Cet été je me suis retrouvé dans une pharmacie que je connais bien. Pour cause, la propriétaire n’est autre que la mère d’un de mes potes de primaire. Forcément, elle tient à taper la discute à ma mom. Comme si j’en avais quoi que ce soit à foutre de ce qu’est devenu Dimitri. Je veux dire, je l’ai en pote Facebook depuis perpète et on n’a jamais échangé le moindre mot. Pendant que les deux pipelettes dissertaient sur les mérites des brosses à dent électriques, j’ai scanné du regard les rayonnages de l’épicerie (surnom affectueux donné aux pharmacies par les étudiants en médecine). J’étais à la recherche des préservatifs, pour voir ce qui était mis à disposition. Mais rien. Il m’aura fallu un moment pour comprendre que les capotes étaient planquées dans un recoin de l’échoppe, invisibles à moins de faire le tour d’une étagère mise en plein milieu du chemin, bouchant la vue.

Y’a des choses comme ça, auxquelles on fait pas gaffe pendant des années. En ce qui me concerne, j’ai eu une révélation sur la place des préservatifs dans les rayonnages. Je ne peux pas m’empêcher de scruter, de cataloguer, de faire des statistiques mentales. Par exemple à chaque fois que je passe devant une pharmacie je regarde s’il y a un distributeur de capotes à côté (et s’il ne propose que le modèle de base ou bien des fantaisies en plus). Ou alors j’ai noté qu’au Monoprix le rayon préservatifs propose trois marques différentes sur une vingtaine de variétés, avec en combo les gels lubrifiants et autres anneaux vibrants. A l’Attac, pardon, le Simply Market, d’à côté, on trouve juste trois sortes de Durex planquées au niveau du sol, ce qui implique de lutter pour les voir et de se baisser pour s’en saisir. En face de la maison, au Shopi, ce n’est guère mieux, avec en plus le fait que les précieuses boîtes soient consignées derrière une vitre fermée à clef. Je vois bien les clients s’adresser à la caissière pour lui demander de sortir les capotes.

Je pense que tout ça, c’est à la fois un réflexe de survie (en cas de besoin urgent, où m’approvisionner ?) et une forme étrange de déformation professionnelle (tous les cours sur la mise en rayon, l’importance du nombre de références, de hauteur des produits et d’accessibilité). Toujours est-il qu’on peut déduire un tas de trucs à partir de la position de boîtes en carton. Prenez la pharmacie lyonnaise du début. Sa proprio est du genre old school dans son tailleur vieillot, à voter UMP et envoyer le petit Dimitri en collège catholique. Je sais bien que les amalgames, c’est un peu facile, mais tout de même. Comme ça je finis par cartographier mes commerçants, les quartiers, et sait qui mérite mon pognon si jamais je dois mettre la main à la poche. Y’a en tout cas de quoi faire un beau mémoire sur le sujet.

D’ici à ce que la motivation me saisisse, puissiez-vous garder les yeux ouverts et psychanalyser les opinions et névroses de vos boutiquier. Pendant ce temps là je vous prépare la suite de ma thèse sur les préservatifs en plein de parties.
Demain, c’est Pollux qui assure le texte.





