757 – Love-Friend

C’est souvent une jolie fille. Elle peut avoir des yeux paranormaux, le genre que tu pourrais tenter de reproduire sur Photoshop que tu n’y arriverais pas. Ou alors elle est hyper bien foutue, ses courbes ondulent doucement à chaque mouvement. Parfois, elle sent super bon. C’est toujours une fille adorable, drôle, spirituelle, spéciale, craquante, vive ou bien encore beaucoup plus maligne que vous. Faut pas s’étonner si l’envie vous prend de l’appeler amour, de la couvrir de petits noms profondément ridicules. En même temps, on s’en fout, entre elle et vous, rien n’est ridicule. Pas même le texto du fond du lit au milieu de la nuit. I missed you tonight. Vous n’aviez pas donné de nouvelles. Vous étiez à une soirée, au cinéma ou bien tout simplement en train de coucher avec une autre. Parce que cette fille, celle au bout du texto. C’est et ça restera une amoureuse platonique.

Généralement, l’amoureuse platonique est casée, mais jusqu’à la gueule. Son mec est le mec le plus cool du monde et le plus beau du monde et il l’honore multi-quotidiennement de son glorieux pénis jusqu’à ce qu’orgasmes multiples s’en suivent. Vous pouvez pas test. Personne peut test. En fait, à la seconde où vous espérez avoir votre chance avec elle, vous êtes mort. Dans votre esprit malade vous concevez un scénario où son mec se révèle être un connard fini, la trompant avec une sale pute, jetant sa copine dans vos bras puissants. Alors vous attendez votre heure, vous vous laissez à fantasmer, à imaginer comment on se sent, la joue posée contre son sein. Vous devenez jaloux, un peu agressif. Elle prend ça pour une évolution de l’humour potache qui vous unit. Jusqu’à ce vous fassiez une connerie, le mot de trop, la tentative de baiser ou la crise de jalousie/nerfs en direct. L’amoureuse platonique prend peur, s’enfuit, et non seulement vous êtes seul, mais vous êtes brisé.

J’ai commencé tôt avec les amoureuses platoniques. Au collège. A l’époque où elles avaient une excuse pour pas vous sauter : elles ne sautaient personne. Enfin, jusqu’au premier, qui de toute façon n’est jamais vous. Normal, vous êtes son meilleur ami, son amoureux platonique. Comme le premier des kikoolols j’ai grave ramassé à l’époque, à être le petit copain a sens unique parfait jusqu’à la baffe dans la gueule. Depuis, ça va mieux. Déjà parce que je suis moins en manque, ensuite parce que j’ai appris à les gérer, ou en tout cas à prendre ce qu’il y a avait à prendre. Je ne sais jamais vraiment comment elles lancent le truc. Trop délaissées par leur mec enfermé dans une routine pas encore assez usante, une soif d’être un peu courtisée par quelqu’un de neuf ou je ne sais quoi. Ca dépend. Un surnom affectueux après l’autre, des rendez-vous par texto ou des sorties « amicales » plus tard, et c’est plié. Vous avez une nouvelle amoureuse platonique.

Bien sûr il y a quelques trucs à prendre. Comme un shot de décolleté par webcam au milieu de la nuit, une embrassade volée sur le quai d’un métro ou un mot doux quand ça ne va pas. Tout ça jusqu’à la rupture progressive, le manque de nouvelles, un nouvel amant fantomatique ou simplement la fatigue de faire des efforts dans le vide. Car au final, tout ça reste assez creux. Les mots d’amour sans la sueur du sexe, c’est du même niveau qu’un plan cul pour qui on ne ressent rien, c’est creux, et ça peut vous épuiser plus qu’autre chose. Quand vous êtes trop mauvais, quand vous ne savez pas comment gérer ça, vous finissez comme moi du collège. Quand vous êtes au courant, que vous gérez, vous allez quand même vous coucher seul, pendent qu’elles dorment avec celui qui jamais n’a été inquiété.

J’aime mes amoureuses platoniques. Celles d’avant, celles de maintenant, celles d’après. Et toutes celles qui me jurent que ouais, à fond, si elles étaient pas casées, elle me sauterait grave et j’en pleurerai des larmes d’or liquide de bonheur. Elles sont illusoires, mais mignonnes, mais parfois tout ce que vous avez à un certain moment. Et puis, je les aime.

Par contre demain vous allez prendre cher avec une critique litté bonus !

664 – Book Review 110

A l’automne 2008 sort The Hunger Games, un bouquin de science-fiction pour ado. L’auteur, Suzanne Collins n’en est pas a son coup d’essai avec déjà une saga en cinq parties publiée. Mais c’est la première fois que le succès est aussi franc et massif. Carton plein niveau vente, le livre est propulsé phénomène aux Etats-Unis et le second volume s’arrache des étals en attendant la fin de la trilogie. Le premier tome est sorti chez nous pour les fêtes, même que l’éditeur s’est gavé en se fendant même d’un site internet dédié pour marketer le truc à fond. Problème, on a plein de défauts en France, mais on sait au moins s’ouvrir la culture étrangère. Dans ce cas précis, nous autres bouffeurs de grenouilles, on a vu Battle Royale il y a déjà dix ans. Là où les critiques US ont crié au génie, je n’ai vu qu’une pâle resucée de quelque chose de beaucoup mieux. Reprenons du début.

Katniss est une chasseuse dans un des douze districts qui composent ce qui a émergé des cendres des Etats-Unis. Le Capitole contrôle tous les districts, forçant ses habitants à vivre dans le dénuement le plus total tandis que les riches se gavent, bien à l’abri derrière leurs montagnes. Les pauvres se sont rebellés une fois par le passé. Ils ont perdu. Leur punition sera de distraire chaque année le Capitole en sacrifiant deux de leurs enfants dans un combat télévisé à mort. Lorsque la petite sœur de Katniss est tirée au sort pour participer, la benjamine prend sa place et part dans l’arène affronter vingt-trois autres candidats au massacre, parmi lesquels un ami d’enfance de son district. Mais Katniss est en bonne forme, agile et surtout sait manier l’arc comme personne. Peut-être qu’elle a sa chance après tout, à condition de trouver le courage d’abandonner une partie de son humanité.

Bon. Okay ça se passe pas au japon, okay c’est pas une classe scolaire entière, mais bordel qu’est-ce que c’est exactement la putain de même chose que Battle Royale ! Enfin non. Disons que là où Battle Royale explorait le thème de la perte de l’innocence et de l’amitié, The Hunger Games préfère se concentrer sur une plus actuelle et consensuelle critique de la télé réalité. Adieu aussi tous les petits moments hardcores qui rendaient Battle Royale dérangeant (je pense à la scène où la bonnasse du groupe propose aux mecs de baiser avant de les égorger pendant qu’elle jouit). Ici, sur douze couples de condamnés à mort, chacun en pleine adolescence, personne ne pense à se dépuceler ou tirer un coup pour la peine. J’adore la littérature pour ados. Même tarif pour l’ambiguïté morale vu qu’à chaque fois Katniss tue par accident, légitime défense ou pour achever. Et là vous vous dites que The Hunger Games, c’est quand même bien de la merde. En temps normal vous auriez raison. Sauf que non.

Suzanne Collins manque peut-être d’originalité mais connait son boulot. Le worldbuilding est plutôt bon même si pas toujours très cohérent. L’héroïne est une des moins pleurnichardes de la littérature pour ado de ces dernières années. On trouve quelques concepts cools, notamment vers la fin (pas de spoils). Surtout ce qui assure, c’est la narration. Chaque fin de chapitre assure son petit cliffhanger des familles et je me suis laissé prendre au jeu, à dévorer les pages de plus en plus vite au fur et à mesure que j’arrivais sur la fin. Fuck, je me suis encore fait avoir.

The Hunger Games est loin de la folie annoncée, surtout quand on a vu/lu Battle Royale. Mais pour une génération d’autistes culturels, j’imagine que ça doit être de la bombe. A mon niveau j’ai été agréablement surpris malgré mon léger agacement. Je pense resigner pour le second volume, histoire de voir ce qui se passe quand on sort du concept d’origine. On en reparlera.