774 – I Took The One Less Traveled By

Aujourd’hui, il y a un an très précisément, je récupérais mes affaires à mon ancien stage, bourrant au maximum mon pauvre sac à dos. Je crois que rarement dans ma vie je me suis autant retrouvé face au néant, à me demander ce que j’étais censé faire maintenant. On m’avait pas filé de manuel d’utilisation de l’étudiant en déroute. Bien sûr l’univers allait s’occuper des quelques jours qui allaient suivre, mais sur le coup, j’étais on ne peut plus dans le brouillard. Au moins j’allais avoir du temps, plein, pour faire mon mémoire et mettre à jour mon blog. Mission à demi remplie. Faut dire que ce lundi de l’année dernière, j’ouvrais Word et je commençais un nouveau bouquin, pour me vider la tête avant tout, et parce que je pouvais. Une décision parmi tant d’autres qui m’ont conduit jusqu’ici.

Cette année aura été bordélique à bien des égards. Même quand j’ai passé plusieurs mois à ne rien foutre, prostré chez moi ou au fond de la piscine d’amis, c’était encore le foutoir sous le crâne. Je crois avoir déjà pondu une note de blog sur le nombre de rencontres que j’ai pu faire en une dizaine de mois. Ca a défilé de l’autre côté de la table de café. Avec dans le tas des personnes qui se seront révélées être des gros connards de leur race tout comme d’excellentes surprise avec qui je partage sans peine la pizza du dimanche soir devant un DVD. Dans le même ordre d’idées je ne pense pas que j’aurais eu le temps de m’investir à ce point sur Twitter et dans les réseaux sans excès de temps libre. Au final j’étais content de retourner bosser et il est bien possible que je finisse ce mémoire de merde, rien parce que l’école me manque.

Non pas que je me sois tourné les pouces pendant ce temps. J’ai écrit, réécrit, accepté des petits tafs par ci par là (dont au moins qui ne me paiera jamais visiblement, freelance sa race). Je peine à m’imaginer où j’en serais sans ça, si j’avais continué ma route sans accroc, fini de réécrire mon premier manuscrit au lieu d’attaquer un nouveau, si j’étais retourné en cours, si là tout de suite j’étais à deux doigts de boucler mon Master et d’aller bosser. Dans l’opération j’ai gagné beaucoup plus que du temps, une infinité d’opportunités dont il n’appartenait qu’à moi d’en faire quelque chose. J’ai des pistes de voyage, de bouquin, de plein de choses encore en cours. Si je fête l’anniversaire de mon départ de stage, c’est que ça passerait presque pour un nouveau départ, un chemin différent donc les effets se font encore sentir, et qui m’amène plus que clairement quelque part.

Ce qu’il y a de pas si mal avec la vie, c’est que tant que vous n’êtes pas morts, bah ça ne s’arrête jamais, même (et surtout), quand vous pensez que c’est foutu. Affaires à suivre mais main sur le cœur, en souvenir de ma plus grosse connerie ever.

Demain on parlera de voyeurisme vidéo-ludique.

735 – A Tee For All Seasons

Je suis mardi lorsque j’écris cette note. Et le mardi c’est le jour de Lost. Enfin, c’est le jour de diffusion aux US of A. Du coup, ce matin en me levant, lorsque je fouillais dans mes fringues, j’ai fort logiquement choisi mon tee Lost, celui que j’ai piqué à Ubisoft, avec les nombres sur le devant. Dans le même ordre d’idée, quand je suis allé à l’inauguration du salon du livre j’avais mon tee Superboy (logo S rouge sur fond noir). Le même que j’avais porté pour aller discutailler avec Philippe Jaenada pile une semaine plus tôt (c’était avant qu’il dise que mon bouquin n’avait aucun intérêt, mais on en reparlera). De manière générale lorsque je vais à une soirée littéraire ou rencontrer quelqu’un du milieu, je m’équipe d’un tee Design By Humans. J’en ai un avec plein de lettres de partout et un autre où un type à la tête écrasée par une machine à écrire. Ca me semble logique.

Je fonctionne aussi dans une logique de panoplie. Par exemple je sais que l’ex femme de ma vie aime bien mon Threadless bleu « A hug is my favorite adhesive » ou mon rouge « The best kept secret is the one you don’t know about ». J’essaie aussi, dans la mesure du possible, d’aller la voir avec le jean et le pull qu’elle m’a offert l’année dernière. Lors de mon année de Master au Celsa, je faisais en sorte d’avoir toujours le même tee chaque fois que j’avais cours d’anglais. Je prétextais que c’était pour favoriser la mémorisation, alors qu’en fait je trouvais surtout cool de faire comme si j’étais un héros de dessin animé, qui s’habille toujours pareil. On me répliquait que ça faisait surtout clochard, alias le mec qui n’a pas assez de fringues pour varier. Riez, bande de gens pas funs du tout !

Reste mon côté cyclique. Par exemple j’ai pris soin de porter le même pull lors de mon entretien d’embauche et mon dernier jour l’année dernière pour le stage. Tout comme je vais tenter de porter les mêmes fringues que le premier jour quand je sens qu’il va y avoir rupture avec une fille. Tout ça pour dire que j’ai de graves problèmes. Je suis pire qu’une fashion victim, je suis une sorte de névrosé des fringues. Un sociopathe du t-shirt. Ca me fait penser à ce slogan sur un tee justement « Je complète ma personnalité à base de tees impertinents ». Je ne passe pas dix minutes chaque matin à choisir ma panoplie en fonction de la mode ou du temps qu’il fait, mais plutôt vis-à-vis de ce que j’ai envie de dire à un moment précis. D’où mon infinie rancœur et déprime quand j’ai fait exprès d’économiser un tee toute la semaine pour un rencard qui finalement est annulé à la dernière minute.

Le pire dans tout ça, c’est que je suis loin d’être tiré d’affaire. Les prochaines étapes de ma croissance vestimentaire sont, dans l’ordre, la veste de costard puis les chaussures de ville. Ensuite seulement il y aura remise en question des tees (pour sûrement un échange contre des chemises. Autant dire que j’ai pas fini de compléter mon infâme collection et de vous prendre la tête avec).

Demain on parlera de mes dents, et des filles du lycée.

704 – Opt Out

Un jour je me suis pris la tête, genre débat philosophique, sur la question du choix. Vous savez cette vieille dichotomie entre le destin et le libre arbitre. Je me souviens plus qui m’a dit un jour qu’en vérité, on a toujours des choix, au minimum celui de continuer à vivre ou pas. Rien que de se lever le matin est un choix. On s’est pas flingué dans la nuit. On a fait ce choix. C’est un peu extrême dans l’idée mais ça remet les choses en perspective. Et petit à petit j’ai appris à décortiquer les hordes de décisions que je prends à chaque seconde. Mon passé de joueur d’échec qui remonte, à triturer les possibilités, les statistiques. Mais je ne vais pas vous prendre la tronche avec ça de bon lundi. Non, en fait, je veux en venir à la décision de tenter d’embrasser une carrière d’artiste, et les milliers de choix au quotidien que ça implique.

On a de grandes décisions, comme les études. Comme le jour où j’ai dit à mon prof de dessin que je ne préférais pas intégrer l’école à plein temps, que je ne pensais pas être fait pour ça, malgré mon petit niveau. Je voulais aller à la fac, avoir un plan de secours. Puis y’a les petites décisions, comme prendre le temps de lire un article sur les avantages/inconvénients d’une narration interne, utiliser deux heures de libre à écouter deux écrivains discuter par-dessus un film que j’ai déjà vu. Les gens normaux, ceux qui aiment leurs études, leur job, qui ont des ambitions plus terre à terre à base de trois pièces en banlieue, leurs choix sont faciles. La société nous prépare et nous conditionne à savoir quelle est le bon choix pour s’épanouir dans la normalité, dans l’ambition banale (je ne dis pas péjorativement, souvent j’envie tous ces gars là, qui ne sont pas des connards égoïstes rêveurs comme moi).

J’aimerais bien être écrivain, que des gens que je ne connaitrai jamais lisent mes bouquins et en tire n’importe quoi de positif, à la hauteur de la thune qu’ils mettent dedans. Il n’y a pas de règles pour ça, pas de chemin tout tracé. Ou alors pas pour moi. Je vois plutôt ça comme la validation successive d’une multitude de choix au quotidien. Ca va de mes sites web préférés à quel stage me semble le plus pertinent vis-à-vis de ce que je désire vraiment et pas seulement vis-à-vis du plan de secours. On en reparlera. Rien que ce blog, qui n’aurait jamais débuté si j’avais pas eu peur de perdre la main à ne pas écrire trop longtemps, et qui n’aurait jamais continué si longtemps si j’avais pas rencontré des tonnes de personnes intéressantes, parfois en lien avec Le Plan. Sans oublier le choix le plus important, celui de continuer à y croire, celui de continuer à essayer, le choix de continuer à faire des choix.

Ca reste une de mes plus grandes peurs, celle d’abdiquer. Celle de me satisfaire de la normalité, de décider qu’à partir de maintenant je ne suis plus l’exception, je suis un mec normal, avec des ambitions normales. Ca ferait de moi un type qui dort mieux la nuit, qui se prend nettement moins la tête la journée, avec plus de temps pour lui. Alors parfois je fais des mauvais choix. Je procrastine pour ne pas me confronter au risque d’un échec, je fais l’impasse sur une mine d’information ou sur une rencontre. Mais je ne lâche pas pour autant. Parce que je suis persuadé que décrocher c’est quelque chose de presque définitif. Que tenter de repartir après avoir tout laissé tomber, ça demanderait un effort titanesque, potentiellement insurmontable. L’abandon est tellement confortable, moelleux de simplicité.

Alors aujourd’hui, demain, les jours d’après je vais faire des choix, le genre à faire flipper ma mère qui s’inquiète de mon avenir, à faire flipper mes vrais amis qui pensent que je leur consacre moins de temps, à désespérer mes professeurs, à énerver mes détracteurs. J’en oublie sûrement. Et un jour, sûrement, je serais sur ma montagne de papier, à pouvoir souffler et dire que ouais, putain, j’ai fais le bon le choix.

Au pire je peux toujours m’acheter un trois pièces à Levallois ou m’arrêter de respirer. Ca serait triste. Dans un cas comme dans l’autre. D’ici là, on se retrouve demain, si vous le voulez. C’est votre choix à vous.