238 – Moving Mountains

L’autre jour je lisais un roman de merde (je vous en reparle la semaine prochaine). Et l’auteur, qui se pensait sûrement super intelligent, a fini plusieurs chapitres par des formules à la con de type :

“Sur le coup, je n’ai pas du tout imaginé les conséquences de ce que je venais de dire. C’est donc en toute innocence, je crois, que je lui ai menti. Pourtant je ne me peux m’empêcher de me sentir reponsable de ce qui eu lieu par la suite”.

Ce qui revient grosso modo à dire “Attention, si vous continuez à lire, il va se passer plein de trahucs de ouf !”. De la part d’un branleur qui vent des dizaines de miliers de bouquin, c’est quand même la lose. J’étais tellement choqué que j’ai sorti le stabilo pour surligner toutes les conneries de ce genre pour pouvoir les ressortir plus tard (ce qui fait de moi un critique pro non ?). Car il faut savoir que l’art du cliffhanger est une de mes passions dans la vie. La suspension à la falaise, alias la pointe de suspense de ouf qui fait que tu as viscéralement besoin de savoir la suite, de continuer à avancer dans une intrigue. Et croyez moi, annoncer que plus tard, il va se passer des choses, c’est le degrés zéro du cliffhanger.

Ca c’est pas un cliff, c’est un teasing !!! Ceux qui savent, dites rien.

Tiens, tant qu’on est, vous avez une idée du niveau un poil au dessus, mais encore trop proche du zéro ? Le cliffhanger à base de “Oh my gad le vaisseau/voiture/immeuble a explosé ! Et le héros était dedans !”. Une crasse encore trouvable dans un récent Lanfeust (premier exemple qui me venait à l’idée). Sans déconner ça coûte quelque chose d’arrêter de prendre ses lecteurs pour des cons ? Le côté positif de l’abus d’une telle merde créative c’est que maintenant on a un nouveau moyen d’avoir des purs cliffhangers : la mutilation ! Tu veux faire flipper pour ton héros, au lieu de lui faire une fausse mort hors écran, tu fais subir le putain de sévice directement. C’est quoi le plus efficace, finir sur une voiture qui explose ou sur un héros empalé par le vilain ? Techniquement ça revient au même, mais dans l’idée y’a une des solutions qui insulte un poil moins l’intelligence du lecteur. Mais je vois vous interroger dans le confort de votre fauteuil IKEA. Bon sang Le Reilly ! C’est quoi un bon cliffhanger ?!

Il convient de se tourner vers notre maître à tous, j’ai nommé Brian K. Vaughan, scénariste comics et TV qui a elevé le cliff au rang d’art. Voilà ce que j’ai appris de son taf’. Le cliff idéal puise dans l’intrigue, rajoute une pierre (révélation/rebondissement) dont les implications sont comprises par le lecteur. Exemple, un héros qui fait semblant de mourir, ça ne te dit rien sur la suite de la trame. Mais un traître qui se dévoile (pour rester dans le classique), ça donne une idée au lecteur/spectateur sur ce qui va se produire. Utiliser la connaissance du recepteur et stimuler son imagination, c’est ça la clef. Qu’il réalise qu’on lui a baisé la gueule, qu’il est complètement impliqué dans le récit, au point de théoriser sur la suite, au point de vouloir vérifier ses théories. Et croyez moi, passé les cinq ans d’âge mental, on se doute que le héros n’est pas mort, ou qu’il va se passer un truc dans le chapitre d’après (là encore pour désamorcer le truc, autant annoncer direct ce qu’il va se passer). Mais c’est le genre de trucs qui demande un peu de talent, beaucoup de creusage de tête et un vrai amour de son taf’. Et comme dans tout ce qui est artistique, on gagne pas à tous les coups, mais l’important c’est de réellement essayer.

Ca faisait un moment que j’avais envie de faire mon petit exposé sur le cliff, parce que c’est clairement le genre de trucs qui fonctionne à mort avec moi. D’ailleurs je dois vous laisser, faut que je compte le nombre de minutes jusqu’au prochain numéro de Wolverine. Need de savoir pourquoi dans le futur il veut plus se battre !!!

Demain, je continue ce début de semaine spécial “trop d’écrivains sont mauvais” avec un retour chez les Mormons.