544 – Twit Your Respects

Ce mois-ci y’a plein de gens qui sont morts. Enfin, des gens qu’on connait, genre Sim, Swayze ou Philip des 2Be3. Comme on dit dans le Roi Lyon, c’est le cycle de la vie. Au fur et à mesure qu’on continue à errer, pauvres organismes carbonés que nous sommes, les chances que des célébrités de notre époque passent l’arme à gauche augmente. C’est juste mathématique. Alors on en parle entre potes, en soirées. A tiens truc est mouru. Pas cool, cancer du colon de la prostate. Peut-être même qu’on osera une petite blague de mauvais goût post-mortem, pour oublier que crever, fondamentalement, c’est bien de la merde comme concept. Le problème, c’est que depuis quelques mois, tout le monde a un Facebook ou un Twitter. Et à chaque personnalité qui casse sa pipe, tout le monde se sent obligé de donner son avis sur la question, ou de faire la meilleure blague possible.

Pire qu’un virus Zombie cette névrose collective. Qu’on s’exprime face à la mort de Michael Jackson, individu au panthéon de la musique du siècle dernier, okay. Que chacun y aille de sa blague minable genre “condoléances aux 2be2″, “Partir un jour” je trouve ça méga glauque. La philo et les blagues de comptoir devraient rester au fond des pubs, pas vous sauter à la gueule sur l’Internet. J’ose même pas imaginer l’entourage des personnes concernées si elles jetaient un œil sur le débit de conneries débitées sur le fameux web social ces derniers temps. Comme s’il s’agissait d’une expérience mystique, la quasi-totalité de ma friend list sur Facebook et Twitter y va de son petit commentaire. Même ceux pour qui la mort d’untel ne procure aucune émotion tiennent à exprimer le fait qu’ils s’en foutent. On touche ici à un des maux qui me prend le plus la tronche au monde. Le fait que les gens, la masse, le troupeau, a besoin d’avoir un avis, peu importe lequel, sur la question. Et surtout, de le faire savoir.

Quand Maïa a balancé le premier extrait de son dernier roman sur le net, on a vu fleurir des pauvres types bien décidés à faire un commentaire composé en trois parties, une analyse de texte de trente lignes sur un simple bout de livre, mis là pour divertir. Je peux aussi repenser aux clients des agences de pub, terrifiés à l’idée d’admettre qu’ils ont besoin de quelqu’un pour penser leurs campagnes de communication qu’ils exigent des modifs absurdes, histoire de se prouver qu’ils ne sont pas inutiles, qu’ils existent et comptent. Tout ceci m’inspire un mépris accompagné d’une pointe dé dégoût au cas par cas. L’humilité passe peut être aussi par ça, admettre que parfois, on n’est pas en mesure de produire un avis suffisamment intelligent/original/pertinent et se la fermer. Bourdieu a dit pas mal de conneries, mais pas lorsqu’il a démontré que tous les avis ne se valent pas. C’est peut-être vieux jeu, à l’heure de Facebook et de Twitter, d’espérer des gens un peu de dignité, de se contenter de raconter leur vie au lieu de commenter la mort des autres.

Après je n’en veux pas aux fans ou aux personnes réellement touchées (s’il y’en a), de manifester une émotion. Parce qu’une émotion, c’est l’exact inverse d’un commentaire creux, c’est du sens. Ce qui me fait penser qu’il faudra que je développe dans une vraie note le sens que je donne à mon Twitter, qui serait peut-être un peu plus réfléchi que ce qu’on pourrait croire.

Une histoire pour un autre jour.

Demain, lingerie !

485 – Writer Whisperers

Fuck, je ne me souviens même plus depuis combien de temps j’ai foutu un bout de roman à télécharger sur ce blog. Faut dire que l’envie de faire tourner le fruit de mes nuits blanches face à Word a toujours été là. Avoir un blog, pouvoir y foutre des textes, à disposition de qui n’en veut, ça reste un petit miracle 2.0. Je sais que je l’ai remplacé une fois par une version avec un peu moins (laule) de fautes d’orthographe, puis une seconde fois par une version allongée. Tout ça doit bien remonter à l’été dernier, ou un truc avoisinant. Entre temps, les deux fichiers cumulés, on arrive pépère à 450 téléchargements, sûrement un peu moins de lectures si l’on compte les exemplaires du PDF perdus à jamais sur un bureau en bordel. J’aurais de quoi être fier, si je ne recevais pas régulièrement des mails qui tentent de m’expliquer à quel point ce bout de texte est “naze”, “une vraie daube”.

Je suis sûr que, quelque part, c’est le genre de trucs qui vient d’un bon sentiment. Oh my gawd ! Il faut absolument que je sauve Le Reilly de sa propre médiocrité, que je vienne lui dire à quel point il est vital pour sa crédibilité qu’il fasse sauter au C4 le lien qui mène à un tel relent putride de Word. Dommage que la plupart du temps, ces sinistres individus oublient qu’ils sont pas mes grands potes de la vie, et que par extension le minimum de correction, de respect et de tact passe généralement à la poubelle. Se présenter et donner son background socioculturel, c’est bien aussi, histoire d’avoir un point de référence. Ou comment dynamiter leur propre argumentaire. Si j’avais un brin de mauvaise fois supplémentaire, je pourrais avancer que considérer que ce texte est de la merde c’est insulter les dizaines de copains et/ou inconnus qui l’ont lu et apprécié. Mais ce serait un peu démago, juste un peu. Parce qu’en vrai, ce truc, il est effectivement pas ultime.

Let’s recap. Depuis l’écriture de cette version, il s’est passé un an, ce qui à l’échelle de mon insignifiante existence représente 75 romans lus et 365 fois 550 mots posés sur mon blog, sans parler de ce que j’ai pu grandir dans ma tronche. Bien sûr qu’il n’est pas représentatif de ce que je peux faire à présent, bien sûr que le flow de mon blog est meilleur, bien sûr que si un éditeur passe dans le coin, kiffe les articles et boulotte le PDF, il risque d’être un peu déçu. J’ai déjà longuement débattu des mérites et faiblesses du texte, avant d’entamer une réécriture. Que suis-je censé faire en attendant d’avoir fini ? Serais-ce possible que j’aie déjà traumatisé un éditeur trop curieux ? Dois-je virer mon fichier pour m’épargner la parfois irritante bonne volonté des inconnus de l’interweb ? Une question que je me pose à chaque fois que quelqu’un débarque de nulle part pour me vriller l’égo de bon matin sans avoir pris de recul.

Je pourrais le remplacer par un extrait de la nouvelle version, celle qui me convient d’avantage. Mais ce ne sera que le produit d’un seul homme, sans le polish d’un relecteur pro, d’un correcteur pro. Ce ne sera qu’un fichier de plus qui subira les ravages du temps, le contrecoup de mon éventuelle progression. Quand bien même je pondrais un texte perfect, ça ne me préviendrait pas contre ceux qui n’ont de toute façon pas la même sensibilité que moi, qui confondraient leur goût personnel pour de la critique objective.
Clairement, le problème n’est pas aussi soluble qu’un Toon dans de la Trempette, et quelque part, c’est dommage. Je vais encore cogiter comme un connard, jusqu’au prochain mail qui m’expliquera la vie.

Demain, on causera moutons et TGV.

286 – Picking Locks

J’aime bien avoir du feedback sur mon roman. Oui, je parle bien de celui que personne ne veut éditer. A vue de nez, je dois bien l’avoir fait lire sous une forme ou une autre à une bonne centaine de personnes (on m’a soufflé que j’aurais dû les faire payer). Mon bonheur suprême c’est d’avoir des avis conflictuels sur l’histoire, des visions différentes de certain personnages, des enjeux de l’intrigue. Je prends mon pied à faire des micro débats, donner mon point de vue et le confronter. Ce qui est toujours drôle parce que je suis sensé savoir et avoir raison sur l’interprétation, vu que c’est moi qui l’ai écrit. Sauf que pas toujours en fait. Par contre, il y a un truc qui revient souvent de la part de mes potes.

- Ouais, c’est cool ton truc. Mais par contre, je me demande si ça peut plaire à quelqu’un qui ne te connaît absolument pas.

Tout ce que cette déclaration, revenue une bonne douzaine de fois arrive à démontrer, c’est que c’est un livre (lolz) qui me ressemble. Traumatisé à l’époque, j’ai soumis le texte à l’épreuve de l’inconnu (si possible vieux), que ce soit par la mère d’un pote, un beau-père ou l’amie d’une amie. Et non, ça n’aura pas empêché la lecture jusqu’au bout et un retour généralement positif. Tiens, puisqu’on en parle. Le plus mauvais feedback que j’aurais eu fut cette collègue de chez Ubi : « Bon c’est sympa mais ça casse pas trois pattes à un canard quoi. » et ma mère : « Heu… Je crois pas que ce soit pour moi ce genre de littérature. » C’est alors que surgit brusquement des buissons une nouvelle réflexion de fou de la part d’une copine de la vraie vie.

- Ouais, c’est cool ton truc. Mais par contre, je me demande si ça peut plaire à quelqu’un qui ne lit absolument pas ton blog.

Comme j’ai prouvé par A+B au dessus que l’enjoyment de mon texte n’est pas limité par l’existence de mon blog ou de moi-même dans la vie du lecteur, j’ai envie de me pencher sur ce qui est réellement intéressant dans cette remarque. Il se trouve que depuis que j’ai commencé ce blog, j’ai tout fait pour éviter au max de partir dans de grandes considérations métaphysiques sur le sens que je donne à la vie, à l’amour, à la thune et au cul. Enfin, toutes ces choses là. J’aurais l’impression de spoiler ce que j’ai à dire à travers mes histoires (pi ce serait sûrement chiant, comme ça de but en blanc). Cependant je dois reconnaître que les thèmes qui me sont chers s’échappent par endroits. Mine de rien pondre mes 550 mots par jour m’aura fait beaucoup plus bosser sur mes obsessions que je ne le pensais. J’ai l’impression de me mieux me cerner, de prendre conscience de ce qui m’anime réellement.

Il est donc logique qu’un lecteur assidu du blog retrouve des choses dans le bouquin, je ne suis pas quelqu’un de si complexe que ça. Je me dis que peut être que l’un se nourrit de l’autre et inversement. Ce qui est certain, c’est que lorsque je reprendrais ce roman pour un nouveau coup de peinture, pour y injecter plus de sens, j’aurais déjà une bonne idée de ce sur quoi m’attarder.

Demain, rien à voir on parlera marketing du burger.

COROLLAIRE STAGE !!!

Toute cette argumentation vise aussi à répondre aux quelques personnes qui me disent que y’a justement trop de moi dans le bouquin, et que je devrais passer à la troisième personne, ou distancier plus le personnage, le construire comme personne plus indépendante. A partir du moment où la mère d’une pote a un pote est allé au bout et à aimé… C’est aussi ça le risque à demander des avis trop proches de soi. Ils risquent d’être géné par des choses qui ne poseront aucun problème au autres 99% du lectorat potentiel final.