1012 – Cine Club 109

Cette semaine j’ai regardé un des plus gros flop de l’année : Flipped. Le truc a couté 14 millions pour en rapporter au final même pas 2. Autant dire que vous ne le verrez jamais sortir chez nous, et surement jamais tout court. Ce qui est un peu dommage, vu que c’était plutôt pas mal. Oh et c’est fait par Rob Reiner, le mec derrière la caméra de Princess Bride, Misery ou encore Quand Harry rencontre Sally.

A l’origine un petit roman best seller pour enfant, Flipped raconte l’histoire de Jamie et Bryce, deux enfants voisins dans les années 50 aux Etats-Unis. Dès le départ Jamie tombe amoureuse des yeux de Bryce et le garçon trouve la fille aussi gluante que pénible. Seulement au fil du temps Bryce en arrive à se demander si Jamie est pas plus profonde et intéressante qu’il ne s’imagine au moment même où elle remet en question son adoration inconditionnelle pour le garçon. L’intérêt étant qu’au-delà de l’aspect comédie romantique en culottes courtes, Flipped parle surtout de principes et de ce qui fait que l’on devienne ou pas une personne correcte.

Mais ce qui m’a surtout plu dans Flipped c’est sa structure narrative : on dirait un livre. Le film alterne les points de vue et la voix off donnant deux perspectives à chaque petite scénette, une de Jamie et l’autre de Bryce. Chaque évènement est vu sous deux angles, avec deux narrations différentes, avant de passer au « chapitre » suivant. Ces évènements durent entre 5 et 10min, pourraient presque être chapitrés et dotés d’un titre. J’ai apprécié ce côté bien structuré, qui accélère le film en le rendant digeste.

Une des raisons du flop de Flipped (flipflop ! pardon…) tient à l’aspect visuel. L’histoire se déroulant il y a cinquante ans, l’image est volontairement un peu jaune, les costumes et décors sont bien kitchs (mention spéciale aux feuilles en plastique de l’arbre géant, qui ne survivent pas à la haute définition) et peuvent dérouter, surtout dans un film pour enfant. Ceci étant dit les acteurs, principalement des inconnus ou habitués aux seconds rôles sont top. La gamine est tour à tour flippante et mignonne tout comme le garçon possède une coupe de cheveux épique des années 50.

Je n’ai pas eu besoin d’avoir douze ans pour apprécier Flipped, regretter qu’il ne sorte pas chez nous et envisager de vous le conseiller. Dans le genre mignon, pour tout le monde et assez bien fichu. En cette fin de vacances, pour un soir en solitaire avec mon Pepsi Max, ça l’effectuait.

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970 – Reviewtopsy 04

Neuf écrans. C’est l’étendue totale du nombre de salles ayant décidé de diffuser chez nous le remake US du Diner de cons, renommé The Dinner pour l’occasion. J’ai bien senti qu’absolument personne en France ne le verra. Ever. Alors j’ai flairé l’expérience unique, j’ai enfilé ma veste et je suis parti au Publicis mardi soir. Séance de 22h, moins de quinze personnes dans la salle. J’y croyais un peu je vous avoue, parce que j’adore Paul Rudd, Steve Carell et Zach Galifianakis. Bon, okay, avec le réalisateur de Mon beau-père et moi derrière la caméra et un score au box office US très moyen. C’était pas gagné non plus. Tout de même, à un niveau purement sociologique et artistique, c’est toujours très intéressant de voir comment les ricains remakent des œuvres étrangères : soit avec une fidélité flippante, soit en prenant des libertés. Beaucoup de libertés.

Surprise, la pièce est toujours là. Plus ou moins. On a bien le con qui s’incruste chez Paul Rudd et lui pourrit la vie. On a Rudd qui se nique le dos, sa maitresse nymphomane qui débarque, l’ami du con qui est controleur fiscal, la femme qui s’en va, qui revient. Tout est plus ou moins là. Le truc, c’est que tout ça n’est que la moitié du film. Les ricains nous offrent une prequel ET une séquelle à l’œuvre originale. Quand le truc commence, on se paie une bonne vingtaine de minutes d’exposition. Paul Rudd est sur le point d’avoir une augmentation dans sa boite de douchebags, mais pour ça il doit impressionner son patron en participant à un diner de crétins (tss tss pas de gros mots), au début il veut pas (tss tss le héros a bon cœur) mais tombe sur Steve Carrell, qui empaille des souris avant de les déguiser. La bonne idée du film qui rend très bien.

Et là, on embraye sur la pièce, adaptée en mode pseudo dynamique (ils vont en voiture jusqu’au fisc, le con dort chez le héros, l’accompagne à un déjeuner d’affaires etc…). Chez les ricains, on aime pas trop l’unité de temps et de lieu. Puis on boucle la pièce, le con découvre qu’on le prend pour un con, le héros est trop triste toussa. BIM ! The Dinner commence, on va passer la dernière demie heure au diner de cons justement, avec Steve Carell qui décide de se surpasser en connerie pour aider son nouvel ami. D’où déluge de grand n’importe quoi (une nana qui parle aux oiseaux, un escrimeur aveugle…) qui s’achève en duel d’anthologie Carell VS Galifianakis. Mais vite, le film se termine, hop hop on va boucler tout ça. Le héros, connard dans la pièce, se souvient qu’à Hollywood il a un bon fond et envoie ses boss se faire foutre, il retrouve sa femme, le con devient sympa. Tout le monde se fait un méga hug. Rideau.

Le twist c’est que c’était drôle. Attention c’est super graveleux, parfois très con, un peu beauf, moins mordant, moins cynique. Mais, après le début laborieux où le spectateur français que je suis se demande un peu si, au fond, c’était une bonne idée, on se met à rire. Pas que moi, les autres gens de la salle. On a ri de bon cœur, ça se laissait voir. La réalisation honteuse de vide est largement compensée par des acteurs qui se donnent à fond, qui y croient pour tous les autres. Je suis sorti de la salle en pensant que j’avais passé un bon moment. Pas moche comme surprise. Un bon concentré du meilleur et du pire du système hollywoodien, parfait pour tuer deux heures, ou pour une thèse sur les remakes américains.

Neuf salles la première semaine. Une seule salle avec une seule séance cette semaine. C’était hier. Adieu, The Dinner. Puisses-tu être déterré sur le net un dimanche pluvieux, à l’occasion. Sache que je t’ai vu, et que je te pardonne d’exister. T’es pas si mal.

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928 – Book Review 153

Dès que j’ai entendu parler d’un livre d’entretiens concernant Judd Apatow, je n’ai pas pu m’empêcher de sortir la carte bleue. Faut dire que les comédies made in/produites/écrites par l’ami Apatow, je les ai quasiment toutes mangées. D’ailleurs je crois me souvenir vous avoir vanté les mérites des trois quarts d’entre elles. Bon, on reste sur un bouquin franco-centré vu que la jaquette nous promet « Tout sur Supergrave, 40 ans toujours puceau, En cloque mode d’emploi… ». Sur ces trois fillms, l’un n’est pas d’Apatow et il manque le dernier et meilleur du réalisateur (Funny people). Entre la sortie plantée en France et la bêtise globale des critiques qui n’y ont rien compris, l’éditeur aura préféré le planquer. Tiens, d’ailleurs, monsieur l’éditeur, puisque tu sais que ton livre sera introuvable au point de mettre un bon de commande postal à télécharger et imprimer sur ton site, pourquoi ne pas proposer une version numérique (plus simple, plus rapide, plus de marge) ? JE DIS CA JE DIS RIEN !!!

Malheureusement, le livre commence prodigieusement mal. L’intervieweur, Emmanuel Burdeau des Cahiers du cinéma, se lance dans une vingtaine de pages d’analyse de la comédie aux Etats-Unis ces dernières décennies. Et putain ce que c’est pompeux, ce que ça entasse les références obscures, ce que ça intellectualise gratuitement ce qui n’en méritait pas tant. Pour faire simple, c’est à la limite de l’illisible. Un pote m’avait prévenu par Twitter, mais wow. Alors que ma meilleure amie tentait de commencer le livre, elle a lâché l’affaire au bout de trois pages tellement elle ne comprenait rien et trouvait prétentieuse l’introduction. Oui, à ce point là. C’est con j’aurais préféré que Burdeau nous parle de lui, du contexte de l’interview, qu’il vienne planter un décor au lieu de faire une intro froide et se lancer directement dans l’entretient. Un manque à mon sens. Ce qui est un peu le problème quand on est auteur et éditeur à la fois. On se fait plaisir, un peu trop. La bonne nouvelle c’est qu’après, c’est l’interview, sur 110 pages. Et que ça c’est très très très très très bien.

Pimp me dit qu’un bon intervieweur pose des questions courtes et pousse la personne d’en face à beaucoup parler. A ce niveau là Burdeau doit être bon vu qu’Apatow n’est pas avare en détails dans ses réponses, se laissant parfois aller à de véritables monologues sur plusieurs pages. L’entretient s’attache surtout à décrire ce qu’est la comédie actuelle aux Etats-Unis, les relations entre les différentes générations de comiques, l’univers du stand up et la façon dont les rapports entre Apatow et Hollywood ont pu évoluer au fil des projets. J’étais un peu déçu de ne pas trouver de longs post-mortems sur les films d’Apatow et ses amis. 40 ans toujours puceau se voit consacrer à peine quelques paragraphes, En cloque, pas bien plus. Seul Funny People est discuté plus en détails, pour mon plus grand plaisir. Ce qui semble intéresser le journaliste c’est plus le processus de création que l’œuvre en elle-même. Au bout du compte j’avais l’impression qu’il manquait 400 pages. Si passionnant qu’on n’en a clairement pas assez.

Si vous aimez le cinéma, si vous aimez la comédie, si vous aimez l’humour en général, si vous aimez Apatow, vous DEVEZ vous procurer Comédie, Mode d’emploi. Vous y découvrirez un Judd humain, tiraillé par les questions de l’existence, avec un passé riche en anecdotes, défis, joies et peine. Indispensable, à lire et à relire tant il fourmille de pépites de citations ou d’idées d’autres œuvres à découvrir. Must have.

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Chez Amazon Fr, 12€35 (pas assez cher, mon fils)