[Voici venir Antoine Maurel, ancien Celsien, scénariste du très indispensable Noirhomme]
LeReilly avait pourtant été très clair : « Si tu veux, toi aussi, connaître ton quart d’heure de célébrité, il me faut ton texte avant vendredi, 14 h ! » Nous sommes samedi, il est 16 h. Ma réputation est sauve, et je peux donc m’atteler à la tâche l’esprit tranquille. La vérité plus profonde est que je suis un homme de plus en plus occupé, et je ne sais pas si m’exposer publiquement en un endroit disséqué quotidiennement jusque dans les agences les plus cotées de la planète est une idée raisonnable. Je connais Matthias depuis suffisamment longtemps pour savoir comment ça se passe. Et je frissonne d’avance à la pensée des heures perdues à repousser, poliment mais fermement, les invitations dans les soirées hyparisiennes, les supplications sexuelles, envois de produits néo-technologiques et autres convocations au tribunal. M’enfin, l’heure est à la notoriété 2.0. Soit…

Je suis donc l’homme derrière la boucle de ceinture – merci de ne pas sortir cette phrase de son contexte – Rock Band ®. Je pourrais vous raconter comment, fraîchement débarqué dans cette grosse pomme, grouillante de verres (j’y allais pour un festival BD, à la base, et ensuite j’ai découvert les bars étudiants de Bleecker St… whatever), je suis tombé en arrêt devant le rayon spécial Rock Band du MTV Store de Times Square. Après m’être demandé pendant cinq bonnes minutes qui serait assez… original pour mettre 100 $ dans une paire de baguettes brandées du nom du jeu, ou 250 $ dans un tabouret de batterie ayant subi le même traitement, la réponse m’est apparue ! Mes moyens de scénariste de BD qui ne se vendent pas m’ont rapidement réorienté vers la boucle de ceinture. Sans compter que je me voyais mal mettre Le Reilly au défi de sortir en public avec un tabouret de batterie, si ridiculement onéreux fut-il…

Mais la vérité est toute autre. Ce cadeau visait essentiellement à m’assurer un droit de réponse à une vieille note, où notre hôte me qualifiait de « banlieusard blanc comme un cul qui se prend pour une racaille. » Et là, je tiens à rétablir deux ou trois vérités, à commencer par la principale : j’ai le teint plutôt hâlé. Une partie non négligeable du coin du Landy, à Aubervilliers, m’a d’ailleurs instinctivement classé dans la catégorie kabyle. Je n’ai jamais jugé bon de les détromper, sachant apprécier à sa juste valeur le caractère intégrateur de l’erreur (dans le contexte de ce quartier que j’adore, s’entend. Aubervilliers n’est pas la France d’en bas, Allah, Dieu et Yahvé l’en préservent !). Cette première vérité rétablie, qu’il me soit permis de poser la question qui fâche : « Est-ce que, parce qu’un homme apprécie les cheveux courts, les sapes Lacoste, le rap français et le verlan, on doit nécessairement le ranger dans la catégorie sauvageon ? » J’ai beau m’être fendu d’un thriller psychologique balzacien (3e et dernier tome à paraître bientôt), d’une chronique rédigée dans un style idoine dans « Le Strip » (journal humoristique des éditions du Lombard, qui reviendra bientôt dans une forme étincelante), et avoir conseillé la lecture des œuvres complètes de P.G. Wodehouse et de la correspondance de Groucho Marx à toutes mes connaissances, certains stéréotypes demeurent…

Ne comptant pas me laisser pousser une tignasse de métrosexuel pour plaire à la majorité, je pose la question autrement : « Est-ce que, parce qu’un homme porte une boucle de ceinture Rock Band, on doit nécessairement le ranger dans la catégorie de ces geeks attardés et condamnés à vivre leurs rêves de gloire, sexe, et drogues, par procuration ? Un de ces dommages collatéraux de la génération real-TV, qui croit qu’une dextérité vidéo-ludique à la portée de n’importe quel random Naruto_fan666XDlol a le moindre point commun avec l’exercice assidu d’un instrument et le parcours du combattant que représente la construction d’une carrière musicale… ? » Ou, plus fourbe : « Ce type ne porterait-il pas une boucle de ceinture baroque dans le seul but de détourner le regard vers son entrejambe, à fin qu’on ne s’aperçoive pas que, au-dessus, il a un peu pris… ? » Je vous laisse évidemment seuls juges…

Alors, maintenant, tu vas oser la porter ailleurs que devant ton écran plasmique, hein ? Le défi est lancé…
Tonio, AKA Mr. Grand.
SEMIO STAGE !!!
Je ne sais pas pour vous, mais, à mes yeux, un nom de jeu comme « Rock Band » illustre bien la désuétude lexicale du monde qui nous entoure. Replongez-vous quelques années en arrière. Vous auriez accepté de jouer à un jeu qui s’appelait « Plumber with a moustache going through huge pipes » ou « Twin brothers beating down ugly Abobos in the streets » ?

GUINESS (le book of records, pas cette infâme brouet que les Irlandais essayent de nous faire passer pour de la bière depuis trop de siècles) STAGE !!!
Si LeReilly veut bien passer ces élucubrations dans leur intégralité, je pense, sans prétention, avoir cassé le format en signant la plus longue note ever de TheBestPlace [Ndr, Note Du Reilly : Non, il te manque une bonne centaine de mots pour battre le record]. Vous noterez que, dans un élan d’accessibilité, j’ai tout de même scindé la chose en paragraphes, avec plus ou moins de liens logiques, dans l’espoir qu’il y insère des images drôles comme il sait si bien faire. Ce serait notre première collab (à visée gratuite, s’entend, parce que s’il me laisse revenir, je vous raconterai p’tet comment je lui ai mis le pied à l’étrier de la pige rémunérée en d’autres temps) et ça me rendrait limite un peu fier…