1114 – Cine Club 117

Donc j’ai finalement vu Black Swan. Et je m’y suis ennuyé comme pas permis. Je me souviens avoir décroché quand Nathalie Portman prend un bain et qu’on voit, à côté de sa tête, une serviette avec un motif de cygne blanc. Le symbolisme au lance-roquette : éloge à la subtilité. A partir de là, j’ai attendu que ça passe. Il faut dire que j’avais enfin visionné Perfect Blue deux semaines plus tôt. Ce film d’animantion japonaise (fruit du regretté Satoshi Kon) était sur ma liste d’animes à voir depuis sa sortie française en 1999. Plus de dix ans avant de m’y mettre. Moins de deux heures pour se prendre la gifle en pleine poire.

Mima est une chanteuse dans un groupe de J-Pop qui décide de devenir actrice. Elle accepte un petit rôle dans une série télévisée et peu à peu arrive à faire sa place. Mais malgré le succès qui arrive, Mima se demande si elle a bien fait de changer de carrière. Au même moment apparait un étrange individu, qui semble la suivre partout où elle va, lui fait peur. La jeune femme se ronge déjà les sangs chaque jour à se demander si ses choix de vie sont les bons et s’inquiète  en plus de la présence d’un déséquilibré dans sa vie. Puis ses collaborateurs sur la série et dans son agence se mettent à mourir. Mima est hantée par des rêves où c’est elle qui tue. Peu à peu elle perd pied, confond réel et imaginaire.

Satoshi Kon était un réalisateur cohérent avec lui-même. Il a passé la quasi-totalité de sa filmographie a interroger la question du rapport au réel. Perfect Blue, adapté très librement d’un roman parait-il moyen, joue avec le spectateur, le place dans la peau de Mima et le fait douter jusqu’au bout. Tout au long du film j’échafaudais de nouvelles théories, pour à chaque fois tombé à côté. Car plus qu’une histoire de dépression schizophrénique, Perfect Blue est aussi un trhiller avec des meurtres (des vrais) et donc un tueur. Le montage et la musique entretiennent le suspense mais aussi l’angoisse. Plusieurs des morceaux de la bande originale mettent mal à l’aise de par le choix des instruments, la répétition des notes. Un travail sonore très fort, au sens propre.

Eloigné des monstres baveux géants, Perfect Blue aurait pu être tourné en live sans aucun problème (c’est d’ailleurs le cas puisqu’il existe une version filmée). Mais la beauté de l’animation vient contraster avec l’horreur de l’histoire, créant un décalage supplémentaire à même de déstabiliser le spectateur. Dans les scènes où réel et imaginaire se confondent, où les miroirs disent la vérité, ce choix de l’animation permet des effets visuels et autres trouvailles de style qui seraient beaucoup moins bien passées fussent-elles été filmées avec de vrais comédiens.

J’aime quand l’animation est au service de son sujet, et quand ce sujet est réservé à un public adulte, de part sa violence et le mal être qui suinte. C’est une utilisation du dessin beaucoup trop rare dans le cinéma contemporain des animaux qui parlent. Perfect Blue en est d’autant plus précieux et mérite entièrement son statut de film culte.

On sait qu’Aronofsky est un fan de Satoshi Kon et l’a rencontré de son vivant. La filiation de Black Swan avec Perfect Blue est plus qu’évidente. Et la plupart de ceux qui m’ont confié ne pas avoir aimé Black Swan m’ont cité Perfect Blue en exemple.

Si j’avais su, je les aurais regardés dans l’ordre inverse.

TRAILER STAGE !!!

1096 – Definitely/Maybe

Je n’ai toujours pas vu Black Swan.

C’est pas faute d’avoir essayé. Je m’y suis risqué à deux reprises à sa sortie. Chaque fois les séances étaient complètes, principalement parce qu’à cause de mon stage je ne peux aller au cinéma qu’aux heures de grande affluence, avec les vrais gens. Pour un tas de raisons je n’avais pas voulu/pu réserver. Les deux fois nous avons donc fini par aller voir autre chose. Ruminant au fond du fauteuil d’une salle voisine, j’ai du admettre le paradoxe dans ma manière de voir les choses. Quand personne ne se déplace pour un bon film, je hurle sur le peuple en vomissant sur leur absence totale de bon goût. Et quand tout le monde se déplace pour un bon film, je hurle sur le peuple en vomissant le fait qu’ils m’empêchent de le voir.

Je ne veux pas relancer le débat sur qui « mérite » d’approcher une oeuvre avant qui. Mais ceux qui ont vu The Fountain devraient avoir le droit de prendre la place des ploucs qui ne font qui suivre aveuglément ce qu’ils ont vu à la TV. Darren qui déjà ?

En vérité, je rumine surtout parce que plus le temps passe et moins j’ai envie de voir Black Swan. Devoir attendre plusieurs semaines entre la sortie et les critiques US a déjà usé ma patience. Tout comme la horde de notes de blog et tweet des « influents » des internets qui sont allé voir le film avant tout le monde et ont participé à mon mal de crâne médiatique. Puis j’ai passé plus de temps dans les transports à tenter d’aller voir le film que la durée totale du dit film. Enfin j’ai dû subir les conversations des amis, proches et collègues sur le sujet, jusqu’à écoeurement. Et maintenant les cinémas sont engorgés des nouvelles sorties que j’ai AUSSI envie de voir.

Nous sommes samedi. Normalement je vais peut-être m’y faire trainer aujourd’hui. Enfin. Mais je ne crois pas avoir envie. C’est comme la fille que t’as tellement voulue et qui t’a tellement fait désirer qu’au final tu ne peux plus la voir en pellicule. D’une main j’écris cette note de blog. De l’autre j’envisage d’envoyer un texto pour annuler.

Parce qu’au fond, je le verrai un jour ce film.

Est-ce que ce sera aujourd’hui, en me trainant à l’autre bout de la vie, avec ma fatigue de la semaine et mon absence totale d’envie ? Ou est-ce que ce sera dans quelques semaines, en blu-ray chez moi, sans connard pour textoter pendant la séance, qui je veux à côté et un pot de glace cheesecake fraise entre les mains ?

C’est quoi le mieux, pile ou face ?