728 – The Getaway

J’avais déjà confessé ici l’absence de permis voiture dans mon portefeuille (à l’occasion d’une note qui prédisait déjà la 666, notez comme je suis malin et cohérent avec moi-même). A l’époque j’avais fustigé cette boite à roues bien merdique. J’essayais de rationaliser le truc, genre je vis en ville et du coup je n’ai que faire d’une voiture, et que quand j’aurai des responsabilités d’adulte comme une femme et des gosses j’irai feinter à l’étranger pour trouver le précieux papier. Ca c’était y’a presque deux ans. Et force est de constater qu’une fois de plus, le poids du temps qui passe effrite tout doucement mes convictions. Un de mes problèmes actuels, c’est que je commence à avoir envie d’avoir le permis, d’avoir une voiture. Pas pour aller bosser, pas pour aller à l’école, pas pour économiser sur les billets de train ni même partir en vacances plus facilement. Non. En vrai, je veux une caisse pour m’enfuir.

L’année dernière, quasiment au jour près, j’écrivais mon road novel. Un roman initiatique à travers les US of A traversés d’est en ouest en caisse. C’est dire si les escapades en voiture ça me travaille. Et j’espère bien reprendre et boucler ce projet qui me tient vraiment à cœur mais que j’ai stoppé net après avoir perdu une demi-douzaine de pages dans mon départ de l’agence. Ce week end j’étais allé voir Crazy Heart au ciné (don’t ask, accident de programmation) et à chaque fois que Jeff Bridges roulait dans le désert du midwest, tout seul à des dizaines de kilomètres à la ronde, ça me faisait vraiment rêver. En fait c’était les meilleurs moments du film, par opposition à tous les passages où il vomit face caméra pour gagner un oscar. Crazy Heart n’est qu’un exemple parmi tant d’autres. Ca me prend aux tripes chaque fois que je vois un mec se tirer, seul au volant, direction l’absence de civilisation.

Je crois que le problème, c’est Paris, pour changer. Quand j’étais sur Lyon il suffisait que j’aille à un terminus de métro et que je prenne un bus pour me retrouver au milieu de nulle part, peinard pour bouquiner ou juste dormir au soleil (Parc Chazière représente). Mais là, sur Paris, c’est foutu. Même en TGV tu ne vois pas l’ombre d’un champ à moins de quinze minutes de Gare de Lyon. Et quand j’étais à New-York, j’aurais voulu pouvoir louer une bagnole et partir, juste pour voir ce qu’il y avait derrière la ville, derrière la banlieue, derrière le truc d’après. J’ai comme règle absolue en cas de soirée de ne jamais aller à un endroit dont je ne puisse partir quand je veux. Sinon j’étouffe. Je crois que je suis en train de réaliser que je ne peux pas partir de Paris, que je ne peux pas me casser à loisir, sans préparatifs ni autre considération d’un plein d’essence.

Peut-être que si j’avais pensé à ça à l’époque où j’avais concrètement le temps, j’aurais fait un effort. Ou pas remarque, tellement ma haine de l’automobile peut prendre un tas de formes. J’en reparlerai sûrement à l’occase, tout en étant quasiment certain que j’aurais pas plus mon permis à ce moment là.

Demain, on parlera de dodo et de câlins.

90′S STAGE !!!

699 – Blowing A Smoke

Finalement ils l’ont lancée cette campagne anti-tabac. Enfin, lancée, disons qu’elle apparaît sur le web, accompagnée d’une levée de boucliers. La secrétaire d’Etat à la famille va même lancer une procédure pour l’interdire. On y voit des teens, à priori mineurs, sucer une cigarette qui dépasse d’un pantalon à pince avec une main qui leur caresse les cheveux. Slogan d’en dessous, « Dude, si tu fumes t’es l’esclave du tabac ! ». Du coup ça pète un peu des câbles à droite et à gauche. Les réactions sont épidermiques, on ne comprend pas comment on peut traiter les gens d’esclave, amalgamer une fellation à l’esclavagisme. On traite les créatifs de gros abrutis qui sniffent de la poudre et tout. Sauf que j’étais là quand la campagne a été créée. C’était quelques semaines avant mon départ de l’agence. Et sur le moment franchement moi je l’aimais bien cette pub. En tant qu’anti fumeur je la trouvais bien burnée et pile à la limite du mauvais goût. Du bon côté de la limite. Sauf qu’à l’époque, le slogan, c’était pas exactement le même.

Je l’aimais tellement bien cette affiche que je m’étais même proposé pour faire le photoshoot prototype, celui qui sert de prototype à exhiber en réunions pour validation avant un véritable shooting. Sachez que c’est particulièrement perturbant de prendre appui contre une braguette avec une cigarette, y compris pour de faux. Mais on s’était bien marré et le résultat final était même assez sympa. Il existe donc dans un de leurs ordinateurs une version de cette affiche avec ma tête, mon visage. J’en avais fait une copie mais j’ai pas eu le temps de la récupérer avant de filer. Dommage. Vraiment. Ca aurait fait un beau collector. Tout ça pour dire que la campagne a été conçue dans le fun le plus total, bonne ambiance. A aucun moment qui que ce soit n’avait trouvé ça too much, trop osé, trop à côté de la plaque. Moi y compris. Les médias et blogs avancent comme explication à cette hystérie collective la cocaïne qui, dans l’imaginaire collectif, est légion sur les bureaux des créatifs (en ce qui me concerne j’avais des Oreos blancs, chacun son truc). Perso, je pense juste que le premier slogan était bien meilleur et s’est simplement perdu en chemin.

A l’origine, l’accroche en bas de la photo disait textuellement « Faites plaisir à l’industrie du tabac, continuez à fumer ». Maïa serait contente. On assimile bel et bien la fellation à du plaisir et non une contrainte. Une révoltée de moins. Ce n’est plus les fumeurs qui sont pointés du doigt, mais l’industrie du tabac. C’est contre eux que cette première accroche se battait, engageant les fumeurs par ricochet à arrêter, pour cesser d’engraisser des gangsters en col blanc. On ne les prenait plus pour « des esclaves du tabac », qui est trop fort et peut-être un peu à côté de la plaque. Après qu’est-ce qui a bien pu se passer entre mon départ et la diffusion pour justifier les modifications de l’accroche ? Je n’étais plus là, je n’en sais donc rien et ne peut que supposer. Les filtres (see what I did there ? ^^) sont tellement nombreux qu’une bonne idée est souvent dénaturée en route pour des raisons plus ou moins valable. Je ne peux pas me permettre de m’avancer pour eux. Tout ce dont je suis certain c’est qu’à l’époque la campagne, je la trouvais vraiment bonne, et que maintenant, bah je crois que je comprends un peu ce lynchage généralisé.

Si vous voulez ne retenir qu'une chose de cet article, retenez bien ça.

Alors oui, même avec l’accroche de base ça aurait choqué, mais peut-être un peu de moins, en tout cas pour des raisons moins “glauques”. Et je l’aurais défendue jusqu’au bout, clairement. Tout ça pour peut-être dire que les créas ne sont pas forcément tous cokés, et qu’en fait la pub, c’est un boulot de précision, où c’est pas mal utile d’avoir un bon dico. Parce qu’il est facile de manier une image de travers, de renvoyer le mauvais message et stigmatiser les mauvaises personnes. Ceci tend à prouver deux choses. Que la première idée est souvent la meilleure (facile à dire, très dur à défendre dans la vraie vie). Et surtout que quand tout une équipe à la tête dans le guidon, elle ne réalise pas forcément que le message de base se dénature, puisque tout le monde a en tête l’intention et ne prend pas conscience de ce que devient le résultat.

Bon du coup ma critique du script de Last Man est repoussée à samedi, actualité parasite oblige. Demain, note 700, anniversaire, bilan, toussa.

612 – Ghost In The Shell

Ce soir, enfin, mercredi soir, il m’est arrivé un truc bizarre. En pleine discussion avec une copine chez moi, j’ai eu une sorte de flash, une vision, quelque chose de totalement aléatoire. J’ai vu une clairière en forêt, un petit champ. Sans savoir pourquoi j’ai pensé à du miel, l’odeur du miel, et les cadres plein d’alvéoles. Des couleurs aussi. Mais, surtout, la certitude que ce morceau de souvenir est lié à mon amie d’enfance, celle de vingt ans, de l’époque où sa mère était encore vivante, d’une maison de campagne. Sur le coup je me suis senti trop bizarre, submergé par cette espèce de vision du passé, floue visuellement mais complètement chargée au niveau des sens. Plus la soirée avançait, plus la nuit avançait, et moins j’étais sûr de l’authenticité du souvenir là où quelques heures plus tôt j’étais certain d’avoir remis la main sur un bout d’enfance perdue. Où comment je me suis retrouvé à me lever à 4h45 du matin pour tapoter cette note.

Je regarde l’heure et je me dis que je vais être complètement pulvérisé demain. Mais j’avais besoin de coucher sur traitement de texte le peu de certitudes qu’il me reste. Je pourrais appeler mon amie, lui demander si effectivement elle n’avait pas une maison de campagne à un moment. Le reste des bribes est trop mince pour en tirer quoi que ce soit. Et si, comme je doute de plus en plus, ces visions de paysages n’ont rien à voir avec elle ? Tout ce que je sais, c’est la date approximative, de l’époque où j’étais vraiment tout môme. A bien y cogiter au fin fond de mon lit trop petit, je retrouve d’autres images, qui n’ont rien à voir, plus provençales. Une arche en lierre, des rangers de Pêchers cerclés d’herbe jaunie, une rivière argileuse. Moi et mon frangin en train de faire sécher des sculptures simplistes. Une fois de plus je ne saurais dire précisément où, ni précisément quand. Ces souvenirs comme l’autre sont en train de mourir.

La mécanique cérébrale me fascine, je lis tout ce que je peux sur la question. Je sais que la mémoire est stockée en plusieurs endroits, que les informations se déplacent suivant la fréquence à laquelle on y fait appel. J’ai aussi lu quelques articles qui postulent que les plus vieux souvenirs, ceux qui n’ont pas une grande utilité, ou les traumatismes, finissent par être effacés, où repoussés si loin qu’il devient quasi impossible de remettre la main dessus. Si j’ai ressenti le besoin impérieux de foutre le peu de nuit qu’il me reste en l’air, c’est que j’ai peur d’être tombé sur le chant du cygne d’un bout d’enfance. Il y a un tas de raisons qui font que j’ai perdu pas mal de choses de cette époque. J’en parlerai peut-être un jour. Toujours est-il que celui là au moins, que mon amie le confirme ou pas, j’en garde une trace sur mon maigre blog. Quinze ans après l’avoir vécu, c’était peut-être la dernière fois que je le croisais. Et dans quinze ans, en fouillant dans mes vieux textes, s’il ne me dira rien, je saurais qu’il a existé.

Fuck. Cinq heures. Sans déconner. Avec le réveil qui sonne dans trois heures. Bon, allez, la bise, moi et mon boxer Dim on file. Rendez-vous demain où on parlera d’un truc beaucoup plus beauf. Zou. Bonne nuit au Reilly du passé.