685 – Book Review 113/114

[Vu le sujet du bouquin, pardonnez moi si j'ai pas réussi à mettre des images lolantes.]

Je ne me souviens absolument plus comment j’ai entendu parler de The War Zone, d’Alexander Stuart. Dans une liste débile de fin d’année ou un top quelconque. Mais l’idée d’une histoire d’inceste traitée en niveaux de gris et pas sur un mode tranché m’attirait (si vous vous demandez si je ne fais pas des recherches sur mon sixième bouquin, vous n’auriez pas tort). Il faut aussi savoir je me suis retrouvé très intrigué à réaliser que c’était la misère pour trouver le livre dans les Barnes & Noble à NY. Car The War Zone a assez dérangé pour qu’un jury décide de lui retirer la récompense littéraire qu’il lui avait attribuée, sous les pressions des bien-pensants. Il existe aussi un film, réalisé par Tim Roth quelques années plus tôt. Me tâte pour choper le DVD. On verra. C’est donc l’édition 2009 du livre, celle du vingtième anniversaire, à laquelle je m’attaquais.

Tom est un ado qui passe un mauvais été. Ses parents ont déménagé de Londres pour la campagne anglaise afin de mettre au monde et d’élever le petit dernier de la famille. Alors que Tom supporte très mal la province, sa grande sœur Jessie semble profiter des vacances. Mais tout bascule quand le petit frère surprendre la benjamine à prendre son bain avec leur père. Bouffé par ses émotions, trop jeune pour appréhender les ramifications de ce qu’il s’imagine, Tom garde d’abord le silence puis confronte Jessie. Oui, elle couche avec son père. Mais c’est bon, du cul c’est du cul, et puis c’est excitant l’interdit, c’est pas comme si c’était pour la vie non plus. Alors que tout devient de plus en plus trouble pour Tom, le jeune garçon doit trouver un moyen de réagir, la bonne façon de gérer ça, avant que ça détruise leur famille, et que quelqu’un finisse blessé, ou pire.

L’édition vingtième anniversaire est enrichie d’une préface de l’auteur, où il s’applique à nous expliquer qu’au départ il voulait écrire un bouquin sur le mal-être adolescent, puis que ça a dérivé. Effectivement les deux ados sont bien flingués psychologiquement. Si le bouquin suis le point de vue de Tom, Jessie a grandement le temps de faire étalage de sa perversité, de ses névroses et dysfonctionnement. Là où The War Zone part des thèmes un peu glauques, c’est au niveau de qui la faute. Clairement le père n’aurait pas du céder aux avances de sa fille qui a clairement besoin d’aide. Mais tout est mélangé, sans violence autre que psychologique, sans viol ni pédophilie. Et l’inceste étant le tabou ultime (remember mes cours d’anthropo, débats avec Pollux l’anthropologue et mes recherches personnelles), le livre est forcément ultra chargé et il est aisé de comprendre comment un traitement en nuances d’un tel sujet a pu traumatiser une partie du lectorat.

Personnellement j’ai trouvé le livre fascinant et je regrette de ne pas avoir pu discuter de la fin qui me pose pas mal question. Niveau écriture je regrette surtout que l’auteur se soit senti obligé de mettre à jour son texte. Dès que surgis un iPod, Youtube ou un appareil numérique, ça me hérissait. Ca ne sert absolument pas le récit et sort le livre de son contexte. Je peine à comprendre comment un éditeur a pu laisser passer ça. Sinon quelques passages sont un peu mous, mais c’est vraiment pour pinailler. The War Zone est un livre qui vous secoue, qui ne se lâche pas de bout en bout. Gros potentiel de futur classique moi je dis.

Sinon, demain on parlera de mon complexe messianique.

TRAILER STAGE !!!

BONUS REVIEW !!!

A part ça j’ai aussi lu Elles se rendent pas compte, un Boris Vian que mon bro m’a offert en piochant dans ma Wishlist pour Nowel. Kro gentil de sa part, mégahug.

Polar un peu barré court, Elles se rendent pas compte racontent l’histoire d’un mec à Washington qui décide de sortir sa meilleure amie de la spirale de la drogue, quitte à risquer sa vie pour affronter ses dealers. Pour mieux leur échapper, il se déguise en femme la moitié du bouquin, et passe son temps à baiser tout ce qui bouge. Je ne sais pas si le terme whitexploitation existe, mais si c’était le cas, ça décrirait ce bouquin. Bien écrit, avec des phrases très classes, mais pour raconter un grand n’importe quoi. Très pulp, vite lu, vite critiqué. Un bon délire Vianesque. Merci bro.

452 – Book Review 68

Dans la grande liste des trucs que j’adore au MK2 Biblio, je me dois de mentionner leur librairie ouverte jusqu’à 22h et des poussières. Idéale pour attendre le début de sa séance ou errer un peu entre les nouveautés papier avant de rentrer chez soi. L’autre jour, où j’avais vu un de ces films français de merde où un tas de vrais gens se rencontrent par hasard et vivent des trucs trop forts pour leur petit cœur, j’errais. Rayon poche, je suis tombé sur une récente réédition de L’Ecume des jours, avec couverture satinée, flip book entre les pages, carnet d’illustrations inédites et petit coffret en carton. Je me souviens que beaucoup me l’avaient conseillé y’a quelques semaines. Pas de résumé derrière, un texte merdique à la place. J’ai payé mon exemplaire en fin de soirée sans même savoir de quoi ça parlait, parce que les achats impulsifs ont toujours un petit goût délicieux.

Colin est rentier, ou tout du moins il possède suffisamment d’argent pour ne point travailler et disposer des services d’un cuisinier, Nicolas. A sa façon il entretient son meilleur ami, Chick, travailleur pauvre car dilapidant jusqu’au dernier sou dans les livres de Jean-Sol Partre dont il est fan absolu. Chacun des trois garçons va finir par trouver une petite amie et en tomber éperdument amoureux. Mais Chloé, la fiancée de Colin, tombe malade. Le jeune homme va tout faire pour sauver sa dulcinée, quitte à accepter les pires travails pour éponger les dettes creusées par les soins coûteux. Pendant ce temps son meilleur ami perd de plus en plus la raison, délaissant sa belle pour sa collectionnite, risquant de sombrer pour de bon dans sa lubie.

A la lecture de L’Ecume des jours, je me suis senti trahi. C’est comme si l’on m’avait caché qu’il existait un putain de roman trop bien, sous mon nez depuis des décennies. Faut dire que l’on me l’avait mal vendu. Ce n’est pas un livre fondateur bla bla bla mon cul. Non, c’est juste une histoire d’amour tragique dans un univers à la croisée de Tex Avery et Lewis Carrol. Les souris y font le ménage, les tables se débarrassent à coup d’aspirateur et les plus beaux des nénuphars peuvent être mortels. La poésie, l’imaginaire, se cachent entre chaque lignes, proposant des visions magiques, parfois absurdes. Vian se joue du langage, mélange les mots, abuse de jeux de mots sans honte, sans jamais céder ne serais-ce qu’un pouce à la compréhension. D’une facilité de lecture déconcertante, j’ai dévoré l’Ecume des jours, qui pourrait presque me réconcilier avec la littérature française.

Le livre aura été boudé lors de sa sortie, progressant que lentement dans l’inconscient collectif avant d’atteindre le statut culte dont il jouit de nos jours. Pourtant comment ne pas être séduit par la beauté des sentiments, la critique de la religion, du travail ainsi que tous les autres thèmes qui émaillent le roman ? Romantique et politique, ce conte moderne n’a pas pris une ride. Putain de mensonge, m’avoir caché que ça tuait à ce point. J’en reste sur les fesses, et pense me le relire.
The show must go on. Demain on parlera de mon frangin et de mon ordi.

431 – Book Review 65

Je n’ai jamais lu de bouquin de Boris Vian. Oui, je sais, c’est un peu ultime comme fail en tant qu’adolescent qui boulotte du papier. L’autre jour à la TV Beigbeder et Nothomb étaient d’accord pour dire que Vian, si t’as passé 25 ans ça sert plus à rien de le lire. Ca m’a mis la pression, alors je suis parti commander j’Irai cracher sur vos tombes sur mamazone. Je suis comme ça, influençable, qu’y puis-je ? Publié en 1946 sous un pseudonyme américain, l’un des romans les plus célèbres de Boris l’aura bien mis dans la merde. Le livre fut interdit trois ans plus tard et son auteur condamné pour outrage aux bonnes mœurs. Histoire de bien poursuivre la malédiction, c’est lors de la projection de d’adaptation ciné en 1959, qu’il désapprouvait car complètement à côté de l’histoire, que Vian mourut d’une attaque cardiaque.

Lee Anderson est un jeune homme possédant un huitième de sang noir, dissimulé sous ses épais cheveux blonds. Forcé de changer de ville et de profession il s’installe comme libraire dans le sud des Etats-Unis, là où il serait le plus à même de se faire lyncher si l’on découvrait ses véritables origines ethniques. Doué pour la conversation et la guitare il se lie d’amitié avec les adolescents de la petite bourgade, avec qui il partage alcool et débauche de sexe. Invité à une soirée, il finit par jeter son dévolu sur deux jeunes sœurs de bonnes familles, innocentes des horreurs du monde. Alors qu’il redouble d’effort pour séduire ces difficiles proies, il devient de plus en plus clair qu’un sombre dessein l’anime.

Le premier truc violent du livre, c’est que la moitié est passée à la description de scènes de sexe, partout, avec tout le monde, tout le temps. A croire que dans les années quarante aux Etats-Unis il était possible de pécho tout ce qui bouge. On y croit. Vian pousse la perversité jusqu’à infliger les détails d’une sodomie qu’à demi consentie et d’une virée dans un bordel qui propose des négresses mineures. Joie et félicité. Profondément amoral, le personnage principal ne possède que très peu de côtés attachants, ce qui est un euphémisme d’ « aucun ». Conçu à la base pour un défi, j’irai cracher sur vos tombes et une des tentatives de Vian de produire un polar noir tournant autour des questions de luttes ethniques. L’intrigue avance vite, le roman était court, et avance implacablement jusqu’à sa conclusion logique, non sans réserver au lecteur quelques atrocités graphiques pour la fin. Le niveau de monstruosité dépeint ici m’aura au moins fait relativiser mon dégoût de la mode du torture-porn au cinéma représenté par Hostel et consorts.

Facile à lire, car écrit dans un style aussi simple qu’intemporel, ce texte aura eu le mérite de boucher un des nombreux trous qui constituent ma culture classique. Je pense qu’il me faudra la lecture d’un autre des romans de Vian pour me forger un avis plus éclairé.
A seize heure il y aura une note Bis. Demain on causera de copains et de prétentions artistiques.