858 – Reviewtopsy 03

[Critique sans spoilers]

Il était virtuellement impossible de rater d’adaptation ciné de la première saison d’Avatar : Le Dernier Maître de L’air. J’ai regardé cette première saison à deux reprises en un mois. Une fois pour moi, une seconde pour partager avec une amie qui a adoré. Le dessin animé est peut-être ce que j’ai vu de meilleur depuis dix ans dans l’animation occidentale. Cela fait que le matériau de base est exceptionnel. Un putain de singe aurait réussi à couper-coller les passages importants ou marquants des sept heures que dure le livre un pour en faire un film de deux heures. N’importe quel fan de six ans de la série aurait réussi un best of digne de ce nom. Le matos est bon à ce point. Pourtant. Je suis ressorti de The Last Airbender, le film, avec la rage. J’ai littéralement pas desserré les dents pendant dix minutes, je tremblais sur mon fauteuil pendant le générique de fin, les oncles plantés dans les accoudoirs. Je jure que sur chemin, malgré tout ce que je savais des critiques US, devant les affiches du film dans la rue, je me disais, c’est pas possible, ça va être cool, c’est obligé que ce soit un minimum cool. Du meilleur dessin animé de ces dix dernières années, le réalisateur/scénariste M. Night Shyamalan a réussi à faire le pire film de l’été.

La première erreur du film, la plus grossière, c’est d’inverser complètement la personnalité du héros, Aang, l’Avatar. Dans le dessin animé, le poids des responsabilités et de la culpabilité pèse sur le garçon de 12 ans. Parce qu’il a fui et disparu pendant cent ans, le monde est plongé dans la guerre et le chaos. Dans l’anime, Aang compense en étant particulièrement insouciant, en s’amusant à la première occasion parce qu’il a peur de se confronter à ses craintes. La série est donc mature mais sur un ton principalement fun, et drôle, et enfantin. Là, Shyamalan pense que l’Avatar doit être mature et dépressif pour faire adulte. Welcome Emo Aang qui ne parle quasiment pas de tout le film, dont le seul trait de personnalité c’est de bouder, faire la gueule, s’apitoyer. Non seulement on ne s’attache pas à lui, on ne ressent ni empathie ni affection, mais surtout on ne s’amuse pas de tout le film. Même tarif pour les personnages secondaires. Le grand frère Sokka, d’ordinaire mine à vannes et gags visuels est là complètement effacé et toujours sérieux. Appa, le fidèle bison volant, mascotte adorable de l’anime n’a littéralement aucun plan pour lui, pour s’exprimer, avoir de la personnalité, peupler l’univers. Il n’est qu’une voiture de luxe.

Le plus gros boulet du script reste l’enchaînement de scènes. A 1h43 générique compris, le film est beaucoup trop court. Tout va trop vite, à aucun moment l’on a le temps de souffler, de découvrir les personnages. Le spectateur est gavé d’informations à toute vitesse, comme les cinq minutes infâmes où la grand-mère de Sokka et Katara, les compagnons de Aang, explique le pitch du film à la caméra au lieu que cela vienne naturellement. Tout le film se passe entre les scènes. Chaque enchaînement maladroit de séquence donnant lieu à un petit résumé en voix off de ce qui s’est passé pendant qu’on ne filmait pas. Quand Sokka rencontre la princesse Yue, la voix off nous dit « Sokka et Yue se sont tout de suite plu ». Basta c’est réglé. Là où l’anime passait deux épisodes de flirt et de scènes un peu intimes, Shyamalan te dit « ils s’aiment du premier regard, accepte et soit ému ». Perdu. Aucune tension, aucun sentiment. Le final n’a aucun impact et paraîtra ridicule pour le néophyte alors que je me tordais de douleur dans mon fauteuil.

Le pire dans tout ça, c’est que le film perd de précieuses minutes à mettre en scène de la merde. Quand les méchants capturent Aang, ils lui font passer un test débile qui dure trois minutes pour prouver que c’est l’Avatar. Alors que c’est le PUTAIN DE DERNIER MAITRE DE L’AIR ! La nation du feu a exterminé le peuple de l’air depuis cent ans pour éviter le retour de l’avatar (qui se réincarne de nation en nation). Si y’a un putain de maitre de l’air encore en vie, c’est que c’est l’Avatar ! Trois minutes de perdues là où l’anime fait juste « No shit c’est un Airbender, c’est donc l’Avatar ! ». Même tarif pour toutes les scènes où le grand méchant de la première saison, l’Amiral Zhao prend conseil auprès du Seigneur du Feu. Dans l’anime le firelord reste une silhouette quasi muette pendant deux saisons, une menace, presque un monstre car mystérieux et tout puissant. Là on te montre d’office un mec avec dix kilos en trop parfaitement normal dans un palais complètement vide (alors qu’il suffisait de quelques tentures et d’un mur de feu pour recréer à l’identique le dessin animé, incompréhensible). Pas la peine de chercher la tension narrative, elle s’est barrée y’a un moment.

Pour en finir avec le script j’aimerais juste signaler que si jamais ils font un deux, ils sont dans la merde. Il manque deux personnages ultra importants de la première saison : Suki la guerrière de la Terre et Jet, le robin des bois orphelin. Ils sont indispensables au livre deux et Shyamalan prétend en interview que c’était plus simple de les introduire dans le second film. A un moment faut savoir si tu fais une trilogie ou pas ?! Un vague cliffhanger petit bras en dix secondes avant la fin, ça compte pas. Parce que vu le matos de la saison deux, je serais lui j’aurais économisé le max de temps possible en intégrant d’office ces personnages, ce qui aurait épaissi le casting et étoffé la quête de nos héros. A la place il décide d’adapter (péniblement) un des épisodes les plus stand alone de la première saison. Bien joué. A la trappe aussi l’Avatar Rokku, vie antérieure de Aang et guide spirituel tout le long de la série. Plutôt que de prendre le temps de l’introduire, le script le remplace par un dragon complètement random sorti de nulle part. Mention spéciale au viol de la mythologie puisque le film impose aux maitres du feu d’avoir du feu à porter de main pour le maitriser. Ca contredit complètement l’origine de leur pouvoir et ça n’est pas exploité dans le film. C’est du pseudo réalisme malvenu, gratuit et qui gâche du temps d’exposition (on t’explique) et massacre le tempo des combats (les secondes de choré perdues pour sortir la flamme des braseros avant de la projeter).

Reste pèle mêle à bitcher sur les acteurs (la moitié jouent de travers, Aang venant de la Robert Pattinson school of constipation et le fire lord étant campé par un comique du Daily Show, sans déconner), les effets spéciaux (je sais pas du tout où est passé le budget, entre les cavernes en carton pâte, le lémurien Momo flou de bout en bout en plus d’être ignoré et compagnie, j’ai pas vu la thune promise) et la musique. Oh oui, vous savez, la bande originale de la série, tous les thèmes musicaux, genre le générique d’introduction, les cuivres de la nation du feu, la musique des scènes tristes, tout ça part à la poubelle, remplacé par une bande son complètement interchangeable et sans âme. Pourquoi jeter ce qui existe, ce qui est connu des fans et déjà adapté à l’œuvre. Ca me dépasse, je n’arrive même pas à comprendre. Je suis resté jusqu’au bout du générique dans l’espoir d’entendre le main thème de la série. Perdu. Un dernier big up à la conversion 3D. Le film a été tourné en 2D et post bidouillé. A ce qu’on m’a confirmé, les plans sont mal détachés, les personnages détourés à la truelle et le film est tellement sombre qu’avec les lunettes qu’on ne pige plus rien.

Le pire dans tout ça, c’est que je le savais. La critique que je viens d’écrire n’est qu’une variation de toutes celles que j’ai pu lire dans la presse US. A l’époque je ne connaissais pas la série. Enfin, de loin. Et ce déferlement de colère, je me suis dit, putain le truc de départ doit être bon si les critiques sont si virulentes, si outrées. Alors que les créateurs du dessin animé refusent de parler du film en interview, j’ai franchi le pas, je voulais savoir ce que je ratais.

Je vous l’ai déjà dit au terme de la première saison, mais The Last Airbender est un bijou comme j’en ai rarement vu. J’ai eu le temps de finir les trois saisons, une sublime maitrise du scénario, ambitieux comme jamais auparavant dans l’animation américaine. J’ai ri, j’ai pleuré, je me suis ému et quand j’ai fini, je n’ai eu qu’une envie : tout recommencer avec quelqu’un d’autre, pour le faire partager.

Le film n’aura peut-être pas de suite, le succès n’est pas au rendez-vous et les critiques sont unanimement négatives. S’il y aura un deux, ce sera je l’espère sans Shyamalan, qui vient de prouver une fois de plus son incompétence totale à tous les niveaux. Incapable de comprendre ce qui fait le cœur et les qualités du matériau d’origine, écrire un script illisible et bancal et réaliser tout ça comme le premier des tâcherons.

Je suis dégoûté.

WORST STAGE !!!

Le meilleur pire moment du script, c’est lorsque les héros quittent le pôle nord au début et que Katara commente en voix Off : “Nous avons accompagné Aang dans son périple”. La scène d’après commence par Katara qui demande à Aang : “Au fait, tu t’appelles comment ?”, “Je m’appelle Aang !”. WTF ?! Sérieux quelqu’un à regardé le film avant de l’envoyer dans les cinémas ?

TRAILER STAGE !!!

851 – Dark Banishing

Le Fuck. Je suis toujours à Paris. Alors que c’est les vacances. Alors que mon meilleur ami me manque et que ça me ferait pas de mal de manger des légumes, d’aller dans une piscine sympa où tu peux nager sans bonnet, me faire des barbecues dans les jardins des gens qui ont, bah un jardin, ouais ça serait cool. Sauf que je suis coincé à Paris. Principalement à cause de ma mère en fait. La haute autorité parentale a en effet décrété que je n’avais pas le droit de rentrer au bercail tant que mon mémoire n’est pas bouclé. Le tout pour éviter de subir la vision du fils indigne qui ne branle rien et est encore à la bourre. D’un côté je comprends, je suis une plaie et j’aimerais pas m’avoir comme fils. D’un autre côté, elle a qu’à faire abstraction du mémoire et, heu, pas m’en parler. En attendant, je suis toujours à Paris.

Tout ça me rappelle Avatar : Le Dernier Maître de L’air. Un des personnages du côté des méchants est Zuko, le prince déchu. En gros il a fait de la merde (no spoil) qui a beaucoup déçu son père. Au-delà de la fessée volcanique il s’est surtout retrouvé banni de la nation du feu. Le voilà en exil, sur frêle esquif, à la recherche de son honneur perdu. Dans son esprit rongé par l’Oedipe, il se dit qu’il faut qu’il capture l’Avatar, ennemi juré de son père. S’il arrive à mettre la main sur Aang et ses potes, il pourra rentrer victorieux dans la nation du feu, regagner son honneur ainsi que l’estime du paternel. Alors il parcourt le monde et ses océans à la poursuite de Aang. Du coup, vous voyez, je me sens super proche de Zuko. Genre je le comprends et je suis certain que lui me comprendrait. On irait manger des brochettes de gambas en putassant sur nos parents.

Le pire dans tout ça c’est que je survis pas si mal à mon séjour parisien. Okay devoir assumer bouffe, transports et sortie à moi tout seul, c’est un falcon punch dans mon budget. Mais l’effet Twitter/Blog combiné à mon temps libre de l’année aura résulté en un accroissement assez massif des gens que je cottoie. Du coup je ne peine pas trop à sortir tous les jours, voir des gens et vivre ma petite existence parisienne. J’ai l’impression de sonner comme un disque rayé mais ça me met toujours mal à l’aise de réaliser que j’ai plus à faire sur Paris que sur Lyon. Que ma ville de naissance et de cœur soit irrémédiablement condamnée à devenir secondaire. Je pourrais boucler mon mémoire, rentrer et aller m’attacher à un poteau en lui faisant des bisous pour compenser. Ou je pourrais me tirer à New-York pour pouvoir dire que Paris, c’est grave de la merde.

BWAH AH AH !!!
Pardon…
Enfin, tout ça pour dire que je suis encore sur Paris, qu’une fois de plus je passe un été complètement débile (et encore vous savez pas tout mais on en reparlera). Bon, je vais aller manger des gambas avec Zuko.
A demain.

836 – The First Airbender

Fun fact : j’adore avoir tort. Prenez Avatar, le dernier maître de l’air, dessin animé Nickelodeon de 2005 adapté en film cet été par Shyamalan. Quand je suis tombé dessus à la TV, quelques années plus tôt, j’ai rapidement zappé, jugeant le truc gamin et japanisé pour vendre des figurines aux pauvres gosses. Puis le film est sorti aux US la semaine dernière, récoltant les critiques les plus universellement négatives de l’année. Le fun de la série a disparu, les scènes sont collées sans réflexion, il manque un tas de trucs importants, les acteurs sont tous blancs et sont mal dirigés par un réal qui s’est définitivement perdu en route. La puissance de la haine des critiques n’avait comme seul égal leurs compliments vis-à-vis du matériau original, le dessin animé. Celui que j’avais hâtivement balayé d’un revers de mon égo. Intrigué, ne souhaitant pas crever idiot, j’ai mis à charger la première des trois saisons. Et putain, qu’est-ce que je m’étais planté.

Le monde avait toujours vécu en équilibre, les quatre nations du feu, de la terre, de l’eau et de l’air en paix. Jusqu’à ce que la nation du feu ne décide de déclencher une guerre pour assurer sa suprématie sur les autres clans. L’avatar, élu réincarné possédant la maîtrise de tous les éléments, est le seul capable de rétablir l’ordre du monde. Seulement il a disparu dès le début du conflit qui dure depuis maintenant un siècle. Aang est l’avatar, du haut de ses douze ans, et attendait d’être secouru, prisonnier dans les glaces du pôle sud. Il est réveillé par Katara, une jeune maître de l’eau et son frère Sokka. Le garçon est le dernier maître de l’air, sa nation ayant été exterminée durant la guerre. Mais pour que Aang puisse mettre fin à au conflit, il doit aussi apprendre à maîtriser l’eau, la terre et le feu. Le trio va donc se mettre en quête d’un professeur tandis que l’armée de la nation du feu les poursuit sans relâche à travers le globe.

Bon. J’ai honte. Avatar ça butte. Déjà graphiquement. Les cadrages sont osés, les designs plus subtils et moins japanisés que prévus et surtout, ça bouge tout le temps. La délocalisation de l’animation a du bon dans la mesure où l’anime est ultra dynamique et ne triche presque pas sur les plans fixes pour gagner du temps. Une qualité inhabituelle qui se retrouve dans le scénario. Avatar est ultra sérialisé avec au niveau des créatifs un showrunner responsable des scripts et de la bonne continuité de l’histoire. La plupart des épisodes se tiennent tout seuls mais des détails à priori anodins bondissent d’un épisode à l’autre (des méchants qui resservent, un épisode dans une tempête et le suivant sur les personnages tombés malades à cause du temps etc…). Puis l’histoire envoie du bois, avec un final de première saison complètement épique, qui m’aura fait verser une petite larme. Car Avatar c’est plein d’émotions dans mon cœur, des larmes au rire. Beaucoup, parce que c’est vraiment fun, je me suis surpris à sourire à chaque épisode devant les pitreries des persos.

Ce qui achève d’élever la série au dessus du lot, c’est tous les petits à côté. Les personnages sont tous issus d’ethnies différentes, l’univers mélange pas mal de religions et de concepts spirituels pour former un tout consistant, avec au milieu des thèmes matures qui sont discrets, mais présents en sous texte (sexisme, vie, mort, nostalgie etc…).
Je meurs de honte de ne retourner ma veste que maintenant, alors que j’ai bouffé la première saison en moins d’une semaine, à un rythme effréné et alors que je me prépare à attaquer la seconde. J’ai aussi conscience que si avant j’aurais trouvé le film tout naze, là je risque de le vivre comme un viol de mon enfance (oui, je suis un enfant de 24 ans). Peut-être que quand j’aurai bouclé le truc je vous en reparlerai, avec chiffres d’audience, awards et analyse de fond.

Ce que je voulais vous dire aujourd’hui, c’est de regarder Avatar, de le montrer à vos gosses, à vos copines, à tout le monde. C’est beau, c’est construit, c’est malin et surtout incroyablement fun. Je reste sidéré qu’un projet aussi malin, bien fichu et ambitieux ait pu être financé. Si j’avais eu 12 ans à l’époque, je crois que je serais devenu un meilleur homme. A ce point.

DEAL STAGE !!!

Pour info le coffret intégrale saison 1 en Zone 2 avec VF est dispo pour 17€ frais de port inclus chez Zavvi. Just sayin’.