231 – Shiny Happy People

J’écris un second bouquin. Enfin j’essaie. Parce qu’en vrai, j’ai beau avoir la trame, je rame dans la semoule comme c’est pas humainement permis. L’absence de date de rendu combinée à l’incertitude du devenir de mon premier roman me paralyse un peu. Si j’avais un éditeur au cul pour me mettre la pression (et me faire miroiter des cheezburgers) je suis sûr que je serais au taquet ! Pourtant j’adore ma nouvelle histoire, elle est plus dense, complexe et décomplexée (mais du coup moins mature) que l’ancienne. Bref, je suis in love de mon petit projet qui n’avance pas. Alors pour exorciser un peu la frustration de la flemme, je raconte la totale à certains de mes potes. En fait je raconte ce bouquin depuis des mois maintenant, mais chaque fois avec le même plaisir du mec qui fait partager son petit croquis de future réalisation.

Y’a pas longtemps j’étais au resto japonais avec un ami rebelle lacto-végétalien (« non mais pas de poissons dans mes makis en fait »). On parlait projets, devenirs artistiques. Et comme j’avais eu les yeux plus gros que le ventre, je me mets à raconter le truc entre deux sashimis pour digérer. Le mec super intéressé, à fond dans l’histoire. J’étais content. J’adore refaire le pitch, parce qu’à chaque fois je reprécise des choses dans ma tête. Sauf la fin, parce qu’à l’inverse de Merci Pour Les Souvenirs, je sais très exactement comment je compte finir. Et pas de bol, parce que le coup pas conclusion en nuances de gris, on est dans le pur happy ending (non ça compte pas comme un spoiler, d’ici deux ans vous aurez oublié c’est bon). Sauf que voilà, mon buddy qui se met à éclater de rire, comme quoi un tel niveau de happy ending ça en est uber lolant, que non, sans déconner, c’était putain de kikoo, complètement pas possible !

En même temps, il a raison. Tous les bouquins un peu hype en ce moment sont pétris de noirceur et de dépression latente teintée de cynisme/misanthropie. Ce qui fait vendre du papier, c’est la rebelle attitude ! D’ailleurs, j’en recauserai bientôt avec les chroniques des prochaines semaines. Après, si tu veux faire de la fin heureuse où tout s’arrange et les gens s’aiment, t’es fiché genre Marc Levy ou Anna Gavalda comme auteur de merde pour minette ou trentenaire en mal d’amour. Mais non, je changerai pas mon pur happy ending. Parce qu’il est logique dans l’arc narratif, l’évolution des personnages, la thématique, le fond de mon propos. Puis merde quoi ! J’ai le droit d’être un putain d’optimiste ! J’ai même pas vingt cinq ans, j’ai encore du temps avant de perdre mes illusions et vomir sur la nature humaine, le sexe et la civilisation à longueur de pages. Moi je dis laissons les broyeur de noir où ils sont et allons faire la fête avec les bisounours !

Rien que pour ça j’ai presque envie de lire du Marc Levy, par solidarité entre optimistes. M’enfin je reste prudent, ça attendra que j’aie de la thune à jeter par les fenêtres. Comme c’est pas pour demain, on parlera plutôt des backlashs de mon blog dans la vraie vie.