448 – Book Review 67

Y’a quelques semaines est sorti le nouveau bouquin d’Haruki Murakami. Même que je l’ai vu à la RNAC. Vu, mais pas acheté. Tout ça parce qu’on se paye une reformulation absurde du titre original, une couverture jaune dégueulasse et un prix de vente qui avoisine tranquillement les 20 euros pour deux cent pages. Etrangement j’ai reposé le livre sur son étal, parti faire un tour sur l’interweb pour me dégotter un exemplaire en langue anglaise. Après tout, Murakami étant traducteur de romans de langue anglaise en japonais. La version anglaise doit donc être plus fidèle. Mais surtout, huit reuros port compris avec une jolie couverture stylisée et gaufrée. Maintenant vous savez pourquoi j’ai envie de jeter mon mémoire sur le marketing du livre en France par la fenêtre, pourquoi je claque encore ma thune à l’étranger, privant mon pays préféré d’une relance de la croissance. Toutélié !

Murakami approche des soixante ans. Il en aura passé presque trente à courir, quasiment tous les jours, participant à plus de vingt marathons et autres épreuves sportives. « Ce dont je parle quand je parle de courir» est une collection d’essais qui forme un morceau d’autobiographie d’Haruki Murakami. Liant son expérience de la course de fond avec ses mécanismes d’écriture, il dresse le portrait d’un écrivain habité à la foi par son art et pas une force plus profonde. C’est aussi un livre qui parle de la vieillesse, de la prise de conscience des limites qui nous imposent le temps qui passe, que ce soit lors de la fermeture d’un club de Jazz, la perte potentiellement définitive de talent ou bien un corps qui fatigue, qui ne vous porte plus aussi loin qu’avant.

Souvent touchant, parfois anecdotique, What I talk about when I talk about running ne m’aura pas laissé indifférent. Contrairement à une bonne partie de l’œuvre de Murakami, ce dernier livre est très accessible, écrit dans un style clair et sans détours. On retrouve néanmoins toute la poésie des images et réflexions de l’auteur, qui fait de ses expériences passées une force pour décrire son quotidien de marathonien vieillissant. C’est aussi l’occasion de découvrir pourquoi il s’est mis à écrire, comment a-t’il publié son premier roman, sa perception du lectorat. A un niveau plus personnel je suis toujours fasciné par le rapport à l’écriture d’auteurs pour lesquels j’éprouve admiration et respect. C’est amusant quand ma vision diverge radicalement de la leur, comme c’est ici le cas.

Un livre que je recommanderai très fort à ceux qui peuvent lire une version anglaise. Les autres préféreront sûrement attendre une édition poche dans un an, histoire de survivre en ces temps de crise. Demain ciné, forcément.

142 – Everyone’s A Critic #3

Toby Young est un journaliste trentenaire de Londres à qui le destin vient d’offrir la chance de sa vie. Graydon Carter, rédacteur en chef du mythique Vanity Fair lui offre un post à l’essai pour six mois à Manhattan, avec un salaire quadruplé. Ni une ni deux l’anglais part conquérir les Etats-Unis ! A lui les tops model dans son lit, l’argent qui coule à flot et la gloire sans borne. Rien à foutre qu’il soit petit, alcoolique et chauve, après tout il fait partie de l’élite de la presse glamour ! Enfin ça c’était sans compter son incroyable capacité à tout foutre en l’air et à se mettre à dos la moitié de New-York en quelques années. De cet impressionnant exercice d’auto flagellation bien réel, Toby Young en a tiré un best-seller adapté au cinéma pour cet octobre.

Ce qu’il y a de bien avec How To Lose Friends And Alienate People, en plus du titre satirique emprunté à un autre bouquin, c’est qu’on l’a déjà lu. Si vous avez survécu à l’intégrale de Sex And The City ou bien au Diable S’Habille en Prada alors vous connaissez déjà la moitié des personnages. Car en plus de 300 pages on croisera à de nombreuses reprises Candace Bushnell (Auteur de Sex And The City), Anna Wintour (Boss de Vogue). Il se trouve que Vanity Fair est publié par Condé Nast, la même boîte qui édite Vogue ou GQ. A quelques mois près il aurait même été possible que Toby croise l’héroïne du Diable S’Habille en Prada. How To Lose Friends And Alienate People est donc la version masculine et cynique d’un tas d’autres trucs que l’on a trop souvent vu d’un œil féminin sexy. Mais qui dit cynisme et irrévérence dit que chez Hollywood ça va grincer des dents. Aussi pour l’adaptation ciné les noms de Vanity Fair, Graydon Carter et toutes les stars mentionnées dans le livre ont mystérieusement disparus. Niveau intrigue même tarif. Le héros (Simon Pegg) se retrouve affublé d’une uber bonnasse déguisée en femme de ma vie et d’une Kirsten Dunst qui assume enfin qu’elle est putain de fugly.

Rien que pour l’acidité édulcorée par Hollywood je vous aurais recommandé la lecture du bouquin. Mais il s’avère que, twist, en fait c’est très bien foutu. Des chapitres courts à thème m’ont embarqué dans un rythme assez rapide. Young se lance parfois dans des dissertations sur les classes sociales, la guerre des sexes et la vanité de Manhattan sans que ce soit trop long (la plupart du temps). Monsieur à des références et se permet de caser un tas de citations et de rappels à des grands auteurs pour appuyer ses comparaisons. Niveau autobiographique il s’agit plus d’un divertissement éclairant sur les rouages d’une partie de la bourgeoisie US qu’autre chose. On m’aurait vendu ça comme un roman j’y aurais carrément cru. Ma seule déception aura été de m’abaisser à l’acheter d’occase (80cents + 3 keuss de frais de port) au lieu de neuf (8 keuss fdpin). A cause de mon manque de thune j’aurais écopé d’un exemplaire sentant la vieille bibliothèque et l’auteur n’aura rien touché (à part les millions de dollars de droits pour le film je veux dire).

Fuck mais c’est que je prendrais goût à lire ces saletés, d’ailleurs j’attends d’autant plus le film à présent. La semaine pro je tenterais de chroniquer le meilleur livre de 2007. J’espère que ça va me plaire sinon je serais deg’.
Demain, debriefing campagnard.

BONUS STAGE !!!

J’allais pas vous laisser sans une bande annonce tout de même !