J’aime bien Nicolas Rey. C’est pas un scoop, je l’ai déjà dit. Déjà le mec à plein de cheveux, et ça c’est cool. Ensuite il est semi gros, ça donne l’air bon vivant et tout. Puis Nicolas Rey c’est un peu le sous Beigbeder en rémission. Si trainer en soirée littéraire m’aura appris un truc, c’est que Frédo est irrécupérable (en fait il s’en fout lui-même je crois). Rey il s’accroche encore, genre il va en cure de désintox et essaie la monogamie pour voir, des fois que. En plus c’est un mec bien, il est resté plus longtemps que d’autres chez son petit éditeur, Au Diable Vauvert, avant de pondre un roman chez Grasset. Pour « Un léger passage à vide », il revient au bercail et offre au Diable de quoi s’assurer un petit regain de trésorerie. Sympa. Bon, y’a léger gavage vu que le roman commence page 7, se termine page 182, saute 25 pages de gauche (d’où le titre ? pardon…) pour cause de changement de chapitres, qui sont eux même au nombre de 51, qui sautent un tiers de page à chaque fois.
Numb3rs !!!
182-7-25-(51/3) = 133
A 17 euros le bouquin, ça nous fait du 12,7 centimes la page de roman. Soit le pire rapport quantité/prix depuis Amélie Nothomb. Ca a intérêt à être bien !

Au moins la couverture est pas dégueu. A mi chemin entre le sobre et le bling bling avec ce citron glacé en relief, on peut dire qu’Un léger passage à vide fait son petit effet. Bon, l’agrume aurait été plus à propos si le roman avait conservé son titre originel, « Vitamines ». Allez j’arrête de chipoter et je vous dis de quoi ça parle. Rey, Nicolas donc, ne va pas très bien. Sa femme accouche alors qu’il est complètement toxico mondain. Puis il se fait larguer, finit père célibataire. Du coup il décide d’aller en désintox et de se mettre au coca light (fuck yeah !). En ressortant il se rend compte que les gens, quand même, c’est un peu des cons. Puis il rencontre une jeunette kro meugnonne dont il tombe amoureux jusqu’à ce que les Etats-Unis les séparent. Entre temps, son fils à grandi et donc se fait offrir un chapitre à la première personne.
En fait, Un léger passage à vide n’est pas roman. Ce n’est pas une autofiction non plus. Trop bref pour une autobio, trop lettré pour un récit. Je l’ai plutôt reçu comme une conversation de comptoir. Un peu comme si j’avais croisé Rey dans un café du sixième et que je lui avais demandé « Bah alors, depuis le temps, comment ça va toi ? ». Lui il aurait soufflé un peu et m’aurait répondu sur 133 pages en commençant par « Oh, moi tu sais je… »

Sans vouloir refaire des maths, les chapitres font en moyenne (133/51 = 2,6) pages. Ceci explique la vitesse à laquelle on lit ce dernier roman. Les chapitres très courts sont thématiques, l’accouchement, un patient bizarre de désintox, une sortie à Disney, une rupture par Skype etc… On perd forcément en profondeur et cohérence globale. Le livre n’est pas du tout structuré, si ce n’est temporellement (dans l’ordre). On passe des soucis conjugaux à la cure, puis au fils, puis à la femme, puis à la vie d’écrivain, puis à la femme, puis au nouvel amour, puis au fils. C’est ce côté décousu et très bref qui me donne cette impression de bilan de comptoir, comme un vieil ami qui vous raconte dans le désordre tout ce que vous avez manqué. Parce que mine de rien, c’est là où le fait de bien aimer Nicolas Rey joue. A titre purement personnel, moua, je suis bien content d’avoir des nouvelles du type qui a l’air super fatigué ces derniers temps. Paraitrait même que ce livre est le premier qu’il aurait écrit à jeun, enfin, net quoi. Et le pire, c’est que ça se sent. Dans le bon sens. Non parce que ses premiers romans, parfois, c’était un peu le bordel niveau style et narration.

Un léger passage à vide a beau être très court, il est plein de bonnes choses. L’aspect confession semble réellement sincère et suffisamment retenu pour ne pas sombrer dans le pathos. Il reste des non-dits, des éléments dont on sent bien qu’ils nous échappent. Mais on est touché, et on sourit pas mal aussi. Les anecdotes amusantes sont (presque) toujours bien choisies et surtout bien racontée. Okay, c’est de l’écriture de dandy de trente ans, une variante moins trash de Beigbeder, plus léger en fait. « Audrey, je prendrais bien des vacances dans tes cheveux » m’a suffisamment plu pour que je le textote à une copine. J’ai pas mal souri, presque ri parfois, mais pas trop non plus. Parce que bon, je l’ai lu dans le métro et j’aime pas trop me marrer tout seul en public. Tous les chapitres ne fonctionnent pas (en particulier ceux où Rey fait parler d’autres personnages), mais l’écriture reste souple et plus que plaisante de bout en bout, participant aussi à la vitesse de lecture. On s’y laisse prendre avec plaisir.

Je doute qu’Un léger passage à vide soit la meilleure introduction à l’œuvre de Rey. Peu représentatif et très personnel, c’est la sincérité du texte qui peut éventuellement toucher tout le monde. Okay, ça reste cher payé pour pas grand-chose (dixit ma mère qui l’a lu en un aprem’). D’où ma légère impression d’avoir déboursé un gros cocktail sans alcool pour passer une heure avec un vieux pote qui me résume ses dernières années. Ça fait mal au portefeuille mais j’en ressors malgré tout content. Seulement, à l’heure où je termine cette note, y’a Rey à la TV. A voir son regard, le passage à vide est pas fini. Et si je le croise au salon du livre, pour une dédicace ou au détour d’un urinoir, j’aurai qu’une envie, c’est de lui mettre la main sur l’épaule et lui dire :
« Mec, ça va ? »