686 Bis – Free Vitamins

Hop, une petite note bis en passant pour vous signaler que le dernier bouquin de Nicolas Rey (j’en parlais là) est numériquement gratuit pour la journée. Si vous possédez un iPhone il vous est possible d’accéder à la lecture du livre à partir de l’application du Diable Vauvert, son éditeur, jusqu’à demain matin huit heures. Vu la taille du roman, il y a moyen de le bouffer sur votre trajet de retour du métro, easy.

Et pour tous les gens de qualité, ceux qui ne possèdent pas d’iSheep, une version en PDF (nécessitant la rapide installation d’Adobe Digital Edition) est disponible en téléchargement gratuit jusqu’à ce soir minuit. Aucune limite à priori dans la lecture, testé et validé.

Donc si vous avez un peu de curiosité, de temps, ou simplement l’envie de lire des trucs sans payer, tels des rebelles de l’interweb, jetez-y un coup d’oeil.

656 – Book Review 108

J’aime bien Nicolas Rey. C’est pas un scoop, je l’ai déjà dit. Déjà le mec à plein de cheveux, et ça c’est cool. Ensuite il est semi gros, ça donne l’air bon vivant et tout. Puis Nicolas Rey c’est un peu le sous Beigbeder en rémission. Si trainer en soirée littéraire m’aura appris un truc, c’est que Frédo est irrécupérable (en fait il s’en fout lui-même je crois). Rey il s’accroche encore, genre il va en cure de désintox et essaie la monogamie pour voir, des fois que. En plus c’est un mec bien, il est resté plus longtemps que d’autres chez son petit éditeur, Au Diable Vauvert, avant de pondre un roman chez Grasset. Pour « Un léger passage à vide », il revient au bercail et offre au Diable de quoi s’assurer un petit regain de trésorerie. Sympa. Bon, y’a léger gavage vu que le roman commence page 7, se termine page 182, saute 25 pages de gauche (d’où le titre ? pardon…) pour cause de changement de chapitres, qui sont eux même au nombre de 51, qui sautent un tiers de page à chaque fois.
Numb3rs !!!
182-7-25-(51/3) = 133
A 17 euros le bouquin, ça nous fait du 12,7 centimes la page de roman. Soit le pire rapport quantité/prix depuis Amélie Nothomb. Ca a intérêt à être bien !

Au moins la couverture est pas dégueu. A mi chemin entre le sobre et le bling bling avec ce citron glacé en relief, on peut dire qu’Un léger passage à vide fait son petit effet. Bon, l’agrume aurait été plus à propos si le roman avait conservé son titre originel, « Vitamines ». Allez j’arrête de chipoter et je vous dis de quoi ça parle. Rey, Nicolas donc, ne va pas très bien. Sa femme accouche alors qu’il est complètement toxico mondain. Puis il se fait larguer, finit père célibataire. Du coup il décide d’aller en désintox et de se mettre au coca light (fuck yeah !). En ressortant il se rend compte que les gens, quand même, c’est un peu des cons. Puis il rencontre une jeunette kro meugnonne dont il tombe amoureux jusqu’à ce que les Etats-Unis les séparent. Entre temps, son fils à grandi et donc se fait offrir un chapitre à la première personne.
En fait, Un léger passage à vide n’est pas roman. Ce n’est pas une autofiction non plus. Trop bref pour une autobio, trop lettré pour un récit. Je l’ai plutôt reçu comme une conversation de comptoir. Un peu comme si j’avais croisé Rey dans un café du sixième et que je lui avais demandé « Bah alors, depuis le temps, comment ça va toi ? ». Lui il aurait soufflé un peu et m’aurait répondu sur 133 pages en commençant par « Oh, moi tu sais je… »

Sans vouloir refaire des maths, les chapitres font en moyenne (133/51 = 2,6) pages. Ceci explique la vitesse à laquelle on lit ce dernier roman. Les chapitres très courts sont thématiques, l’accouchement, un patient bizarre de désintox, une sortie à Disney, une rupture par Skype etc… On perd forcément en profondeur et cohérence globale. Le livre n’est pas du tout structuré, si ce n’est temporellement (dans l’ordre). On passe des soucis conjugaux à la cure, puis au fils, puis à la femme, puis à la vie d’écrivain, puis à la femme, puis au nouvel amour, puis au fils. C’est ce côté décousu et très bref qui me donne cette impression de bilan de comptoir, comme un vieil ami qui vous raconte dans le désordre tout ce que vous avez manqué. Parce que mine de rien, c’est là où le fait de bien aimer Nicolas Rey joue. A titre purement personnel, moua, je suis bien content d’avoir des nouvelles du type qui a l’air super fatigué ces derniers temps. Paraitrait même que ce livre est le premier qu’il aurait écrit à jeun, enfin, net quoi. Et le pire, c’est que ça se sent. Dans le bon sens. Non parce que ses premiers romans, parfois, c’était un peu le bordel niveau style et narration.

Un léger passage à vide a beau être très court, il est plein de bonnes choses. L’aspect confession semble réellement sincère et suffisamment retenu pour ne pas sombrer dans le pathos. Il reste des non-dits, des éléments dont on sent bien qu’ils nous échappent. Mais on est touché, et on sourit pas mal aussi. Les anecdotes amusantes sont (presque) toujours bien choisies et surtout bien racontée. Okay, c’est de l’écriture de dandy de trente ans, une variante moins trash de Beigbeder, plus léger en fait. « Audrey, je prendrais bien des vacances dans tes cheveux » m’a suffisamment plu pour que je le textote à une copine. J’ai pas mal souri, presque ri parfois, mais pas trop non plus. Parce que bon, je l’ai lu dans le métro et j’aime pas trop me marrer tout seul en public. Tous les chapitres ne fonctionnent pas (en particulier ceux où Rey fait parler d’autres personnages), mais l’écriture reste souple et plus que plaisante de bout en bout, participant aussi à la vitesse de lecture. On s’y laisse prendre avec plaisir.

Je doute qu’Un léger passage à vide soit la meilleure introduction à l’œuvre de Rey. Peu représentatif et très personnel, c’est la sincérité du texte qui peut éventuellement toucher tout le monde. Okay, ça reste cher payé pour pas grand-chose (dixit ma mère qui l’a lu en un aprem’). D’où ma légère impression d’avoir déboursé un gros cocktail sans alcool pour passer une heure avec un vieux pote qui me résume ses dernières années. Ça fait mal au portefeuille mais j’en ressors malgré tout content. Seulement, à l’heure où je termine cette note, y’a Rey à la TV. A voir son regard, le passage à vide est pas fini. Et si je le croise au salon du livre, pour une dédicace ou au détour d’un urinoir, j’aurai qu’une envie, c’est de lui mettre la main sur l’épaule et lui dire :

« Mec, ça va ? »

649 – Book Review 107

J’aime pas Thomas Clément. Vous savez, le mec qui blog sur la bouffe/musique/marketing et qui fait des « Tomcasts » avec plein d’interviews de star dedans. Ce Thomas Clément. Bah je l’aime pas. Ce qui est, je vous l’accorde, un peu pute vu que non seulement je ne le connais pas, mais il ne m’a rien fait. Bon y’a bien sa calvitie qui me ramène à mes propres insécurités capillaires. Puis le fait que je ne le trouve pas super performant en tant qu’intervieweur. Ou son côté un peu beauf à mettre des photos de ses barbecues sur son blog/twitter/facebook. Non, en fait je crois c’est son côté fanboy. Le besoin de côtoyer et de s’afficher avec des stars (ce qui déborde sur ses interviews, où il se met trop en avant). En fait, si Thomas Clément était une fille, avec des cheveux, je suis persuadé qu’il serait starfuckeuse. Mais Thomas a un pénis et un grand front. Du coup il a un blog et écrit à la place (en fait je compatis carrément).

Bon en vrai il parait qu’il est super sympa. Un ami commun me l’a validé. Même que Thomas Clément okay c’est un peu un beauf midinette comme ça, mais il est vraiment cool. Et j’ai fini par me convaincre que ouais, ça doit être sympa de partager des brochettes de gambas en parlant bouffe/musique/marketing avec le bonhomme (ceci dit vu le premier paragraphe c’est potentiellement mal engagé). Breffons. Thomas Clément dans la vraie vie où il a besoin d’argent il bosse dans la pub. Oooh. Compatriote ! Mais il a aussi écrit un bouquin un jour, y’a trois ans. Même que ça s’appelle les enfants du plastique et que c’est de ça dont je vais vous parler aujourd’hui. Le roman vient de sortir en poche et forcément, je me devais de l’acheter et le lire. Curiosité malsaine qu’on dit. Et si j’ai passé plus de trois cent mots sur son auteur avant d’en arriver là, c’est que j’aime pas le “personnage” Thomas Clément (je progresse, je nuance). Fatalement j’avais très envie de détester son livre.

Frank Matalo est le P-DG d’Unique, la seule grosse major du disque en 2010 (ui bon le livre date de 2006). Frank Matalo est dépressif parce que sa fille est morte et du coup il passe la moitié de sa narration interne à lui parler. La folie, ça commence comme ça. Comme sa femme de lui parle plus que par SMS, il a le temps de réaliser qu’il est devenu un gros connard et a contribué à la mort de la musique. Du coup, au lieu de profiter de sa position idéale pour lancer un vrai groupe avec du talent et cœur et réparer ses erreurs, il préfère produire des métalleux attardés dans le but de se faire virer et de torpiller son groupe (?!?). Chacun son truc vous me direz. Malheureusement, plus Frank redouble d’effort pour choquer le public, pour promouvoir un groupe malsain de dégénérés, plus le public en redemande. Et le P-DG d’Unique se retrouve de plus en plus, malgré tous ses efforts, à créer un succès de plus. Peut-être le plus grand de ce début de vingt et unième siècle.

Bon point, y’a une trame. Je dis ça parce que la littérature masturbatoire, ça va cinq minutes mais faut pas déconner. Mauvais point, elle est complètement transparente du début à la fin. Il m’a fallu cinq pages pour comprendre que le narrateur s’adresse à sa fille morte (alors que le reveal intervient au premier quart). Un chapitre sur deux se termine par Frank qui se dit dans le dedans de lui-même que cette fois, c’est sûr, son groupe va imploser et détruire Unique ! Sauf que, évidemment, systématiquement non. En fait c’est ce qui m’a le plus gêné dans Les enfants du plastique, le côté gros sabots de l’ensemble. La logique de base du personnage principal, à savoir de tout détruire plutôt que de tenter de réparer ses erreurs, m’échappe un peu dans une dynamique de culpabilité et d’épiphanie. Mon côté paladin sans doute. Clément cède parfois au cool au mépris de la cohérence. Le groupe de mettaleux à des réactions trop caricaturales, incompatibles avec un univers qui se veut réaliste (on oscille entre le réalisme et l’absurde sans jamais trop savoir où l’on est).

Mais, et là attention twist, y’a des trucs vachement bien dans le premier roman de Thomas Clément. Par exemple certain dialogues sont savoureux, des phases de style sont vraiment bien senties et surtout les passages qui virent sur le monde de la pub et du marketing ont réussi à me faire marrer. Dans le bon sens du terme. C’est ce qu’on appelle être ponctuellement agréablement surpris. Tout comme je sens bien que Clément aime la musique, la vraie musique, qu’il s’agit d’une passion chez lui (enfin, écrire un bouquin pareil et trois ans plus tard aller interviewer Pascal Nègre de manière TRES complaisante… j’espère que l’autre côté de la veste est confortable). Malgré tous mes efforts pour essayer de vous dire que Les enfants du plastique, c’est de la merde, j’y arrive pas. Mon honnêteté intellectuelle me pousse à avouer que c’est honnête, que ça se lit facilement et occupe le temps d’un TGV. En fait, le roman de Thomas Clément est à l’image de son auteur : pas vraiment subtil, parfois lourd ou carrément à l’ouest, mais avec un bon fond.

Et à l’heure où nombre de textes sont prémâchés, écrits sans réelle envie ou but, avoir un roman qui ressemble à celui qui l’a accouché, sincère, c’est déjà être au dessus de la masse. Même si, au départ, quand même, j’aime pas Thomas Clément (qui m’invite à manger quand il veut).

WAYNE’S STAGE !!!

Non, mais, sérieux, avoir un personnage principal dont la chanson culte est Stairway To Heaven… Je pensais que Wayne’s World avait tordu le cou à se cliché y’a vingt ans déjà.