513 – Drunken Master

Flashback, à l’époque où j’avais quinze ans et où mon pseudo web était Raynor. Soirée dans le quartier bourge de Lyon. La fille du bouquin était là, et sa copine, hôte de la soirée, avait bien senti que mon petit cœur battait un peu plus vite. C’était le temps où une meilleure amie jaugeait elle-même des prétendants, avant de décider si elle allait leur filer un coup de main ou pas. Tu crois que tu pourrais l’aimer ? Le jeune Raynor pris le temps de mesurer sa réponse. Ouais, je crois que ouais, sincèrement. On est sérieux quand on a quinze ans. C’est alors que Martin a débarqué, complètement bourré, et s’est mis à gueuler.

- Attention Matthias c’est le mec le plus passionné que je connaisse ! Quand il se lance dans un projet, il se donne à fond et lâche jamais ! Un putain de héros !

Ce qui est drôle c’est que j’appréciais pas particulièrement ce type. Plutôt à la ramasse intellectuellement, avec des choix de vie plus que douteux. Sur le moment, je m’en suis presque voulu de le mépriser. Un homme prêt à aider un autre homme à pécho mérite le respect. Au-delà de ça, j’ai surtout été touché par la sincérité du compliment alcoolisé. Si je vous raconte ça, c’est à cause de mon pote Jean-Luc, scénariste et réalisateur pro de son état. Un type pour lequel j’ai un véritable amour de bro et à qui je ne peux jamais refuser une invite au bar à côté de chez moi. Le mieux, c’est quand j’arrive en milieu de soirée, qu’il s’est déjà bien fait plaisir. Si par chance il est venu avec des buddies que je connais pas, il me fait l’honneur des présentations. Immanquablement, il me présente comme un pur écrivain en devenir, un mec qu’il te jure qu’il est bourré de talent et qu’il ira loin !

Obviously, en bonne saleté de jeune, j’apprécie toujours une petite gratouille derrière la nuque. Mais rien ne vaut un massage d’égo au bon goût de mojito, celui qui est aussi sincère que grandiloquent. Dans ces moments j’ai absolument aucune idée d’où me foutre, le visage aussi rouge qu’une tomate trop mûre. Je prends quand même le temps de le ranger dans ma petite boîte à remontage de moral, celle pour les jours sombres où je manque de motivation, ou même ma grand-mère me demande quand est-ce que j’aurais fini mes études et que j’aurais un vrai travail de marketing qui rapporte moult pognon. Si des gens sont capables de me dire en face qu’ils croient en moins même avec trente euros d’alcool dans le sang, alors je devrais bien être capable d’en faire autant, de croire en moi, pas de m’enfiler trois billets de bière je veux dire.

Après je prends aussi les gratouilles derrière la nuque sobres. En plus je peux imaginer que les gens sont hypocrites et m’en servir pour me plaindre encore et encore. Caliméro, I’m lovin’ it !

Demain, on parlera appartements.

472 – Rock And Roll All Night

- Putain mais nan Matthias, les hobbits ils sont pas gays ! Bordel regardez comme il est trop beau Elijah Wood, il est trop beau !
Jean-Luc C., 12/07/09, 3h du matin, pas sobre.

Y’a pas si longtemps, j’ai pris la résolution de ne plus refuser les plans bizarres, de faire mon jeune et d’accepter tout et n’importe quoi. Voilà comment la dernière fois que j’ai accepté de passer en fin de soirée chez une copine, c’était pour l’entendre se lamenter que son ex l’avait prise par derrière juste avant de la larguer. Jeunesse, vous voilà ! Me voici donc samedi dernier, retour de mon ciné de 22H, à rattraper les status des gens sur Facebook. Voilà t’y pas que coupain Jean-Luc est au bar à côté de chez moua à twitter depuis son iPhone. J’hésite a rester chez moi devant la Xbox, puis finalement je me décide à bouger.

Une heure et un coca fraise plus tard, le bar ferme. Mon buddy est un peu éméché, et hurle a qui veut l’entendre qu’il veut se faire l’intégrale du seigneur des anneaux version longue. Même qu’il faut absolument que je vienne, dans une baraque de gens que je connais pas en banlieue lointaine pour aller voir des DVD ! Je pourrais rentrer chez moi, écrire un peu ou whatever, mais non. J’accepte en même temps que le barman, qui se demande dans quel merdier il vient de se perdre. S’ensuit une virée pleine de lols dans un taxi, où nous poursuivions des amis en scooter vu que le chauffeur n’avait aucune idée d’où aller. M’enfin on était cool, nous au moins on avait un GPS. Ou comment je me suis retrouvé dans une gigantesque colloc’ de trentenaires, occupé a mater le sucre fondre avant d’être versé sur deux saladiers de pop corn tout chauds.

Planté dans un canapé, face à un mur sur lequel était projeté Les Deux Tours, tout en grattant le fond de caramel avec mes ongles, je me suis dit que, quand même, j’étais vachement bien là. Pour un type qui passe son temps à se plaindre que mes meilleures soirées de jeune sont derrière moi, je dois avouer que j’ai bien tripé ma race. Ceci étant dit, force est de constater qu’il m’aura fallu réveiller l’hôte pour qu’il mette le second DVD du film, vu qu’à l’instar du reste de la mauvaise troupe, il s’était endormi. Etre trentenaire et vouloir faire genre on se bourre la gueule et on fait des nuits blanches de cinéma, des fois, ça marche pas toujours. Seul survivant des trois heures trente de film, je suis reparti au petit matin, attendant d’atteindre mon lit pour sombrer.

Tout de même, moi qui hésitais à rentrer direct sur Lyon, j’aurais gratté une super soirée de plus avec des coupains, des nouveaux coupains et des inconnus. Le barman qui a failli m’en coller une lorsque j’ai demandé un coca aura fini par me passer un ticket pour rentrer à la maison. L’amour, c’est beau. Encore !
Demain, double bouquin.