1173 – Book Review 192

Ernest Cline est le type qui a écrit le film Fanboys.

C’était l’histoire d’une bande de potes en 1999 qui partent en road trip jusque chez Georges Lucas pour lui voler un exemplaire de la Menace Fantôme parce qu’un l’un deux va mourir d’un cancer avant la sortie ciné. Le film a subit les pires mésaventures au sein du studio où il était produit, avant de sortir trop tard, dans une version massacrée par les producteurs. Cline, le scénariste, était tellement dégoûté, qu’au lieu de rédiger un nouveau script, il a préféré se lancer dans la prose avec un premier roman. Ready Player One est le fruit de cet effort. Sorti fin aout après une bataille inter-éditeurs pour en acquérir les droits de publication, il s’est retrouvé propulsé directement dans le top des ventes, salué par des critiques dithyrambiques.

En 2044 les Etats-Unis sont presque devenus un pays du tiers monde. Les guerres causées par la disparition des énergies fossiles ont laissé la planète dans un sale état. Alors les gens s’évadent dans l’OASIS, un mélange entre réseau social et jeu massivement multijoueur. Passer sa journée à faire du shopping pour son avatar, aller affronter des dragons ou visiter des recréations de planètes de films cultes, tout est possible. A la mort de James Halliday, le créateur du réseau, celui-ci a révélé avoir caché une quête au sein de l’OASIS. Celui qui la trouvera et la mènera à son terme deviendra son seul héritier. Depuis des années Wade, un adolescent pauvre d’un bidonville US, cherche le premier indice qui le mènera au trésor mondialement convoité. Tout ce que les quêteurs savent, c’est qu’Halliday était fan des années 80 et qu’une connaissance pointue de la pop culture leur sera nécessaire pour triompher du jeu.

Mais dans l’ombre la multinationale qui administre le réseau est aussi à la recherche de la quête ultime, leur seul obstacle dans la prise de contrôle total de l’OASIS. Et eux sont prêt à tuer, dans le monde virtuel et réel.

Ready Player One est un roman générationnel. C’est-à-dire que si l’on s’y aventure sans les clefs culturelles, il est complètement imbitable. Il y est fait référence à des jeux Atari obscurs, aux séries TV des années 80, aux différences entre les montages successifs de Blade Runner et ainsi de suite. Mais pour quiconque gère un minimum à ce niveau, le livre est un véritable bonheur. Car Cline s’appuie sur les années 80 pour raconter une véritable histoire au lieu de simplement se vautrer dans une nostalgie bas de gamme. Assez vite on voit même émerger des thèmatiques on ne peut plus actuels : monétisation à outrance des réseaux, neutralité du net, anonymat des avatars ou relations amoureuses 2.0. L’aspecte science-fiction du texte revient à la racine du genre : commenter l’actualité de manière déguisée.

En bonus l’histoire en elle-même est plutôt bien foutue, et assez courageuse puisqu’on a des morts, des gros moments de tension. Ca faisait des mois que je n’avais pas laché un bouquin une fois rentré chez moi, préférant allumer ma lampe de chevet et dévorer quelques chapitres de plus avant de passer à autre chose. Ready Player One était écrit pour moi. Et je pense que si c’est écrit pour vous, à ce stade, vous devriez le savoir.

Si tel est le cas, sincèrement, n’hésitez pas.

BUY STAGE !!!

Ca coute un peu moins de 17 euros avec une zolie couverture cartonnée.

1166 – Get Smurfed

A la base je voulais vous parler la lettre refus type de POL que j’ai reçu vendredi. Mais j’ai beaucoup mieux. Je vais vous parler du film des Schtroumpfs !

Sans déconner.

J’aime me confronter au truc infâme que personne ne va affronter. Ca se moque après coup en mode « comment t’as pu oser t’infliger ça, t’as vraiment des goûts de merde ». Oui sauf que je peux parler et mépriser en connaissance de cause. Je suis allé en enfer et j’en suis revenu. Je détiens la vérité.

A savoir que Les Schtroumpfs le film, c’était pas si mal que ça.

Déjà les acteurs humains sont en mode serious business, ils paient leurs impôts, mais avec professionnalisme. Neil Patrick Harris assure en directeur marketing futur papa (personnage à chier) tandis que Hank Azaria joue Gargamel à fond, sans aucun second degré. On admire. Ensuite les Schtroumpfs ne sont pas si insupportables. Okay on a un Schtroumpf gay qui organise le spectacle du village et s’admire dans le miroir. Mais on a un Schtroumpf narrateur qui fait la voix off, ce qui est DROLE. Oui j’ai ri et je vous emmerde. Tout comme j’ai marché à fond que NPH google les Schtroumpfs et découvrent que ce sont des créatures mythiques belges ou quand le grand Schtroumpfs recopie des recettes de magie depuis une BD de Peyo.

META !

Et comment résisté à la fin quand le grand Schtroumpf fait un câlin à NPH ? En 3D en plus !

J’aurais eu 6 ans j’aurais adoré de bout en bout. Pas de chance j’ai 25 piges et je me suis rarement senti aussi agressé par les placements de produits. On a une séquence qui dure TROIS MINUTES durant lesquels NPH et les Schtroumpfs jouent à Guitar Hero. Le Schtroumpf grognon drague pendant DEUX MINUTES une poupée miss M&Ms alors qu’au même moment la Schtroumpfette découvre le consumérisme au rayon Barbies du supermarché : « Ca alors on peut porter plus d’une seule robe ?! Je les veux toutes ! ». Au-delà de l’odieux merchandising on a droit à tous les poncifs merdiques des comédies à bonhommes en images de synthèse d’hollywood : un passage en rap, une chute dans les toilettes, une référence à une chanson de Katy Perry et des blagues sur qui a pété. Voilà voilà.

Au moins le running gag du film qui consiste à ce que tous les personnages humains du film fassent remarquer aux Schtroumpfs que leur chanson est horripilante est très drôle.

Nous étions une grosse douzaine dans la salle de deux cent places. Que des adultes, qui ont ri deux trois fois. La 3D était cool et le film était beaucoup moins merdique que prévu. C’était au final plutôt efficace, même si très sale. En vérité je m’attendais à bien pire que ce que j’ai vu. Il faut par contre gratter sous la croute et survivre aux moments qui vous donnent envie de vous éclater la tête contre le dossier d’en face.

Ce n’est possible qu’en ayant 6 ans d’âge mental, ou mon incroyable capacité à voir le bien partout, même au milieu du néant moral qu’est Hollywood.

Vivement 2013 pour le II.

TRAILER STAGE !!!

1136 – RebootPoint

Le monde a changé. Barry Allen le sait. L’Europe n’est pas censée avoir été pulvérisée, Wonder Woman n’est pas censée être un tyran assoiffé de pouvoir et Batman n’est pas censé être Thomas Wayne, seul survivant de braquage qui a coûté la vie à sa femme et Bruce, son fils. Surtout, Barry devrait être capable de puiser dans la Speed Force pour devenir le Flash. Ce qu’il ignore, c’est que le professeur Zoom, l’anti-flash, a remonté le temps et saccagé le cours normal des choses. Tel est le pitch du super méga évènement en cours de l’été de DC Comics : Flashpoint. On pensait qu’il s’agissait d’un crossover de plus, une histoire qui se terminerait par un retour à la normale. Oui mais non. DC Comics a annoncé la semaine dernière qu’à la rentrée, l’intégralité de sa gamme de comics de super-héros sera rebootée. Cinquante-deux titres paraitront avec un No 1.

Plusieurs super-héros dont Superman auront rajeunis d’une dizaine d’années, des mort seront ressuscités tandis que des centaines de points de détails seront effacés. C’est un reboot sélectif et un relaunch total de la gamme.

J’ai déjà parlé ici du dilemme des comics de super-héros, contraints par la narration d’aller de l’avant, alors que le marketing exige qu’ils restent les mêmes. Le premier Robin peut reprendre le flambeau de Bruce Wayne, mais pas longtemps. Superman peut rompre avec Loïs, mais pas longtemps. Et ainsi de suite. Tout pour qu’on puisse vendre les mêmes figurines, diffuser les mêmes dessins animés et produire des films qui doperont les ventes papiers et vice versa. D’ailleurs, Warner Bros a décidé que puisqu’ils sont à court de Harry Potter à filmer, ils allaient tout miser sur le catalogue de DC Comics. Raison de plus pour s’assurer que les versions papiers soient « new-reader friendly », reconnaissables, faciles d’accès. Sauf que Batman a un môme, que quatre Flashs courent en même temps et qu’il est impossible de suivre Green Lantern sans la prise mensuelle de Ritaline.

Flashpoint est donc l’excuse parfaite. On tripatouille le temps, du coup pourquoi pas dire qu’à la fin de l’évènement, tout ne redevient pas complètement comme avant ? Vous vous souvenez des retcons ? On ne peut pas trouver un bouton reset aussi imparable : « On a changé le passé ! Fuck you ! ». Pour une fois c’est simplement quelque chose qui affecte l’intégralité des publications d’un éditeur. On ne répare pas un titre à la fois, on change TOUT. Jusqu’aux costumes. Comme ça on pourra vendre plein de nouvelles figurines et si les gens grognent trop on réintroduira les anciens pour donner un coup de fouet aux ventes. Car il est aussi de ça dont il est question. Tous ces numéros 1 vont attirer les lecteurs qui avaient décrochés de DC à cause du bagage, de l’historique. Ce n’est pas la première fois qu’un éditeur US tente ça. Des fois ça marche (Final Crisis dans les 80s), des fois non (Heroes Reborn dans les 90s).

Plus qu’à attendre les premières réactions en septembre, après Flashpoint.

Première illustration du reboot, notez le col en V de Superman ou le cache-menton de Flash.

D’ici là on aura eu le temps d’ingérer la vraie info. DC Comic en a profité pour annoncer qu’à partir de ce relaunch, l’intégralité de ses publications sera disponible le même jour en numérique. Il suffira d’avoir un ordinateur ou une tablette pour se passer de l’aller-retour au comics shop. Jusqu’ici tout n’était pas disponible, ou alors en différer. Parce que le marché n’était pas encore mur et pour ne pas emmerder les revendeurs physiques. Mais le futur est parmi nous et DC est prêt à parier dessus. Les réactions de la part des lecteurs sont ultra positives. Surtout en France où l’on paie des taxes d’importations violentes sur la VO. Plusieurs amis pensent s’y remettre en numérique et moi-même songe doucement à arrêter de pirater des scans si Marvel s’y met. Au moins pour les titres que je n’ai pas envie de relire/prêter.

Pour ça un bon vieux recueil papier fera toujours mieux l’affaire.

Toujours est-il que cet été va devenir de plus en plus intéressant en ce qui concerne l’avenir des comics. Je ne pense pas que les autres éditeurs attendent de voir le résultat du passage au digital de DC avant de suivre. Ni que les revendeurs spécialisés se laissent faire sans bras de fer. Change is coming.

Et puis, avec un peu de chance, Superman va redevenir lisible.