Samedi soir je regardais Before Sunrise, qui est un très bon film. Ceci dit comme ça reste un long dialogue filmé sur deux heures, le réal essaie tout et n’importe quoi pour occuper les acteurs histoire de rendre ça un peu moins statique. A un moment, les deux personnages principaux jouent au flipper dans un bar Viennois. A chaque partie perdue, ils échangent leurs places. Au fond du canapé, j’ai pas pu m’empêcher de me souvenir à quel point les flippers, ou les « babasses » comme on disait à l’époque, ont pu animer ma vie de sale gosse Lyonnais. Un bref regard autour de moi et je constate que dans mon premier studio, j’ai toujours pas de flipper, décevant Le Reilly du passé. Etrangement ce vide a ravivé pas mal de souvenirs, d’une époque plus simple et de plaisirs au bout des doigts.

J’étais en primaire quand mon père avait chopé l’habitude de m’embarquer pour aller s’offrir quelques grilles de tiercé chaque dimanche matin. Il achetait le quotidien du jour, lisait les pronostics, cerclait au bic les chevaux qui lui semblaient pas si dégueulasses, le tout en sirotant quelque chose au bar. Puis enfin, il m’expliquait le pourquoi du comment du choix. Un peu comme si sa science pouvait le sauver des lois du hasard. J’ai retenu quelques règles de base pour bien parier. Ca ne m’a jamais servi. En fait les chevaux, perso, je m’en foutais un peu. Ce que je kiffais c’était mettre la pièce de cinq francs dans le flipper du bar. Et m’arranger pour que cette semaine, ma piécette, elle me dure un peu plus longtemps. Histoire de m’éviter d’aller quémander une pièce de plus que j’étais pas certain d’avoir. Parce que mine de rien, le flipper c’est un des trucs les plus cool jamais inventé.

Nintendo et sa wii peuvent aller se faire foutre. La dualshock aussi tant qu’à faire. Rien ne vaut le contact des boutons au bout des majeurs. S’ils sont en métal, c’est encore mieux. Quand tu files des kicks dans la machine, que tu frôles le tilt, tu kiffes pour bien plus que cinq francs. Mon kif perso, c’est les rampes, de voir la bille faire un tour de plateau vers on ne sait où, c’est con mais ça me fait penser à l’aventure. Encore c’est rien comparé au multi-bille de sa race. Des semaines d’entraînement pour gérer deux billes à la fois, puis trois, puis quatre, commencer à péter le high-score et laisser sa marque. Puis mon père à lâché le tiercé, à force de se faire engueuler par ma mère pour l’argent jeté par les fenêtres. Alors les babasses, bah c’était moins souvent, au hasard des sorties, des bars. Ca doit être là que j’ai juré de m’en offrir une.

Je m’étais renseigné. Ces saloperies ça coûte une blinde et ça tombe tout le temps en panne. D’ailleurs on n’en fabrique plus. Tous les stocks sont vintage, de collection. J’ai bien squatté des flippers en jeux-vidéos, mais c’est pas vraiment pareil. Quand la bille se faufile dans une rampe, mon cœur ne s’emballe pas. Même les versions Xbox 360 sa race HD ne valent rien contre mon modèle miniature en plastique de quand j’étais môme. Y’en a qui veulent des yachts, des porsches ou des chalets pour mettre des putes dedans. Tout ce que je veux c’est un bon vieux flipper, et un jour mettre mon fiston aux commandes. Parce que tuer le père, ça passe aussi par le high-score baby !
Demain, bouquin français !





