- Comment tu sais que tu es bon ?
C’était jeté comme ça, entre le croque et l’absence de dessert, la question à un million. Comment est-ce que moi, Matthias, je sais que ce que j’écris c’est bien ? Comment je sais que je suis bon ? J’ai eu un moment de pause, à réfléchir non pas aux arguments que j’allais pouvoir dérouler, mais à comment présenter la seule et unique bonne réponse à cette question. Parce qu’en vérité, si vous répondez quoi que ce soit d’autre que « parce que je le sais », vous avez tort, vous êtes à côté de la plaque. Accessoirement vous n’avez pas vu Matrix, et n’avez pas retenu que l’on n’est pas le meilleur quand on le croit, mais quand on le sait. Ce qui fonctionne pour le meilleur fonctionne aussi pour toute barre arbitraire au dessus de laquelle on veut se trouver.
Je discutais de ça il y a quelques temps avec Navo, qui me disait qu’en vrai, j’étais un faux modeste. Mais pas que moi, tout le monde, dans un monde où il est quasiment impossible de s’affirmer sans passer pour un vantard ou un prétentieux. Le fait est que pour essayer quelque chose, un concours, un scénario, un roman, un spectacle, il faut à un moment savoir que l’on est au niveau. Sinon on ne tente pas, on n’envoie pas, on laisse le temps passer et on fait autre chose. Chaque type qui a un jour essayé, savait sur le moment, au moins au fond, qu’il était bon. Même un bref instant, la minute furtive où l’on envoie un mail, l’après midi où l’on fait le tour des éditeurs, le weekend dans un festival à démarcher. Le plus drôle, c’est que bien souvent, la plupart du temps, ils ont tort, j’ai tort. On est peut-être bon, mais pas assez. Sauf que c’est pas le problème.
L’important c’est de croire qu’on sait, assez pour agir.
Bien sûr, parfois, on l’est pour de vrai, bon. On accumule des bribes de compliments, des preuves, tel un détective de sa propre personne. On construit un dossier, une somme qui prouve la valeur. La personne en face ne se satisfait forcément pas de la réponse qui vient des tripes. Elle n’a de sens que pour vous. Alors on déroule les témoins, les pièces à conviction, et au bout d’un moment, votre interlocuteur finit par vous croire. Vous avez démontré votre valeur. Et c’est aussi pratique dans les moments de doute, de se raccrocher à quelque chose de plus tangible qu’une confiance en soi qui va et qui vient. Tout comme on sait que quand on croyait être assez bon quelques années plus tôt, on ne l’était pas vraiment. Mais maintenant c’est différent, cette fois on sait. On sait qu’on est bon.
Alors la prochaine fois qu’on me posera la question, avant que j’explique en long, en large et en travers pourquoi je suis bon, j’aurai un sourire un coin. Le même que vous avez. Quand vous savez que vous êtes bon.
Que ce soit vrai ou pas.