670 – Pinball Wizard

Samedi soir je regardais Before Sunrise, qui est un très bon film. Ceci dit comme ça reste un long dialogue filmé sur deux heures, le réal essaie tout et n’importe quoi pour occuper les acteurs histoire de rendre ça un peu moins statique. A un moment, les deux personnages principaux jouent au flipper dans un bar Viennois. A chaque partie perdue, ils échangent leurs places. Au fond du canapé, j’ai pas pu m’empêcher de me souvenir à quel point les flippers, ou les « babasses » comme on disait à l’époque, ont pu animer ma vie de sale gosse Lyonnais. Un bref regard autour de moi et je constate que dans mon premier studio, j’ai toujours pas de flipper, décevant Le Reilly du passé. Etrangement ce vide a ravivé pas mal de souvenirs, d’une époque plus simple et de plaisirs au bout des doigts.

J’étais en primaire quand mon père avait chopé l’habitude de m’embarquer pour aller s’offrir quelques grilles de tiercé chaque dimanche matin. Il achetait le quotidien du jour, lisait les pronostics, cerclait au bic les chevaux qui lui semblaient pas si dégueulasses, le tout en sirotant quelque chose au bar. Puis enfin, il m’expliquait le pourquoi du comment du choix. Un peu comme si sa science pouvait le sauver des lois du hasard. J’ai retenu quelques règles de base pour bien parier. Ca ne m’a jamais servi. En fait les chevaux, perso, je m’en foutais un peu. Ce que je kiffais c’était mettre la pièce de cinq francs dans le flipper du bar. Et m’arranger pour que cette semaine, ma piécette, elle me dure un peu plus longtemps. Histoire de m’éviter d’aller quémander une pièce de plus que j’étais pas certain d’avoir. Parce que mine de rien, le flipper c’est un des trucs les plus cool jamais inventé.

Nintendo et sa wii peuvent aller se faire foutre. La dualshock aussi tant qu’à faire. Rien ne vaut le contact des boutons au bout des majeurs. S’ils sont en métal, c’est encore mieux. Quand tu files des kicks dans la machine, que tu frôles le tilt, tu kiffes pour bien plus que cinq francs. Mon kif perso, c’est les rampes, de voir la bille faire un tour de plateau vers on ne sait où, c’est con mais ça me fait penser à l’aventure. Encore c’est rien comparé au multi-bille de sa race. Des semaines d’entraînement pour gérer deux billes à la fois, puis trois, puis quatre, commencer à péter le high-score et laisser sa marque. Puis mon père à lâché le tiercé, à force de se faire engueuler par ma mère pour l’argent jeté par les fenêtres. Alors les babasses, bah c’était moins souvent, au hasard des sorties, des bars. Ca doit être là que j’ai juré de m’en offrir une.

Je m’étais renseigné. Ces saloperies ça coûte une blinde et ça tombe tout le temps en panne. D’ailleurs on n’en fabrique plus. Tous les stocks sont vintage, de collection. J’ai bien squatté des flippers en jeux-vidéos, mais c’est pas vraiment pareil. Quand la bille se faufile dans une rampe, mon cœur ne s’emballe pas. Même les versions Xbox 360 sa race HD ne valent rien contre mon modèle miniature en plastique de quand j’étais môme. Y’en a qui veulent des yachts, des porsches ou des chalets pour mettre des putes dedans. Tout ce que je veux c’est un bon vieux flipper, et un jour mettre mon fiston aux commandes. Parce que tuer le père, ça passe aussi par le high-score baby !

Demain, bouquin français !

631 – Top Six Saturdays

Allez, un dernier round de souvenirs pour la route. Après tout, il m’est arrivé pas mal de trucs à la cool qui méritent une sorte de top, sans ordre particulier.

- Il y a eu la fois où je rentrais seul à l’appart quand un gros gars, genre le mec de The Shield me tombe dessus, ouvre sa veste et sort un badge tout en gueulant qu’il est du NYPD. En planque dans le coin, il voulait savoir ce qui se tramait dans le bâtiment, si c’était un squat ou un truc glauque. Bah non monsieur l’agent.
- Il y a eu la fois où avec Sharkboy nous sommes arrivés en avance à une soirée à Brooklyn. On s’est retrouvé à errer jusqu’à un café tendance néo-hippy. Une serveuse roots nous a servi des maouss cafés qui font du bien dans le corps en combo avec un cheesecake à la myrtille. Tellement bon à vingt-trois heures qu’on a failli pas repartir.

- Il y a eu la fois où j’ai découvert l’existence d’un bar secret juste à côté de la librairie de St Marks. Depuis la rue on monte dans un resto asiat un peu glauque. Au fond, une porte non marquée, semblable à toutes les autres. Mais de l’autre côté se trouve un bar ultra classe, banquettes cuir, serveurs en costard et déco à l’ancienne. J’y ai bien kiffé mon cocktail sans alcool citron/pomme/perrier.
- Il y a eu la fois où on a squatté la Santa-Con, sorte de réunion annuelle des gens fétichistes qui aiment se déguiser en père Noël et parader dans les rues. Bon côté de la manifestation, toutes les nanas déguisées en maman nowel. Minijupe en plein hiver, ça se respecte. Tout comme Nuara, nana bourrée que j’ai trainée en laisse en l’appelant « My bitch » pendant une partie de l’aprem’.

- Il y a eu la fois où je me suis retrouvé quasiment seul au Musée d’art moderne grâce à un plan VIP de Sharkboy. Etrangement ce que j’ai eu envie de prendre en photo à ce moment c’était moins les toiles de maître que l’étrangeté du lieu complètement vidé de ses visiteurs. Une expérience vraiment unique qui m’a permis de faire le tour du propriétaire à mon rythme.
- Il y a eu la fois avec la pole danseuse, forcément un peu. Soirée de fou furieux, entre les quadras paumés qui sont là on ne sait pas trop pourquoi, les gens costumés, les filles seulement à moitié habillées et la belle Lianna. Pour un plan qui avait mal commencé (paumé dans Brooklyn, débuts tièdes avec les gens), ça reste un putain de miracle et mon meilleur souvenir New Yorkais.

Tain, des moments à la cool, y’en a eu plein. Surtout que là je suis en plein spleen français. Je me suis douché hier matin en écoutant les politicards se foutre sur la gueule sur France inter. J’ai lu le dernier télérama. J’ai fait un effort pour jeter un œil à la blogo. Tout me donne envie de me recasser le plus vite possible. En espérant que ça passe.

513 – Drunken Master

Flashback, à l’époque où j’avais quinze ans et où mon pseudo web était Raynor. Soirée dans le quartier bourge de Lyon. La fille du bouquin était là, et sa copine, hôte de la soirée, avait bien senti que mon petit cœur battait un peu plus vite. C’était le temps où une meilleure amie jaugeait elle-même des prétendants, avant de décider si elle allait leur filer un coup de main ou pas. Tu crois que tu pourrais l’aimer ? Le jeune Raynor pris le temps de mesurer sa réponse. Ouais, je crois que ouais, sincèrement. On est sérieux quand on a quinze ans. C’est alors que Martin a débarqué, complètement bourré, et s’est mis à gueuler.

- Attention Matthias c’est le mec le plus passionné que je connaisse ! Quand il se lance dans un projet, il se donne à fond et lâche jamais ! Un putain de héros !

Ce qui est drôle c’est que j’appréciais pas particulièrement ce type. Plutôt à la ramasse intellectuellement, avec des choix de vie plus que douteux. Sur le moment, je m’en suis presque voulu de le mépriser. Un homme prêt à aider un autre homme à pécho mérite le respect. Au-delà de ça, j’ai surtout été touché par la sincérité du compliment alcoolisé. Si je vous raconte ça, c’est à cause de mon pote Jean-Luc, scénariste et réalisateur pro de son état. Un type pour lequel j’ai un véritable amour de bro et à qui je ne peux jamais refuser une invite au bar à côté de chez moi. Le mieux, c’est quand j’arrive en milieu de soirée, qu’il s’est déjà bien fait plaisir. Si par chance il est venu avec des buddies que je connais pas, il me fait l’honneur des présentations. Immanquablement, il me présente comme un pur écrivain en devenir, un mec qu’il te jure qu’il est bourré de talent et qu’il ira loin !

Obviously, en bonne saleté de jeune, j’apprécie toujours une petite gratouille derrière la nuque. Mais rien ne vaut un massage d’égo au bon goût de mojito, celui qui est aussi sincère que grandiloquent. Dans ces moments j’ai absolument aucune idée d’où me foutre, le visage aussi rouge qu’une tomate trop mûre. Je prends quand même le temps de le ranger dans ma petite boîte à remontage de moral, celle pour les jours sombres où je manque de motivation, ou même ma grand-mère me demande quand est-ce que j’aurais fini mes études et que j’aurais un vrai travail de marketing qui rapporte moult pognon. Si des gens sont capables de me dire en face qu’ils croient en moins même avec trente euros d’alcool dans le sang, alors je devrais bien être capable d’en faire autant, de croire en moi, pas de m’enfiler trois billets de bière je veux dire.

Après je prends aussi les gratouilles derrière la nuque sobres. En plus je peux imaginer que les gens sont hypocrites et m’en servir pour me plaindre encore et encore. Caliméro, I’m lovin’ it !

Demain, on parlera appartements.