1211 – For Hire

J’ai toujours adoré le concept du comic Heroes For Hire. Au départ était Luke Cage (aka Power Man, aka le sodomite de l’univers Marvel), un super héros mineur et sans le sou. En plus de ses activités bénévoles de sauveteur du monde, il acceptait des missions rémunérées, de la part de simples citoyens. Avec son meilleur ami Danny Rand (aka Iron Fist, see what I did there ?) ils ont fini par monter Heroes For Hire Inc., une agence de détectives/gardes du corps composée de super héros mineurs. Tous les personnages bis et ter de Marvel qui étaient trop losers pour supporter leur propre série, ces laissés pour compte de la grande histoire, allaient défendre la veuve et l’orphelin moyennant un petit chèque, histoire de payer la facture d’électricité à la fin de mois. Joindre l’utile à l’utile en somme. Des super héros de la vraie vie. #OccupyMarvel

Pendant plusieurs années, je n’ai pas voulu écrire ailleurs qu’ici sur les Internets. Quand j’ai fini par pondre quelques articles pour mon copain Philippe, c’était à la condition de les reprendre ici. Parce que je ne voulais pas faire d’heures supplémentaires en plus de TPB qui me bouffait tout mon temps libre. Puis j’ai ralenti mon rythme de publications bloggesques, pour respirer. Le monde réel m’a fait comprendre que cet espace n’était pas forcément ma petite bulle magique dans laquelle se réfugier. Et au même moment j’ai réalisé qu’ailleurs, je pouvais angler différemment un peu ce que je faisais, radoter autrement, ou parler de trucs qui n’avaient rien à voir. Sur Gentlemec je pouvais faire un report sportif du Quiksilver Pro, tandis que chez Another Whisky je reprenais mes théories marketingo-littéraires sous une forme nouvelle. Je remixe, mes textes, mes idées, moi-même.

J’ai simplement commencé à demander si, hey, je pouvais pas te pondre un texte ou deux. J’ai accepté quand on m’a demander si, hey, tu pouvais pas me pondre un texte ou deux. Peu importe, je remercie du fond de mon petit coeur de pipou ceux qui me laissent s’amuser chez eux. Peut-être que je suis un mini Hero for hire. Comme je n’ai pas la peau indestructible de Power Man ou les poings du dragon d’Iron Fist, j’écris simplement des trucs gratuitement. Pour le plaisir. Ce qui enrage un peu les potes qui me tannent depuis des années pour que j’aille monnayer mes services dans des structures qui impriment du papier. Sauf que j’ose rien, parce que ce n’est pas ce que je veux « vraiment ». A savoir rendre service et prendre mon pied pendant une heure sous Word (plus quelques mails de correctifs). Puis parait qu’il existe une Ligue des pigistes extraordinaires pour ça.

Je suis en dessous, chez les Writers for hire. On a un bureau qui ne paie pas de mine dans le Bronx, avec une pancarte pas droite et du café froid. Mais on s’amuse et si on peut filer un coup de main, ça nous suffit pour le moment.

LINK STAGE !!!

Si vous ne me fliquez pas sur Twitter/Facebook, retrouvez les liens vers mes contributions externes sur cette page dédiée. Je mettrai à jour au fur et à mesure.

1206 – Book Review 203

La quasi-totalité des gens se considère, à un niveau individuel, supérieur à la moyenne. C’est logique puisque c’est un mécanisme de défense de l’égo. Sans cette certitude, cela devient beaucoup plus compliqué de se lever le matin. On pense tous être plus intelligent, juste, honorable que la moyenne. Le problème étant que, statistiquement, la moitié d’entre nous l’est forcément moins. Cette illusion n’est qu’un des nombreux travers de notre esprit, et la psychosocio est un peu le SOS Fantômes de l’intelligence. Non, nous ne sommes pas si malins. Et depuis plusieurs années, un excellent blog s’emploie à nous prouver pourquoi. Il s’appelle You Are Not So Smart, et vient d’être relié entre deux tranches de papier cartonné dans un excellent livre. Peut-être le meilleur livre que vous lirez cette année.

Prenez des notes.

David McRaney est journaliste diplômé de sociologie. Passionné par les sciences humaines, il dévore études après études sur le comportement des vrais gens. Son blog est un espace de vulgarisation. Il y explique pourquoi on aime ce qu’on achète et pas le contraire, pourquoi en cas de catastrophe naturelle on reste calme au lieu de paniquer, comment les préjugés sont plus forts que nous et ainsi de suite. L’auteur se base sur une multitude d’études et exemples connus (Milgram, le jeu de l’Ultimatum, la théorie des jeux) tout comme sur des papiers publiés uniquement dans des revues spécialisées pour étayer son propos. Le livre You Are Not So Smart est un prolongement du blog dans le sens où l’on retrouve beaucoup d’articles publiés sur le net, mais allongés et mieux référencés.

Les sceptiques et passionnés se délecteront de la bonne trentaine de pages de sources et liens qui viendront écraser tout doute quant à la qualité des démonstrations.

You Are Not So Smart est un livre salvateur parce qu’il explique avec des mots simples les trois quart de nos emmerdes quotidiennes. On comprend mieux comment on a pu acheter tel bidule dont on se fout, pourquoi l’autre moitié de son couple a pété un plomb ou comment une autre personne peut vous détester aveuglement. Le lecteur qui prend des notes en tirera quelques leçons de vie, qui pourraient d’ailleurs bien lui sauver (la vie). Plus que tout, ce bouquin est une invitation à prendre du recul et à se demander quelle est la part de notre comportement que l’on maîtrise réellement, et comment reprendre petit à petit le contrôle de ses humeurs de son égo. C’est aussi un bon bouclier contre les critiques et préjugés d’autrui, qui ne font parfois que répéter des schémas mentaux encrés depuis la préhistoire.

Enfin, avec You Are Not So Smart, on a toujours de quoi briller en société, preuves à l’appui. Que ce soit par saine curiosité et désir de s’améliorer en tant qu’être humain, ce bouquin est indispensable, le genre qu’on devrait faire bouffer à chaque individu qui compose la société dans laquelle on vit. Le monde s’en porterait mieux.

BUY STAGE !!!

Ca coûte 16€ en version reliée, moins en numérique. Et si vous êtes pauvres, allez lire le blog, c’est gratuit.

TRAILER STAGE !!!

1157 – Relaunch

Déjà que je supporte à peine mon Agent, voilà qu’il m’inflige son bras droit du marketing. Le type a les mains jointes, posées sur une pile de dossiers. Bon toutou, il attend qu’on lui donne la parole. Agent préfère la garder encore un peu.

- Benjamin, tu sais pourquoi tu es là.

Question rhétorique. Sans intérêt. Je ne décroise pas les bras, m’avachis un peu plus dans mon fauteuil cuir. Voyons voir.

- Ta “carrière” est au point mort. C’est le second manuscrit qu’on refuse de te signer, les statistiques de ton blog sont stagnantes, pour rester poli, et le cercle de tes relations ne progressent pas non plus. A ce stade ce n’est plus une période creuse, c’est une agonie prolongée.

Fuck you Agent.

- Je crois qu’il était grand temps de revoir ta stratégie. Mike, ici présent, s’est déjà chargé de benchmarker les internets et va te proposer un plan de relance de ton personnal branding.

Fuck.

You.

Le susnommé Mike ouvre ses dossiers. Il fait voler quelques feuilles vers moi.

- Voici quelques mood boards qui te donneront une idée de ce dont je vais te parler.

Plusieurs pages de collages photoshops grotesques, un tas d’images de types heureux, fiers, qui brandissent un poing vengeur vers le ciel et enlacent des top models. Le monde merveilleux des winners. Sûr de lui, Mike se lance pour de bon.

- Si tu avais réussi à signer un bouquin, l’audience de ton blog serait en croissance continue et tu rencontrerais plein de nouvelles personnes. Si tu avais rencontré plein de nouvelles personnes tu signerais ton bouquin et l’audience de ton blog serait en croissance continue. Deux choses qui ne se sont malheureusement pas produites, pour un tas de raisons. Peut être par exemple que tes livres n’étaient pas au niv…

Agent s’affole, mime plusieurs décapitations avec la main. Je suis trop choqué pour aller étrangler le directeur marketing, qui a le temps de réaliser la boulette, toussotter et reprendre.

- Peut-être que l’édition est un milieu infâme et pourri. Peut-être que les personnes que tu as rencontrés n’étaient pas les bonnes. Toujours est-il que tu ne peux pas contrôler ces deux facteurs. Ce que tu peux contrôler par contre, c’est ton blog ! Si tu améliores ton blog alors tu te feras remarquer ce qui te permettra de signer ET de rencontrer de nouvelles personnes fascinantes !

Cette fois c’est moi qui commence à m’affoler. A l’intérieur. D’ailleurs je me redresse doucement et je suis à peu près certain que je fronce petit à petit les sourcils. Ça n’arrête pas le marketeux.

- Il faut tout reprendre à zéro, mais en mieux ! Il faut un relaunch !

J’espérais qu’il prenne le temps d’une pause dramatique pour que je puisse en profiter pour lui écraser ses lunettes contre son nez. Mais non. Il insiste, il est lancé.

- Adieu le gentil niais pas fun et un peu gauche. Bonjour le nouveau Reilly subversif ! Les chroniques de bons films et de livres, c’est fini. Maintenant on casse des personnalités, on est là pour le lol, le bon mot, la critique qui pousse l’auteur au suicide ! Pour les filles même tarif. Assez d’anecdotes six mois après avec le prénom dissimulé. Je veux du livetweet de sodomie, des comptes rendus gonzos de chaque coup d’un soir ! Bien entendu de temps en temps tu ferais des notes larmoyantes, où on découvrirait tes faiblesses, des drames familiaux imaginaires, des cicatrices factices et tout. Tu seras le beau et la bête à la fois !

Cette fois je ne suis plus assis. Prenant appui sur la table en verre, je me hisse jusqu’à surplomber les deux Costumes en face de moi. Je prévois d’articuler lentement afin d’éviter toute ambiguité dans mes propos.

- Vous vous foutez de moi ?

Agent se lève à son tour.

- C’est pour ton bien ! Là, forcément, ça te semble un peu beaucoup, rapport à l’intégrité artistique et la vérité, tous ces trucs. Seulement les chiffres parlent. On attend beaucoup de toi depuis plusieurs années sans atteindre nos objectifs. On s’est investi, on a misé du temps et de l’argent ! Ce plan de relance est la seule porte de sortie.
- Moi vivant, ça ne passera jamais. Vous pouvez aller vous faire foutre. Je préfère perdre à ma manière que gagner à la vôtre.

Agent se rassois. Son visage trahit sa résignation. Il sait qu’il ne m’ébranlera pas, qu’il a franchi une ligne et qu’il à tout intérêt à reculer.

Je commence à reprendre mon calme quand le type du marketing se lève. Il s’éclaircit la voix.

- On s’est mal compris Benjamin. C’est déjà prévu. Les webmasters viennent de rendre la V2 du blog, nos concepteurs rédacteurs ont un mois d’articles d’avance et les community managers sont en train de clasher la moitié de twitter. Tout ce que tu as à faire à présent, c’est de te rasseoir et d’attendre les contrats, les soirées et les putes.

Mes phalanges craquent. Mon poing est prêt à faire connaissance avec son visage. Je suis certain qu’ils ont plein de choses à se dire.

- Et au nom de quoi je vous laisserais faire ?

Mike fait glisser une nouvelle liasse de papier vers moi. Je reconnais ma signature au bas de chaque page. Juste au-dessus d’un tas de petits caractères. J’ai encore moins envie de les lire maintenant qu’il y a trois ans, lorsque j’ai parafé le tout.

Le Costume a un sourire narquois.

- Alors maintenant tu vas retourner t’asseoir et profiter du spectacle.