C’était censé être une blague. Je veux dire, quand Sharkboy a balancé sur Facebook « Bah alors tu viens me voir quand à New-York mec ? » et que moi j’ai répondu « Mais quand tu veux mec », c’était une super blague. A force de faire le malin, je me suis retrouvé avec un putain de billet entre les mains. Lorsque je suis monté à bord de l’avion pour ma correspondance de Bruxelles mardi un peu après six heures et demie, je n’étais pas encore persuadé que tout ceci n’était pas un vaste canular. Personne ne m’attendrait de l’autre côté, j’allais me retrouver paumé au bout du monde. Puis l’appareil a décollé, mon premier vol. Fucking ever. Ou comment se choper un torticoli à plaquer son visage contre le hublot, émerveillé par la textures des nuages sous le soleil levant. Peu importe le désastre vers lequel je volais, jamais je n’avais vu quelque chose d’aussi beau, époustouflant que les lumières de Lyon sous les nuages. La simple idée qu’on puisse s’habituer à ça, trouver ça banal, m’échappe complètement.

En réalité la traversée s’est faite sans tracas majeurs. Certes, la compagnie indienne, c’était chelou. Entre la sélection de films Bollywoodiens sur l’écran tactile, l’accent à couper au couteau des hôtesses (ce qui vaut le « On arrivera dans nonante minutes » du pilote Belge) et surtout le poulet tandori épicé de sa race. De quoi vous rendre malade en plein milieu du trajet (mauvais souvenirs de Y a-t-il un pilote dans l’avion). La douane ricaine est un peu schizo, avec d’un côté l’agente de contrôle qui vocifère et de l’autre les vidéos super kikoo lol avec des ralentis sur des bikers en train de faire un pouce face caméra sur fond de bienvenue aux US of A. Au moins ils ne m’auront pas pris la tête avec ma cargaison de papillotes Réveillon, signe de remerciement éternel pour Sharkboy. Si toutefois j’arrive à rallier Manhattan depuis JFK.

En bon paranoïaque j’avais tout prévu, plan du métro, achat de la carte illimitée deux semaines (51,50$ sa race !). Une bonne heure plus tard et j’y étais. Lors de la traversée du Queens j’étais presque déprimé, onze heures de voyage pour des taudis, un paysage aussi sinistre qu’une banlieue du New Jersey. Puis l’arrivée à Times Square, entre deux prédicateurs qui me vocifère de me repentir dans les couloirs du métro. Toutes ces lumières, les immeubles gigantesques, la brune aux yeux bleu géante de la pub Dior. Holy shit. Les Etats Unis. Ca y était. Mission dans un Starbucks (sa race seulement 5$ le venti ?!?), j’achète une carte membre sa mère pour avoir droit au Wifi (et oui, pas gratuit là-bas) et zou, checking de mails, retour à la civilisation. Dix-sept heure trente, sur les marches rouges de Times Square, j’attends Sharkboy. Une dernière fois, ma paranoïa aigüe me fait douter. Et s’il ne venait pas, la bague ultime, le plan le plus maléfique du monde.

Sauf que non, en fait, aucune blague, aucun piège, juste quelques heures à marcher et rattraper le temps perdu dans Chelsea à la recherche d’un bagel qu’on ne trouvera jamais. Léger wrap végétarien, courses pour petit dej’ avec la caissière renoi qui me souhaite « Good night baby ». Pour vous, à l’heure où j’écris ces lignes en équilibre sur un matelas gonflable, il est six heures du matin mercredi. Pour moi c’est encore mardi. Plus de vingt-quatre heures sans dormir. Samère. Bonne nuit.
Par contre je vais moins prédire les articles du lendemain, entre le décalage horaire et les idées qui viendront comme elles viendront.





