1119 – Book Review 177

Adam Copeland, plus connu dans le monde du catch sous le pseudo de Edge (la superstar rated-R), monte sur le ring habillé en civil. Il porte une veste normale, un pantalon normal, une barbe de plusieurs jours. Visiblement ému, il prend le micro et annonce qu’il quitte le monde du catch. Sa dernière IRM est formelle, ses multiples blessures à la colonne vertébrale l’empêchent de pratiquer. Une mauvaise chute et c’est le fauteuil roulant. Le public est sous le choc, scande « Thank You Edge ! » face à la superstar qui ne peut retenir ses larmes. L’image est forte et dépasse la plupart des préjugés sur le divertissement qu’est le catch américain. Les coups font mal, les blessures peuvent être graves. Mais plus que le reste, l’émotion d’Adam et du public est sincère. Les fans de catch saluent le départ d’un fan de catch.

Je ne suis pas un expert. Je regarde en dilettante, principalement au fond du canapé de Pimp, avec des cookies. Mais j’ai été touché par la scène. Parce que j’aime Edge, son look, son faciès, son style. Alors, dans la minute, j’ai foncé sur Amazon et j’ai fait l’acquisition de son autobiographie.

On Edge est un bouquin célèbre dans le monde du catch pour avoir été écrit sans l’aide d’un nègre. Bien qu’aux Etats-Unis la pratique ne soit pas choquante (elle est même assumée), on admire le fait qu’un « catcheur », réputé sans cervelle, ponde deux cent et quelques pages. Après lecture, je dois admettre que la légende est sûrement vraie. Ça se sent dans le choix des mots, la façon dont les anecdotes sont agencées. Et ce n’est pas mal écrit. C’est même souvent drôle bien que (forcément) un peu beauf. Edge a commencé à écrire son autobio lors de son premier arrêt pour blessure, à l’époque où l’on a du fusionner plusieurs de ses vertèbres pour lui éviter la chaise roulante. Il avait pas mal de temps libre, et a donc voulu tirer un bilan de dix années de catch. Le livre s’ouvre sur son enfance et quand, à six ans, il s’est ouvert le crâne en tentant un saut périlleux arrière du haut de la table à manger familiale, se prenant pour Spider-Man.

Respect.

Sur un peu moins de 250 pages on suit la vie d’Adam de sa naissance au Canada d’une mère célibataire jusqu’à son opération de la nuque. Les anecdotes s’enchaînent autour du catch et de l’amitié, les deux thèmes majeurs de On Edge. Le seul problème est qu’Adam passe pro à la WWE au milieu du livre. C’est-à-dire que la deuxième moitié est quasi intégralement consacrée à des résumés de matchs. Ce qui est un peu long et lourd quand on ne les a pas vus. Copeland prend quand même quelques lignes pour s’exprimer sur le côté spectacle et scripté des combats, notant que si tu es mauvais dans ton art on ne va pas te faire gagner (c’est fake, mais tout de même lié à la performance du catcheur). Il parle aussi de sa vie sentimentale, avec étonnament beaucoup de sobriété. Presque timide, il reste dans les grandes lignes, ne blâme pas son ex-femme et semble aussi classe en amitié qu’en amour. Bien sûr il se dégage un esprit très beauf des blagues et autres soirées dévoilées au fil du livre, mais j’en suis ressorti avec la certitude qu’Edge est un mec bien, un vrai fan de son métier et respectueux de ses fans.

Vous allez me dire, c’est le but.

Ce qui me ramène à son discours d’adieu et ses larmes. Je n’ai pas eu besoin d’être un grand fan de catch pour être touché. Plus je me renseigne sur ce divertissement et plus j’ai de respect pour toutes les équipes qui travaillent en coulisses. Loin des clichés, le catch est un objet fascinant, que je ne me lasse pas de creuser.

Thank you Edge.

BUY STAGE !!!

11,11€ en anglais chez Amazon.

1073 – Stitches

On m’a dit que je me livrais facilement. Ce n’est pas tout à fait exact. Je parle beaucoup, ça par contre ça arrive. Je parle aussi beaucoup de trucs que certaines personnes considèrent comme intimes. Type des histoires d’ex, des opinions politiques, des idées. Sauf que ça s’arrête à une certaine ligne, celle des fêlures et autres joyeusetés qui peuvent vraiment m’ébranler. Quand je fais visiter les fondations, la cave, je ne pointe pas forcément du doigt là où c’est moisi, là où c’est instable, là où c’est rafistolé avec trois bouts de ficelle. Alors effectivement, ça peut donner l’impression d’avoir tout vu. Mais non. Puis parfois, effectivement, ça tombe sans prévenir sur quelqu’un et je déverse absolument tout : l’inventaire quasi exhaustif des plaies, refermées ou pas encore. Parce qu’il n’y a que quelqu’un de nouveau qui puisse encore les voir pour ce qu’elles sont : toujours là.

Tout le monde se trimballe avec ses névroses et ses souffrances. Et quand on le sait on compatit, ou on plaint, ou on offre un câlin, une épaule. Ou simplement, quand on sait, l’autre peut se satisfaire de la pensée qu’on sait, qu’on comprend. Ca va du chien avec lequel on a grandi qui est mort, à l’alcoolisme de l’oncle, au divorce des parents, la mort de mère grand, le cancer du sein de maman qui va et vient. Je ne sais quoi d’autres. Tous ces trucs vivent en nous, et affectent notre entourage lorsqu’ils se produisent. Seulement les gens ont d’autres choses à faire que de vivre avec vos blessures. A un moment il faut avancer et sans oublier, on le met dans un coin de la tête pour y repenser de temps en temps. Oh wait mon amie d’enfance à perdu sa maman, oh wait ma voisine est en chimio. Mais la plupart du temps c’est juste au fond de nos pensées. Parce qu’on ne peut pas vivre avec la misère du monde sur ses épaules.

Pour la personne concernée la planète aussi continue de tourner. Sauf qu’elle n’oublie pas, ou en tout cas beaucoup. Elle prend ses médocs, se couche à côté de la photo d’un être qui n’est plus, se relève au milieu de la nuit à cause d’un nerf coincé, fait des crises d’angoisse dans les transports en commun. Et une fois que ses amis sont passés à autre chose, qu’ils ont consacré ce qu’ils pouvaient d’énergie au soutien qui s’impose, ils ont continué à avancer. Souvent, par pudeur, on passe outre les cicatrices sous le t-shirt, on avance aussi, on rencontre un tas de personnes qui ne savent pas, qui ne sauront sûrement jamais. Mais, une fois de temps en temps, on déballe. Parce que le passé pour les amis est toujours le présent de l’individu. Et que seul un regard neuf permet de réaliser que oui, tout ce qu’on se trimballe peut être atroce.

On peut voir ça comme un désir malsain d’être plaint. Je préfère invoquer la notion de compassion. Je ne suis pas sûr d’avoir envie d’entendre « pauvre matthias ». Par contre j’ai parfois envie d’entendre « je ne savais pas ». Parce que si certaines blessures se referment, si on arrive à faire comme le reste de son entourage et passer outre, d’autres cicatrices ont besoin d’être montrées.

J’ai été blessé. C’est là. Ça pique encore et j’ai besoin que quelqu’un d’autre que moi le sache, en prenne la pleine mesure.