L’autre soir j’étais au téléphone avec l’ex-femme de ma vie. On faisait l’inventaire des pitchs de romans que j’avais en tête sur les prochaines années. Les synopsis que j’irai tacler quand j’aurai du temps ou de la motivation, après Perfect Ten cette année. Un de ces projets touche un sujet qui l’irrite particulièrement, enfin sensible. Du coup elle m’a pressé pour en dire plus, pour essayer de développer ce qui pour l’instant n’existe qu’en résumé d’une page au fond de mon disque dur. Et plus ça allait plus le ton montait quand elle appréciait pas un point de détail que j’inventais au fur et à mesure pour tenter de préciser l’histoire. J’en arrivais à me faire attaquer pour quelque chose de pas figé, qui ne sera pas écrit avant deux à trois ans dans le meilleur des cas. Alors j’ai fini par crier de rage dans le téléphone, pour la couper : « Tais toi ! Tais toi ! Tais toi ! »

C’est allé un peu plus loin que la perte de sang froid puisque je me souviens lui avoir dit, textuellement, que je l’emmerdais. Forcément ça s’est un peu fini de travers. Mais quelque dizaines de minutes après avoir raccroché, je me souviens de m’être senti super con. Etre parti en live sur un point de détail hypothétique sur un projet hypothétique on ne peut plus lointain. Pourtant je le savais. Je veux dire, du départ j’ai dit « Ah nan mais ce roman je préfère qu’on en parle pas tous les deux. » C’est quelque chose que je fais pas mal depuis quelques temps, essayer d’éviter les sujets qui peuvent me sortir de mes gonds, en particulier avec certaines personnes qui ne lâchent jamais l’affaire. J’essaie de prévenir, non mais je préfère pas en parler okay ? Sauf que souvent, ça suffit pas. A noël, en plein repas de famille j’ai pété un plomb parce que ça s’est mis à parler d’Avatar n’importe comment, entre informations erronées et idées préconçues recrachées à l’aveugle.
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Si je me rappelle le moment précis de ma vie où j’ai décidé de baisser les bras, de ne plus jamais argumenter avec des gens qui ne peuvent pas être convaincus, je ne me souviens pas exactement quand j’ai commencé à devenir agressif et impatient comme ça. Ces derniers mois je ne supporte plus de m’engueuler par textos ou MSN (vitesse de frappe trop lente par rapport à la vitesse de ce que je veux dire) ni par téléphone (toujours le risque de raccrochage au nez, manque le langage corporel). Je ne sais pas si c’est la fatigue de mon rythme de vie décousu, l’angoisse scolairo/professionnel, le manque affectif plus ou moins chronique ou la frustration artistique. Mais je suis moins patient, plus colérique, moins enclin à la discussion qu’avant. Et ça m’inquiète de plus en plus sérieusement. Non parce qu’idéalement j’aimerais pas devenir un vieux con. Vous savez quand on dit un truc genre « Oh tu sais ton père, quand je l’ai rencontré il était pas comme ça. »

Je réalise que ça peut paraître un peu jeune pour se poser se genre de considérations. Mais j’ai connu des grands pères bougons et des tonnes de pères bien relous (cf mes voisins) dont la compagne jurait qu’avant ils étaient bien plus gentils. La vie en général, le vécu et le contexte peuvent vous bouffer petit à petit. Et j’ai bien peur d’être dans une période comme ça ou je peux m’énerver pour un rien (y compris en lisant d’innocentes notes de blog de gens que pourtant j’aime bien). Ca m’agace. Je m’agace. Etre au courant du problème c’est déjà le résoudre à moitié. Maintenant si je pouvais trouver le moyen de m’occuper du reste, ça serait pas mal.
Respiratiooon !






