615 – Alive On Arrival

C’était censé être une blague. Je veux dire, quand Sharkboy a balancé sur Facebook « Bah alors tu viens me voir quand à New-York mec ? » et que moi j’ai répondu « Mais quand tu veux mec », c’était une super blague. A force de faire le malin, je me suis retrouvé avec un putain de billet entre les mains. Lorsque je suis monté à bord de l’avion pour ma correspondance de Bruxelles mardi un peu après six heures et demie, je n’étais pas encore persuadé que tout ceci n’était pas un vaste canular. Personne ne m’attendrait de l’autre côté, j’allais me retrouver paumé au bout du monde. Puis l’appareil a décollé, mon premier vol. Fucking ever. Ou comment se choper un torticoli à plaquer son visage contre le hublot, émerveillé par la textures des nuages sous le soleil levant. Peu importe le désastre vers lequel je volais, jamais je n’avais vu quelque chose d’aussi beau, époustouflant que les lumières de Lyon sous les nuages. La simple idée qu’on puisse s’habituer à ça, trouver ça banal, m’échappe complètement.

En réalité la traversée s’est faite sans tracas majeurs. Certes, la compagnie indienne, c’était chelou. Entre la sélection de films Bollywoodiens sur l’écran tactile, l’accent à couper au couteau des hôtesses (ce qui vaut le « On arrivera dans nonante minutes » du pilote Belge) et surtout le poulet tandori épicé de sa race. De quoi vous rendre malade en plein milieu du trajet (mauvais souvenirs de Y a-t-il un pilote dans l’avion). La douane ricaine est un peu schizo, avec d’un côté l’agente de contrôle qui vocifère et de l’autre les vidéos super kikoo lol avec des ralentis sur des bikers en train de faire un pouce face caméra sur fond de bienvenue aux US of A. Au moins ils ne m’auront pas pris la tête avec ma cargaison de papillotes Réveillon, signe de remerciement éternel pour Sharkboy. Si toutefois j’arrive à rallier Manhattan depuis JFK.

En bon paranoïaque j’avais tout prévu, plan du métro, achat de la carte illimitée deux semaines (51,50$ sa race !). Une bonne heure plus tard et j’y étais. Lors de la traversée du Queens j’étais presque déprimé, onze heures de voyage pour des taudis, un paysage aussi sinistre qu’une banlieue du New Jersey. Puis l’arrivée à Times Square, entre deux prédicateurs qui me vocifère de me repentir dans les couloirs du métro. Toutes ces lumières, les immeubles gigantesques, la brune aux yeux bleu géante de la pub Dior. Holy shit. Les Etats Unis. Ca y était. Mission dans un Starbucks (sa race seulement 5$ le venti ?!?), j’achète une carte membre sa mère pour avoir droit au Wifi (et oui, pas gratuit là-bas) et zou, checking de mails, retour à la civilisation. Dix-sept heure trente, sur les marches rouges de Times Square, j’attends Sharkboy. Une dernière fois, ma paranoïa aigüe me fait douter. Et s’il ne venait pas, la bague ultime, le plan le plus maléfique du monde.

Sauf que non, en fait, aucune blague, aucun piège, juste quelques heures à marcher et rattraper le temps perdu dans Chelsea à la recherche d’un bagel qu’on ne trouvera jamais. Léger wrap végétarien, courses pour petit dej’ avec la caissière renoi qui me souhaite « Good night baby ». Pour vous, à l’heure où j’écris ces lignes en équilibre sur un matelas gonflable, il est six heures du matin mercredi. Pour moi c’est encore mardi. Plus de vingt-quatre heures sans dormir. Samère. Bonne nuit.

Par contre je vais moins prédire les articles du lendemain, entre le décalage horaire et les idées qui viendront comme elles viendront.

611 – Cine Club 78

Par deux fois j’ai perdu une (petite) amie devant un film. Comme de par hasards, deux très bons films. On verra le premier à l’occasion, aujourd’hui on parle du second. Enfin, second, c’est le premier long-métrage de Rémi Bezançon, qui a ensuite réalisé l’extraordinaire Premier Jour Du Reste De Ta Vie, son second film. Ca va, vous suivez ? Ma vie en l’air donc, petite vanne pour un grand film de 2005. La comédie romantique semble faire parti de ces genres maudits en France, de ceux qu’on est pas capable de faire aussi bien que les ricains. Beaucoup s’y sont cassés les dents. Mais pas Bezançon, parce qu’il sait tenir une caméra, parce qu’il a un grand sens du script et peut compter sur des acteurs qui en se donnent plus que d’habitude. Avant « l’incident » j’avais vu et revu Ma vie en l’air, film parfait pour s’offrir la surprise d’un bon moment.

La mère de Yann est morte en le mettant au monde dans un avion. La compagnie aura offert à l’enfant un ticket gratuit, à vie. Mais Yann n’en aura jamais profité, traumatisé depuis la naissance et phobique de l’avion. Alors que la femme de sa vie doit partir plusieurs mois à l’étranger, le maintenant vingtenaire est incapable d’aller la rejoindre, mettant un terme à leur relation. Quelques années plus tard, Yann vit avec Ludo, son aussi pénible qu’attachant meilleur ami. Les deux hommes s’étaient juré de ne plus flirter avec les voisines. C’était avant l’emménagement d’Alice, qui ne semble pas non plus indifférente aux charmes de Yann. Le happy end serait trop simple, le passé ressurgit et Yann va devoir choisir et surtout se poser la question. Peut-il laisser sa phobie faire ses choix à sa place et le faire passer à côté de sa vie.

Bon, en fait, ce qui tue dans Ma vie en l’air, c’est la structure. L’histoire ne cesse de faire des bonds dans le temps, insère des flashbacks plus ou moins utiles et se permet quelques petits délires de réalisation. Le film devient ultra efficace et cloue au fauteuil tout en laissant l’ennui au loin. Dans un second temps les dialogues font leur petit effet. J’ose affirmer qu’on y trouve quelques pépites (l’économiseur de mots, les amis d’enfance) qui restent en tête. Niveau casting c’est une des rares fois où j’ai trouvé Marion Cotillard et Gilles Lelouche supportables, ce qui à mon niveau est un bel exploit. Elbaz trouve ici un de ses meilleurs rôles alors que tous les seconds couteaux ont l’opportunité de briller (rhaaa, les autres filles !). Reste à saluer la musique, composée par Sinclair comme sur le Premier jour du reste de ta vie. Super boulot, thèmes qui reviennent et score original. Tous les ingrédients pour un film qui vous reste en tête.

Ma vie est l’air est le Divx DVD que je ressortais à la moindre occasion, pour montrer aux potes comme pour passer une bonne soirée dans les bras d’une fille qui sent bon. Depuis « l’incident » j’ai regardé des bouts, mais jamais plus en entier. Ca reviendra. D’ici là, faites moi plaisir en vous faisant plaisir. C’est de la bombe et il fait froid dehors. Aucune excuse.
Oh. Et, heu… Si votre ex appelle pendant le film, décrochez pas. Okay ?

Demain, vous saurez ce qui m’a poussé à me relever à cinq heure du mat’.

TRAILER STAGE !!!

594 – Around The World

Y’a un tas de trucs bien pathétiques dans ma vie. Par exemple ma propension à acheter n’importe quoi sur internet. Ou bien l’historique de mes aventures à l’étranger. Ah, le grand frisson de faire du Zodiac sur le lac Léman, s’approcher à quelques mètres des côtes suisses. Ou ce fameux été, lorsque mon père à dit « Fuck it ! » à la frontière italienne et qu’on s’est retrouvée plusieurs dizaines de kilomètres en pays inconnu. C’était le bon vieux temps, le frisson de l’extrême, l’éxotisme. La putain de sa mère comment que je suis une baltringue des voyages. Tout ça c’est la faute de l’école, où j’étais jamais dans les bonnes classes pendant que mon mofo’ de frangin s’est déjà payé l’Irlande et la Russie. Perso j’ai fait deux fois la visite du pont du guard (classe de latin et classe de grec). Alors, forcément, quand la semaine dernière j’ai eu entre mes mains moites mon premier passeport, j’ai presque versé une larme.

594---Bourne-Passport-Lettré

Nan, je déconne, en vrai j’ai pensé au générique de MacGyver. Les vrais savent pourquoi. Les deux premières semaines de décembre j’irai squatter à New-York, comme la moitié de mes potes qui du coup me font me sentir d’une banalité affligeante. Sauf que non, parce que j’y vais pas en touriste, j’y vais pas en amoureux, j’y vais en bad motherfucker chez un pote ! Je tiens d’ailleurs à dédier ce voyage au Celsa. Merci de m’avoir permis trouver un stage puis de m’occasionner une semi dépression afin que je ne dépense pas mes sous. Merci pour le redoublement qui me permet d’aller squatter hors vacances à des tarifs abordables. Et enfin merci d’avoir envoyé le Requin Dandy à New-York pour son année de césure, puisque c’est sur son glorieux canapé que je vais pioncer. Au moins on ne pourra plus dire que je n’aime pas mon école ! N’empêche, j’ai l’air hyper content là mais en vrai je meurs de trouille.

594---Plane-Lettré

Fun fact, je n’ai jamais pris l’avion de ma vie (logique, confère premier paragraphe). Heureusement pour ma tranquillité d’esprit j’ai Pollux, spécialiste mondial en trucs qui s’envolent et qui aura été jusqu’à me conseiller sur quel modèle de Boeing choisir pour kiffer le plus mieux. En vrai la trouille vient du fait que tout dans cette entreprise va à l’encontre de mes principes. Je ne prends pas mes billets en avance, je ne voyage jamais seul, je ne vais pas dans des endroits d’où je ne peux pas repartir quand je veux, je ne pars pas quand j’ai un manuscrit à vendre ou que j’ai peur de passer à côté d’une opportunité ici même. Toutes ces névroses et bien d’autres sont ancrées dans mon ADN au point que certains de mes potes et exs étaient persuadés que je n’irai pas, que je craquerai avant le départ (note pour plus tard, parler de Ma vie en l’air).

594---Ma-vie-en-l'air-Lettré

J’ai fermé les yeux et serré les dents, refusé de me renseigner sur les ambassades, les restrictions, les taxes, tous ces trucs. Comme un putain de saut dans le vide j’ai réservé et payé mes billets mardi. Le compte est débité, impossible de faire marche arrière. Et le plus ridicule, c’est que j’en suis d’autant mort de trouille, avec tout de même cette petite voix, au fond, qui me souffle que je vais kiffer comme jamais.

Demain on parlera de l’incident du MacDo. Une fois de plus, les vrais savent (et les autres ne suivent pas mon Twitter/FB).