650 – I Won’t Like Me When I’m Angry

L’autre soir j’étais au téléphone avec l’ex-femme de ma vie. On faisait l’inventaire des pitchs de romans que j’avais en tête sur les prochaines années. Les synopsis que j’irai tacler quand j’aurai du temps ou de la motivation, après Perfect Ten cette année. Un de ces projets touche un sujet qui l’irrite particulièrement, enfin sensible. Du coup elle m’a pressé pour en dire plus, pour essayer de développer ce qui pour l’instant n’existe qu’en résumé d’une page au fond de mon disque dur. Et plus ça allait plus le ton montait quand elle appréciait pas un point de détail que j’inventais au fur et à mesure pour tenter de préciser l’histoire. J’en arrivais à me faire attaquer pour quelque chose de pas figé, qui ne sera pas écrit avant deux à trois ans dans le meilleur des cas. Alors j’ai fini par crier de rage dans le téléphone, pour la couper : « Tais toi ! Tais toi ! Tais toi ! »

C’est allé un peu plus loin que la perte de sang froid puisque je me souviens lui avoir dit, textuellement, que je l’emmerdais. Forcément ça s’est un peu fini de travers. Mais quelque dizaines de minutes après avoir raccroché, je me souviens de m’être senti super con. Etre parti en live sur un point de détail hypothétique sur un projet hypothétique on ne peut plus lointain. Pourtant je le savais. Je veux dire, du départ j’ai dit « Ah nan mais ce roman je préfère qu’on en parle pas tous les deux. » C’est quelque chose que je fais pas mal depuis quelques temps, essayer d’éviter les sujets qui peuvent me sortir de mes gonds, en particulier avec certaines personnes qui ne lâchent jamais l’affaire. J’essaie de prévenir, non mais je préfère pas en parler okay ? Sauf que souvent, ça suffit pas. A noël, en plein repas de famille j’ai pété un plomb parce que ça s’est mis à parler d’Avatar n’importe comment, entre informations erronées et idées préconçues recrachées à l’aveugle.

Si je me rappelle le moment précis de ma vie où j’ai décidé de baisser les bras, de ne plus jamais argumenter avec des gens qui ne peuvent pas être convaincus, je ne me souviens pas exactement quand j’ai commencé à devenir agressif et impatient comme ça. Ces derniers mois je ne supporte plus de m’engueuler par textos ou MSN (vitesse de frappe trop lente par rapport à la vitesse de ce que je veux dire) ni par téléphone (toujours le risque de raccrochage au nez, manque le langage corporel). Je ne sais pas si c’est la fatigue de mon rythme de vie décousu, l’angoisse scolairo/professionnel, le manque affectif plus ou moins chronique ou la frustration artistique. Mais je suis moins patient, plus colérique, moins enclin à la discussion qu’avant. Et ça m’inquiète de plus en plus sérieusement. Non parce qu’idéalement j’aimerais pas devenir un vieux con. Vous savez quand on dit un truc genre « Oh tu sais ton père, quand je l’ai rencontré il était pas comme ça. »

Je réalise que ça peut paraître un peu jeune pour se poser se genre de considérations. Mais j’ai connu des grands pères bougons et des tonnes de pères bien relous (cf mes voisins) dont la compagne jurait qu’avant ils étaient bien plus gentils. La vie en général, le vécu et le contexte peuvent vous bouffer petit à petit. Et j’ai bien peur d’être dans une période comme ça ou je peux m’énerver pour un rien (y compris en lisant d’innocentes notes de blog de gens que pourtant j’aime bien). Ca m’agace. Je m’agace. Etre au courant du problème c’est déjà le résoudre à moitié. Maintenant si je pouvais trouver le moyen de m’occuper du reste, ça serait pas mal.

Respiratiooon !

638 – Epic Mickey Pt 2

[Suit de la note 637]

Après quelques minutes d’incompréhension et de grogne, un responsable prend le micro et nous annonce qu’ils ont un problème. La bande VO n’a été livrée que quelques dizaines de minutes avant la séance. Trop court pour la tester, la faute à pas de chance si c’est pas calé. Ils n’ont pas réussi à recadrer le problème à la volée. Pour ceux qui le souhaitent, Avatar sera diffusé en VF. Pour les autres, ils sont invités à quitter la salle et prendre contact pour un geste commercial (deux places offertes). S’ensuit un bon quart d’heure de battement, où un tiers de la salle se barre, y compris mes amis à usage unique m’ayant promis le partage d’un taxi. Fuck. Double fuck parce qu’après trois heures à sympathiser, je sentais que je pouvais briser un couple et repartir avec la fille. Au moins ceux qui n’avaient pas pu choper une bonne place ont pu se rattraper avec tous ces départs. En ce qui me concerne, l’image est plus importante que le son, et je vais voir un film en Image MAX, pas en VOMAX. Puis avatar, le jeu des acteurs ricains, s’pas le plus important. Alors je reste.

Puis bon, après un trajet épique, une attente épique, je ne partirai pas sans mon putain de film épique ! Les lumières s’éteignent à nouveau. Le film reprend. Reprend ? Des geeks se lèvent, hurlent au projectionniste de remettre le long métrage depuis le début. La voix répond que « ce n’est pas un DVD, on ne peut pas rembobiner ». Allez, pour dix minutes, au point où on en est. Jake découvre son Avatar, rentre dans la machine, se connecte. La VF est de très bonne qualité, que ce soit en trad ou au niveau des voix. « C’est le pied ! » Puis ayé, on est lancé, vingt minutes dans le film, Jake découvre les forêts de Pandora et se fait attaquer par le Thanator. Quand tout à motherfucking coup, les sous-titres réapparaissent sur l’écran ! Holy shit ! Mais what the ?! Mais ?! Des voix commencent à s’élever. Cette fois, c’est certain, le Gaumont Disney Village va être rasé par une horde de fanboys en colère. A ce moment précis, au bord du précipice, de la fin de la civilisation, du retour à la barbarie, les enceintes crépitent. La bande son saute, avant de switcher sur une piste VO. Parfaitement calée.

Tonnerre d’applaudissements.

J’ai vécu les deux heures suivantes comme un premier rendez-vous avec une fille que je convoite depuis longtemps. Je n’ai pas été surpris, mais en m’offrant exactement ce que j’espérais, elle n’aurait pas pu me combler d’avantage. On aura essayé de me dire qu’elle n’est pas jolie, qu’elle manque de conversation. Au point que j’aurais tort de l’aimer, que je n’aurais pour des raisons absurdes pas le droit d’être heureux avec. Bile déversés par les cœurs de pierre, les prétentieux de tout poil. Car parfois il suffit juste de se laisser porter, de profiter du moment. Et je sais que j’ai bien fait d’attendre, de ne pas lui sauter dessus à la première occasion. En patientant jusqu’au bon soir, en lui laissant le temps de se faire belle, j’en ai pris plein les yeux, qui sont restés écarquillés. Tout ça valait le coup, la difficulté du périple ayant sublimé la rencontre. J’en suis rentré des images plein la tête, avec une seule certitude, le besoin de la revoir.

Le public a applaudit une nouvelle fois à la fin du film, mais cette fois ce n’était pas pour le projectionniste. Quant au retour, il fut à la hauteur de l’aller. J’ai patienté après minuit pour prendre le bus de nuit, direction gare de Lyon en une heure trente de trajet. Coups de téléphone pour partager mon expérience, finissage du Paul Auster, tous les moyens étaient bons pour que je ne m’endorme pas. Le trajet à pied de Gare de Lyon jusqu’à Oberkampf aura terminé de m’achever. D’où un effondrement au fond du lit, pour une nuit plein de beaux rêves.

636 – Epic Mickey Pt 1

Ca devait être une journée parfaite, prévue de longue date. Aller voir Avatar à Marne La Vallée dans la seule salle IMAX de France, pour une image gigantesque, haute définition, son ultime et 3D sublimée. Avec moi mon bro, mon pimp, sa nana et l’ex-femme de ma vie. Puis mon bro l’a vu de son côté avant. Puis mon ex est rentrée pour les fêtes. Puis la grève du RER A, seul chemin direct pour Disneyland, aura découragé mon couple de potes. Restait moi. Attendre trois semaines pour le voir dans le format ultime, ou le compromis, la salle normale. Fuck this shit que j’ai gueulé ! Une aprem’ entière sur le net plus tard, je dénichais un itinéraire bis. Transilien à Gare de L’est jusqu’à Lagny-Thorcy puis bus de banlieue. Une heure de route, faisable. La veille de mon retour sur Lyon, j’ai donc bravé la grève, enfourché mon train, romans dans le sac pour le trajet. A moi Avatar IMAX putain ! Forcément j’ai dû laisser passer un bus de banlieue, déjà blindé, attendre le suivant vingt-cinq minutes dans le froid pour arriver un quart d’heure avant la séance, complète.

Nique la race de sa mère la putain ! Six cent places disponibles, une grève et plein quand même ? Mais allez tous vous faire foutre ! Surtout quand les bus s’arrêtent en début de soirée, interdisant d’attendre la séance suivante. A moins que… Holy shit ! Un Noctilien ! Qui part une fois par heure toute la nuit et rentre sur Gare de Lyon. Bon, quatre-vingt-dix minutes de trajet, plus rentrer à pied de la Gare jusqu’à Répu… Rentrer bredouille après avoir fait tout ça, après avoir été abandonné, après avoir lutté contre la grève. FUCK NO ! Je tire un ticket pour la séance de 20h30, part devant la salle. Seul, je m’assois sur les marches, sort mon Paul Auster et commence à bouquiner. Au fil des heures d’autres me rejoignent, on discute, c’est cool. Option partage de taxi retour à quatre. Je retrouve la pêche. Surtout quand je réalise que je me retrouve à la première séance ever en IMAX VO ST. Un café dans le hall à dix-neuf heures et je me dis que finalement, ça va le faire. Grave.

La salle est une fois de plus complète. Hallucinant. Tunnel de pub, bientôt vingt et une heure. La salle s’éteint, le public frémis. Le logo IMAX se lance, chaussage de lunettes et sensation désagréable. La musique d’ambiance ne s’est pas éteinte. Musique d’ascenseur sur le monologue de début du film. Huées du public, ça grogne, ça flippe. On vient tous de loin, on a tous payé le surplus IMAX 3D. C’est lorsque la musique s’arrête enfin qu’on réalise qu’on a un autre problème, beaucoup plus grave : le son est décalé de deux secondes. On a la bande sonore en avance sur les images, et les sous-titres en retard dans l’autre sens. C’est quoi ce bordel. La salle hurle au projectionniste de régler le problème, des gens se lèvent alors que mon entrainement aux Divx pourri et mon côté bilingue me permettent de suivre à peu près. Le son saute, le projectionniste tente de recadrer, mais les choses ne font qu’empirer. Les spectateurs sont presque tous debout, crient, au bord de la révolution, de l’incendie du cinéma. Le film s’arrête au bout de dix min (Jake découvre son avatar), la lumière se rallume. Je me pince entre les yeux. Bordayl.

Tandis que la foule se retient de mettre le Gaumont à sac, que chacun père avoir des nouvelles du projectionniste, je ne suis certain que d’une chose. Je ne partirai pas d’ici, je ne rentrerai pas sans avoir vu Avatar en IMAX. Et ce même si je dois vivre la journée la plus éprouvante de tous les temps (parti de chez moi à 15h, rappelons-le), même si je dois dormir sur place, même si je dois étaler mon compte rendu sur deux grosses notes.
To be à continued…

D’ici là, bon réveillons les gens. Profitez bien.