1221 – Syrup

Or donc.

A la base j’avais prévu une chronique de bouquin, comme d’habitude. Sauf que depuis que je ne pars plus bosser, je lis beaucoup moins. La faute à l’heure quotidienne de transports en commun en moins. Je ne suis qu’à 40% du petit roman que je boulote. Perdu.

Je pensais me rabattre sur un top 10 de mes lectures de l’année. Quelques jours avant noël, cela me semblait cohérent. Puis je me suis pris un rhume sur le coin de la tronche, le genre qui t’assomme et transforme tous les jours en dimanches. Maldonne.

Alors à la place j’ai mis à jour la liste des articles que j’ai pu mettre en ligne ailleurs. Il y a de quoi cliquer (5 nouveaux) donc ça compense un peu. Je crois.

En vrai j’ai un ou deux trucs dans les cartons pour après, des bidules à vous annoncer le temps que cela se confirme. Ça sera bien promis.

D’ici là, je vais me reprendre une lampée de sirop pour la toux et aller me terrer sous la couette.

1172 – It’s Alive

La surface s’éloigne. Il s’agite, se secoue. Les chaînes l’entraînent inexorablement vers le fond. L’impact du métal soulève une bouffée de vase. Aveuglé par la nuit, il tire sur ses bras les yeux fermés. Ses épaules lui hurlent que ça ne suffira pas. Le ratio oxygène/dioxyde de carbone dans ses poumons se fait menaçant. Il prend appui du talon contre une roche au sol. D’un coup sec il se brise l’articulation du pouce gauche. Il veut crier. Une main libérée, il parvient à se dégager de ses chaînes. Le cerveau en feu, privé d’air, il se débat pour remonter jusqu’à la surface. L’eau est poisseuse, épaisse. Chaque mouvement lui coûte un peu plus d’énergie qu’il n’a pas.

Visage contre le rivage, il sanglote des larmes terreuses. A court d’adrénaline, la douleur de son pouce brisé vient irradier son système nerveux. Trempé, il gémit de douleur.

Il longe l’unique route qui traverse la forêt depuis une heure quand il voit venir une voiture. Désespéré, il se jette face aux phares. La conductrice braque au dernier moment, fait crisser les pneus sur le goudron froid. Il se jette contre la portière, imprime des empreintes de boue contre la vitre. La jeune femme est terrifée, mais parvient à lire sur les lèvres du rescapé ce qu’il répète encore en encore.

Je ne suis pas mort.

***

Le mois dernier, je finissais un coca à mon bureau quand une amie travaillant dans le même bâtiment est passée me voir. Elle s’était souvenue que j’écrivais vaguement des bouquins. Lectrice, elle voulait savoir si j’avais un exemplaire à lui passer. Il m’en restait deux dans un placard, que je n’avais pas envoyé à deux éditeurs chez qui sévit un type à qui j’en veux. D’habitude je suis plus farouche, je ne fais pas tourner. Cette fois si. Autant que l’impression papier n’aie pas servi à rien. De toute façon elle ne lirait jamais, qu’est-ce que je risque ?
Méga-surprise quand elle est repassée deux semaines plus tard. Elle voulait qu’on parle du bouquin, elle avait des questions, des points qu’elle avait envie de développer. « Gifle de bonheur » est l’expression imaginaire la plus proche de ce que j’ai ressenti à ce moment-là.

Non parce qu’à force de se manger des lettres types de refus, à force que le temps passe, je me suis mis à penser que le bouquin que j’avais failli signer il y a un an n’était pas au niveau. C’est la rationalisation de l’échec. Parce que tu ne peux rien faire face à un assistant d’édition stagiaire surmené et un éditeur qui ne lira pas la moindre ligne de ton manuscrit. Alors que si TOI tu es mauvais, là tu peux agir. Vu que c’est de TA faute. Surtout, si le texte n’est pas au niveau, alors c’est « normal ». Ce qui est mieux que « injuste ».

J’avais tort.

Plus tard, j’ai profité de la manifestation d’un faible intérêt pour mes écrits de la part de potesses pour leur fourguer mes deux derniers exemplaires. L’espoir ravivé par ma première expérience encore chaude, je voulais confirmer l’instinct. Les potesses ont validé, on m’a proposé de passer un ou deux coups de fil à la rentrée. Au cas où.

J’avais eu tort de bazarder mon texte, ses réécritures et ses corrections au fond d’un lac, où il allait pourrir plus ou moins pour toujours. Un pimp, ça ne meurt pas comme ça. Il méritait mieux. Il ne s’est pas laissé faire. J’ai retrouvé un fond de rage quelque part, de quoi rallumer la flamme. Mon prochain sera mieux, mais celui-ci est déjà au niveau. J’ai perdu des batailles, mais pas la guerre.

La semaine prochaine, c’est septembre. Mon bouquin et moi on va faire la rentrée des éditeurs.

925 – Pyramid Raider

Cette semaine, une fois de plus, je ne pouvais plus tirer une thune. J’avoue que ça m’a pris de court, et que je me suis retrouvé à manger des nouilles à midi et du riz le soir le temps que j’exsangue un peu plus le fond de mon épargne (qui n’a d’épargne que le nom). A côté de ça j’ai commencé à remarquer qu’un bon tiers de mes chaussettes sont trouées. Enfin, je porte les mêmes baskets depuis plus d’un an donc c’est pas le pire. D’ailleurs je me demande si les gens de ma classe ont remarqué que j’avais littéralement deux pantalons différents (en attendant que je rentre dans mon dernier achat, ce qui est pas gagné avec les nouilles). De toute façon je vis dans un appart qu’à moitié meublé alors… Même si à côté de ça j’ai une PS3, une HDTV, un Kindle, un NetBook, un Sony NEX et plein d’autres conneries comme une brosse à dent à 100€. Je crois que j’ai un problème avec ma pyramide de Maslow.Vous connaissez la pyramide de Maslow ? C’est un concept un peu simpliste de marketing/sociologie qui définit en gros une liste de priorité des besoins de l’être humain normal. Tant que t’as pas satisfait les étages d’en dessous, psychologiquement tu t’investis moins dans ceux du dessus. Ca commence par les besoins physiologiques (manger, avoir chaud l’hiver, se doucher), puis les besoins de sécurité (avoir une maison, une assurance maladie). Puis on passe aux trucs plus intangible comme le besoin d’appartenance (je kiffe ma boîte, je suce mon école, j’ai un putain d’iPhone), le besoin d’estime (on m’aime !) et enfin le besoin de réalisation (ça y est, on a signé mon premier roman !!!). Ce schéma, certes simpliste explique pourquoi pas mal de gens sont trop occupés à payer les factures pour se demander s’il veulent devenir sculpteurs en poterie. En ce qui me concerne, la pyramide, je l’ai foutue sans dessus dessous.

Visiblement je préfère pouvoir regarder des séries en HD plutôt que d’avoir plusieurs jeans. Ou alors je suis prêt à manger des pates pour conserver mon budget lectures. Je survis à l’affiche que je me paye avant mon eastpack pourri vu que j’ai un Sony NEX à l’intérieur. J’irai pas jusqu’à dire que je me fiche des besoins physiologiques, de sécurité ou d’appartenance, mais visiblement je me contente d’une version assez basique de nourritures/fringues/appart’. En bon pervers narcissique je carbure à mort au besoin d’estime et de réalisation. Je préfère faire mon blog que bosser un truc pro à la bourre, c’est fucked up un peu quand même. Tout comme si j’ai moyen de faire bouger les choses au niveau de mes bouquins tout le reste devient secondaire, comme les cours, le taf’, tout ce que tu veux.

Je pourrais faire les choses dans l’ordre : manger sainement, me faire un joli appart’ qui me ressemble, m’habiller convenablement et socialiser avec les amis et tenter de me faire aimer. Mais ça serait manquer cruellement de temps pour le reste. C’est ça le truc sadique de la pyramide Maslow : le plus intéressant est tout en haut. Et à trop consolider les fondations on n’a jamais le temps d’aller venir se poser sur le toit et regarder l’aube d’un jour nouveau se lever. Mon petit triangle est sans dessus dessous, mais ça ira mieux.
De haut, en bas.