Je n’ai toujours pas vu Black Swan.
C’est pas faute d’avoir essayé. Je m’y suis risqué à deux reprises à sa sortie. Chaque fois les séances étaient complètes, principalement parce qu’à cause de mon stage je ne peux aller au cinéma qu’aux heures de grande affluence, avec les vrais gens. Pour un tas de raisons je n’avais pas voulu/pu réserver. Les deux fois nous avons donc fini par aller voir autre chose. Ruminant au fond du fauteuil d’une salle voisine, j’ai du admettre le paradoxe dans ma manière de voir les choses. Quand personne ne se déplace pour un bon film, je hurle sur le peuple en vomissant sur leur absence totale de bon goût. Et quand tout le monde se déplace pour un bon film, je hurle sur le peuple en vomissant le fait qu’ils m’empêchent de le voir.
Je ne veux pas relancer le débat sur qui « mérite » d’approcher une oeuvre avant qui. Mais ceux qui ont vu The Fountain devraient avoir le droit de prendre la place des ploucs qui ne font qui suivre aveuglément ce qu’ils ont vu à la TV. Darren qui déjà ?
En vérité, je rumine surtout parce que plus le temps passe et moins j’ai envie de voir Black Swan. Devoir attendre plusieurs semaines entre la sortie et les critiques US a déjà usé ma patience. Tout comme la horde de notes de blog et tweet des « influents » des internets qui sont allé voir le film avant tout le monde et ont participé à mon mal de crâne médiatique. Puis j’ai passé plus de temps dans les transports à tenter d’aller voir le film que la durée totale du dit film. Enfin j’ai dû subir les conversations des amis, proches et collègues sur le sujet, jusqu’à écoeurement. Et maintenant les cinémas sont engorgés des nouvelles sorties que j’ai AUSSI envie de voir.
Nous sommes samedi. Normalement je vais peut-être m’y faire trainer aujourd’hui. Enfin. Mais je ne crois pas avoir envie. C’est comme la fille que t’as tellement voulue et qui t’a tellement fait désirer qu’au final tu ne peux plus la voir en pellicule. D’une main j’écris cette note de blog. De l’autre j’envisage d’envoyer un texto pour annuler.
Parce qu’au fond, je le verrai un jour ce film.
Est-ce que ce sera aujourd’hui, en me trainant à l’autre bout de la vie, avec ma fatigue de la semaine et mon absence totale d’envie ? Ou est-ce que ce sera dans quelques semaines, en blu-ray chez moi, sans connard pour textoter pendant la séance, qui je veux à côté et un pot de glace cheesecake fraise entre les mains ?
C’est quoi le mieux, pile ou face ?
Sérieusement. Partant du principe que l’hébergement d’une version numérique d’un film, d’un CD ou d’un bouquin ne coûte quasi rien. Partant aussi du principe que y’a que les tarés pétés de thune pour acheter plusieurs fois la même chose. Pourquoi tout n’est pas comme sur les Blu Ray ricains ? Pourquoi quand on achète un CD on a pas les MP3 avec de manière systématique ? Pourquoi quand j’achète un putain de livre j’ai pas une version numérique offerte avec un code de téléchargement ou whatever ? Puisque la major/l’éditeur ne le vendra pas de toute façon, qu’il ne dégagera pas de bénéfices, pourquoi est-ce qu’il ne le file pas pour le principe ? Pour éviter le téléchargement illégal, pour limiter les raisons de pirater et toutes ces conneries. Enfin je sais que j’en parle beaucoup, d’un système ou t’achètes tous les formats d’un coup, mais c’est la première fois que ça m’arrive en vrai.
Faut dire que chez les ricains c’est un système qui est déjà un peu plus développé. Vu qu’ils ont toujours un ou deux ans d’avance niveau marketing. J’apprécie le confort, je me dis que je me ferais bien Tremors à l’occasion, et que je vais prêter le DVD de Scott Pilgrim à une copine de classe, pendant que je continue à mater les bonus du Blu-Ray. Ca me semble tellement… logique. Et quelque part le problème c’est que je m’habitue à l’idée. Enfin l’inverse, pour moi ça devient doucement pas normal. J’aime bien acheter mes livres numériques moins chers que leur équivalent papier mais je préfèrerais payer le prix papier et avoir les deux. Après je suis persuadé qu’on y viendra. Si le cinéma y est, le reste va finir par suivre. C’est juste particulièrement emmerdant de tenir un bout du futur entre ses mains mais de devoir attendre pour avoir le reste.
Au final, ce Blu-Ray de Scott Pilgrim est à l’image du film : tout ce que je voulais et un peu plus encore. D’ailleurs je trouve presque la lecture plus confortable sur un écran 16/9, rapport au ratio de l’image qui change tout le temps, moins visible sur un écran ciné trop large. Ceux qui ont vu le film me comprendront.

