1025 – Stop Trying To Fucking Fix It

Spider-Man est le personnage que j’ai le plus dessiné de toute ma vie. Depuis le collège je dessine des Peter Parker, des Spider-Man. J’ai même beaucoup étudié la question, à lire des conseils de grands artistes tels que Mike Wieringo, Humberto Ramos, J. Scott Campbell, Romita Jr, Chris Bachalo. Lorsque je chassais les dédicaces je demandais à chaque dessinateur Américain systématiquement le même crobard : Spider-Man en costume, sans son masque. Aucun ne m’a jamais demandé une référence graphique. Tout comme je peux dessiner le costume de Spidey dans le noir sans la moindre faute. Parce qu’il est simple, parce qu’il est iconique, parce que malgré les 9000 variations inventées au fil des années, l’original est parfait.

Puis jeudi Hollywood a sorti la première photo officielle du reboot de Spider-Man, ou Spider-Man IV, avec Andrew Garfield en costume, sans son masque.

BORDEL DE FOUTRE DIEU DE SA MERE !!!
Spider-Man a une ceinture rouge au niveau de la taille ! Pas une espèce de langue cheloue sur les abdos ! Spider-Man n’a pas besoin de zébrures sur ses gants et son bras pour faire « dynamyk roxxor » !
Okay, pour la défense du réalisateur de 500 days of emo, le choix d’Andrew Garfield semble bon. Il a une mèche à la cool, il est mignon, il est assez jeune et surtout il a une musculature sèche. Fuck you Tobey Maguire. Mais comme d’habitude avec Hollywood, c’est deux pas en avant, un en arrière.

Si la texture ballon de basket ne me dérange pas (je trouvais l’ancien rendu trop « tissu ») et si je suis heureux de voir disparaitre la toile argentée (trop bling), je ne comprends pourquoi les changements à l’îcone. Je veux dire. Quand bien même ce serait une bonne idée là tout de suite, ça ne tiendra jamais le passage du temps, ça sera toujours le costume « différent » du film. Pour les gosses qui lisent la BD, regardent les dessins animés. Je ne m’explique pas la disparition de la ceinture. Par contre les bras c’est assez proches du costume de Miguel O’Harra, le Spider-Man de 2099.

Car oui, dans le comic, on a autant de versions du costume que l’on veut. Du super cheap de Ben Reilly (une combi rouge et un sweat shirt à capuche) au plus commercial actuel (noir avec des néons colorés à la Tron pour coller à la sortie du film de Disney, maintenant propriétaires de Marvel) avec toutes les variantes du monde.

Le costume original est parfait, tout comme sa version noire du symbiote. Les costumes agressifs de Scarlett Spider et Spider-Man 2099 souffrent de leur design années 90. Celui de Spider-Man Reboot affole mon sens d’araignée. Le fan en moi hurle à l’hérésie. L’aveugle veut croire que c’est un costume transitoire dans le film. Le pragmatique sait qu’il ira voir le film quand même.

Le réaliste sait que dans tous les cas, je suis beaucoup trop attaché au matériel d’origine pour ne pas sortir dévasté de cette nouvelle adaptation montée à la vas vite avec un réalisateur de soaps et un budget moyen.

A moins que…
Mais là, c’est mal parti. La ceinture putain… LA CEINTURE !

DEADPOOL STAGE !!!

Deadpool a lui aussi quelques idées. Il devrait bosser à Hollywood.

1015 – Book Review 165

Longtemps j’ai joué avec l’idée de lire Lolita. La taille, l’ancienneté, la réputation du livre m’ont empêché de m’y mettre. Régulièrement je tombais dessus. Une copine en a un exemplaire sur sa bibliothèque qu’elle s’est proposé de me prêter. A New-York en décembre dernier j’ai vu une édition avec une superbe couverture et si je n’avais pas été à sec je serais reparti avec. C’est finalement en numérique que j’ai fini par attaquer le chef d’œuvre de Nabokov. En langue anglaise attention, car le manuscrit a bel et bien était écrit dans la langue de Shakespeare, avec en bonus quelques phrases de français dans le texte. Fun fact, le roman écrit en anglais par un russe naturalisé américain a d’abord été publié en France.

Bon, j’arrête de tourner autour du pot : je me suis emmerdé comme un rat mort durant les deux tiers du bouquin que j’ai réussi à lire avant de lâcher l’affaire après m’être convaincu pendant deux semaines que j’arriverai à reprendre ma lecture.

Lol donc.

L’histoire d’abord, qu’on sache de quoi on parle. Humbert est mort en prison, mais a laissé à son avocat le récit de sa vie sentimentale, qui l’a conduit derrière les barreaux. Il y confesse sa folie pour les nymphettes, ces jeunes filles pas encore écloses qu’il désire plus que tout. Après quelques aventures dans sa jeunesse il finit par se focaliser sur la fille de sa logeuse américaine : Dolores Haze, qu’il préfère appeler Lolita. Après une phase d’entre deux, il finit par choper la gamine, qui se laisse bien faire et prend goût à mener à la baguette son nouvel amant. Puis la logeuse décède et Humbert devient le gardien de Lolita jusqu’à ce que sa puberté et ses camarades masculins de classe commencent à la titiller. Puis… puis…

Puis je suis allé voir sur Wikipédia la suite en fait. Quelque part je regrette parce que la fin avait l’air cool.

J’ai mis un moment avant de comprendre le problème qui m’a empêché de finir Lolita. Enfin j’ai compris. D’une je méprise les deux personnages principaux. Humbert est un pauvre type pour qui seul le physique compte, lâche, méprisable et sans le petit quelque chose qui arriverait à me le rendre intéressant. Dolores est une sale gamine pourrie gâtée, sans aucun hobby ou intérêt, qui se fiche de découvrir la culture et le monde et préfère jouer de ses charmes pour s’en sortir. Une ado quoi. Dans les deux cas je n’avais pas envie de me préoccuper de leur vie, je ne dois pas être équipé du truc qui fait qu’ils m’accrochent. Ce qui me faisait tenir au début c’était l’écriture, splendide et magnifique, pleine d’images et d’effets. Malheureusement c’est ce qui a fini par me rebuter. L’intrigue patinait dans un temps mort et l’écriture virtuose ne faisait qu’alourdir l’avancée du texte, j’avais l’impression de m’embourber, de batailler.

J’ai lâché prise.

En fait je pense que le problème c’est que j’ai lu Lolita trop tard. L’intrigue, les thématiques, tout ce qui faisait le souffre et le scandale à l’époque de la sortie du livre a été intégré, digéré et recraché tellement de fois dans tout ce que j’ai culturellement gobé depuis mon enfance, que l’original me parait fade. Alors qu’il n’est pas sensé l’être.

Je sais que Nabokov est un génie de littérature, je sais que Lolita est un texte fondateur et important. D’ailleurs je m’en rends compte en le lisant. Seulement pour moi ça ne marche plus. J’ai trouvé The End Of Alice beaucoup plus dérangeant et puissant. Mais est-ce que ce livre aurait existé sans Lolita pour ouvrir la voie. Sans doute pas.

La littérature est comme le reste du monde, elle se construit sur les ruines du passé. Lolita était creuser trop profond pour moi. Quelque part je regrette de pas avoir apprécié autant que j’espérais.

Au moins maintenant j’ai lu, et je sais.

959 – Book Review 159

Attention c’est compliqué. Au départ je suis fan du travail de Celia Calle, une artiste US, à cause de ses couvertures du comic trop sous-estimé American Virgin. En allant sur son site y’a deux ans j’ai commandé un poster pour mon appart’ (jamais affiché car j’ai pas de cadre). Du coup je suis sur sa mailing list, et j’ai reçu le mois dernier la notification de la sortie de son premier artbook. Le truc est trop cher même si je sais que je vais le pendre. En attendant j’ai checké les projets en cours de Calle. Elle adapte actuellement le roman Wuthering Heights. Ca ne me dit rien mais si Célia kiffe, c’est potentiellement bien. Alors je me renseigne et je réalise assez vite qu’en fait, c’est les Hauts de Hurlevent. Et là tilt, forcément, le titre français de ce classique me dit quelque chose. Qui dit classique dit libre de droit, donc disponible en numérique gratuitement sur le site du Projet Gutemberg. Un téléchargement plus tard et je m’y mettais.

Donc oui, un cheminement super merdique pour arriver à un bouquin que vous avez sûrement déjà lu au collège. Comme je préfère espérer que je ne suis pas le seul à ne pas savoir de quoi ça parlait, je résume. En gros c’est l’histoire d’Heathcliff, un vagabond recueilli par une riche famille en Angleterre. Il grandit donc dans un manoir sur la colline de Hurlevent. Sauf que le vrai fils du maitre des lieux devient jaloux du nouveau venu et lui pourrit la vie. Catherine, la fille, s’attache cependant à Heathcliff mais préfère se marier avec un autre dans le but d’utiliser sa nouvelle position pour sortir Heathcliff des griffes de son bourreau. Sauf que l’adopté vit mal ce qu’il considère comme un abandon et part, le cœur brisé, vivre loin des Hauts de Hurlevent. Lorsqu’il revient plusieurs années plus tard, c’est un homme changé, plus épais, plus fort, plus haineux. Car il n’aura de cesse que de détruire la vie et de pousser à la mort ceux qui l’ont bafoué.

Wuthering Heights est l’unique roman d’Emily Brontë, soeur de la beaucoup plus célèbre Charlotte. A sa sortie, le roman reçoit des critiques mitigées. Il faudra que Charlotte le réédite un peu plus tard pour que le texte s’élève au statut de classique dont il reste auréolé encore maintenant. Le problème c’est qu’à titre personnel, je m’y suis pas mal ennuyé. En gros on est censé considérer Heathcliff comme un personnage tragique, aveuglé par sa haine égale à l’amour qu’il portait à sa Catherine. J’ai jamais pu le voir autrement que comme un gros connard qui choisit de se venger autant sur des innocents que des coupables au lieu d’être meilleur et de profiter de la mort de ses tortionnaires pour s’apaiser. Tout le long je me demandais pourquoi personne ne lui collait une balle entre les deux yeux, ou lui plantait un couteau dans les tripes. La preuve, c’est qu’à la fin [Spoiler Alert] il meurt et que les survivants deviennent on ne peut plus heureux. A ce compte-là, avec un coup de chevrotine au bout de cent pages et ça aurait été réglé.

Voulant faire mon chaud, j’ai lu le livre en anglais dans le texte. Anglais du dix-neuvième. Donc un personnage s’exclame, il « éjacule » ou quand un truc est étrange, il est « queer ». D’ailleurs un « colt » c’est un cheval. OKAY ? En vrai c’était cool parce que y’a des bonnes phases mais l’ensemble fut long et pénible. Moins que la structure ceci dit. Le livre a ça d’étrange que son rythme est uniforme. Je n’ai pas réussi à dégager des parties distinctes, des mouvements dans l’histoire. Ça avance au même rythme de bout en bout, sans répit ni crescendo. Étrange, déstabilisant, mais non sans un certain charme.

Quand j’avais évoqué l’idée de lire les Hauts de Hurlevent j’avais lancé un petit sondage facebook. Au final c’était du quarante voix pour (90% de filles), une dizaine contre (90% de garçons). Parait qu’une édition récente du livre affichait le bandeau « le livre préféré d’Edward et Bella dans twilight », à cause de l’amour interdit et tout. Sauf que j’ai trouvé Heathcliff détestable et Catherine stupide. L’un dans l’autre, je crois que je suis passé à côté de toute la portée tragique et romantique du bouquin.

Dommage. Je reste content de l’avoir lu. Je me sens tout plein de culture maintenant.