Le lendemain en cours, lors de la présentation, j’expliquais ma fascination pour les labyrinthes, l’histoire du minotaure, d’à quel point ça ne satisfaisait pas ma soif d’intellectualisme. C’est alors que m’était venue l’idée de représenter l’esprit humain, cet outil si complexe, si insondable, sous la forme d’un labyrinthe ! Et zou paie ta maquette en mousse expansée comme métaphore freudienne ! Mon discours aura duré près d’un tiers de l’heure, de quoi feinter tout le monde, me faisant passer pour une espèce de brute épaisse de l’art contemporain.

Moi qui espérais m’en tirer avec un pénible douze, je suis resté planté pendant le reste de la journée pour processer l’information. J’avais eu la note maximale, latté des camarades qui bossaient sur leur truc depuis quatre mois. Y’a des jours comme ça, où l’on apprend de grandes leçons de vie (et d’injustice).
Et y’a des jours où en ouvrant ses placards, on retrouve des vestiges d’une époque oubliée. Aussi, la prochaine fois que ma mère me demandera pourquoi je jette pas cette horreur à la poubelle, je lui linkerai cette note.

Demain, je partirai à la recherche des jolies filles du cinéma.

WHAT THE FUCK STAGE !!!

Ouais, normallement j’aurais collé une photo de “l’oeuvre”, mais là je suis coincé à Paris. Donc je m’interdirai pas une note bis lors d’un de mes retours dans la capitale des Gaules.

279 – Holyday-Lag

Aujourd’hui c’est la rentrée, je me lève donc à sept heure et des cacahuètes du matin. Fais chier sa race ! Parce que je vais être décalqué comme c’est pas humainement possible. La faute aux vacances, qui systématiquement font lentement glisser mon rythme de sommeil. A l’heure où j’écris cette note, j’ai repris l’habitude de me pieuter à trois heures du matin pour me lever à midi. Du coup today ça va être la grosse baffe, et à priori l’effondrement sur le bureau une fois à l’école. Vous me direz que j’avais qu’à me remettre petit à petit dans le rythme à l’aide de mon réveil, en m’y prenant quelques jours à l’avance. Ah ah ah ! Mais c’est peine perdue mes amis ! Mon instinct de grosse larve est beaucoup plus fort qu’un simple appareillage électronique. Mais surtout, si j’ai un rythme décalé, c’est parce que je suis créatif !

Comme je suis un gars cool, je lis Wired, le magazine US des technophiles hypeurs qui n’en veulent. Voilà t’y pas que j’y découvre une étude très intéressante ! En 2006, des scientifiques qui n’avaient que ça à foutre ont fait passer des tests de créativités (compléter des images, associations d’idées) à un tas de personnes tout en comparant leurs rythmes de sommeil. Et là, surprise ! Il s’avère que les personnes les plus créatives sont celles qui se couchent le plus tard ! Sachant que l’horloge interne de l’être humain est régulé par un petit groupe de cellules cérébrales, on peut se demander si la créativité ne pourrait pas avoir des origines biologiques ? Pendant ce temps là, les psys pensent que se coucher tard est une extériorisation de l’extraversion et du sentiment de ne pas appartenir à la norme. Ca fait un peu l’œuf et la poule tout ça, mais dans l’idée on peut dire que si je me couche à trois heures du matin c’est parce que j’écris des romans !

C’est aussi ça que j’aime dans la science, avoir des arguments complètements débiles à la limite du paranormal pour justifier mes attitudes les plus extrêmes. Maintenant que j’ai conservé les liens vers l’article, je suis intouchable ! J’imagine déjà mes lettres d’excuses d’absence à l’école « Excusez-moi d’être créatif quoi ! ». A part ça, toujours dans le même ordre d’idées, vous connaissez le cortisol ? C’est l’hormone qui régule le stress. Et comme de par hasard c’est à sept heure du matin qu’elle est le plus présente dans l’organisme. Se lever dans ces eaux là et c’est un coup à se faire un petit pic de stress de bon matin. Chouette. Faisez-donc comme moi, rejoignez mes quelques potes toujours opés à 3h du matin sur MSN. Ensemble on aura qu’à écrire un bouquin tellement bien que Le Clézio il aura honte d’avoir gagné le Nobel !

Ouais, enfin avec tout ça va quand même falloir que je me lève de bonne heure, malgré le fait que la science soit de mon côté. Pi rentré un dimanche, a pas de lait pour les chocapics, que je vais machoner avec un regard noir demain. Fais chier tiens.

Demain, on cause real TV de ouf.