787 – Second Impact

Dans le boitier du DVD on trouve une petite brochure avec un avant-propos. Le texte est écrit par un professeur de cinéma, un mec qui, il y a déjà dix ans, avait publié huit livres sur le sujet. Dès les premières lignes, le ton est donné : Michael Bay est un véritable artiste, génie du cinéma. Okay. J’adore cette édition d’Armageddon. Je l’ai chopée d’occasion, sur les interwebs. A sa sortie ce coffret double DVD était déjà vendu au prix fort, entre 30 et 40$. Il faut dire que c’est la seule version Director’s Cut qui existe (okay, apparemment on compte tout juste trois minutes en rab’, mais sur le principe). La seule version avec une tripotée de bonus et plusieurs commentaires audio. Je voulais investir dans ce que je considère comme le film tellement parfait qu’il est trop parfait lors de sa sortie récente en haute définition. Mais ça aurait été une galette toute nue. Car les avantages que je viens d’énumérer sont exclusifs à l’édition Criterion.

The Criterion Collection a été fondée en 1984. Le but de cette société de production est de sortir des éditions de référence de grands films qui, à leurs yeux, méritent un traitement spécial. Ils ont commencé leur travail sur Laserdisc, avant de passer au DVD et à présent au Blu-Ray. Leur passion aura eu une influence gigantesque sur le marché de la vidéo. C’est eux qui ont été les premiers à sortir les films dans leur format cinéma d’origine au lieu des recadrages dégueulasses de l’époque. Vous savez, réduire les bandes noires en coupant des bouts d’images sur les côtés, le truc pour les connards inférieurs qui veulent que l’image prenne toute leur TV 4/3. Au début du DVD aux US of A chaque film sortait en version 4/3 ou 16/9. Qu’on autorise des gens à acheter la version pour cinéphobe me révulsait. Criterion a aussi inventé le concept de commentaire audio, et les bonus en général. Tout ça, c’était leur idée. Avoir une édition Criterion à la maison, c’est un peu Noel en fait.

La jaqauette en carton est super classe. Une affiche inédite est produite pour chaque film et arbore le logo discret de la collection. La qualité du transfert audio/vidéo et des bonus est sans égale, impossible d’avoir pareil ailleurs. Enfin, pas difficile vu que tout ce est produit en terme de bonus ou de restauration par Criterion est exclusif. Quand Michael Bay débute le commentaire audio d’Armageddon par « Bienvenue sur l’édition Critérion », c’est pas juste pour la frime. Criterion possède les bonus, et ne les partage pas. D’où l’absence de Director’s Cut d’Armageddon dans son édition « normale », tout comme les bonus. Logique, classe, mais pas sans inconvénients. Tant que Criterion n’éditera pas le film en Blu-Ray, les fans comme moi auront le cul entre deux chaises. Mais surtout, c’est le reste du monde qui peut crever. Car la collection Criterion n’existe qu’aux Etats-Unis. Et leurs disques sont tous zonés.

Je pourrais changer ce post en un nouveau pamphlet contre l’absurdité fasciste du système de zones des œuvres culturelles, en particulier à l’époque du tout numérique. Sauf que je suis trop occupé à regarder mon Armageddon, même sans sa jaquette et avec une boîte un peu pétée. Fuck j’adore ce film. Criterion aime nous ! On est l’Europ on est grave des gars cools !

Demain, je tape.

703 – Cine Club 89

Il existe des tonnes de raisons qui font que je ne vous ai jamais parlé de Fight Club. Les deux premières sont évidentes. Ensuite il y a le fait que je peux pas vous parler du film. Il me faudrait un blog entier, une thèse pour formuler une interprétation cohérente, pour faire justice à ce modèle de minutie et précision. Une seule note, ce serait une insulte. Si je ne cause pas du livre non plus, c’est purement et simplement que je ne l’ai pas lu, par opposition à la quasi-totalité des autres romans de Chuk Palahniuk. Je réalise que c’est paradoxal vis-à-vis de mon fanboyisme. Le problème réside dans la qualité intrinsèque du livre. Il est moins bon que le film. Je le sais parce que tout le monde le sait. A commencer par l’auteur lui-même, qui reconnait volontiers que le script est supérieur au roman. D’ailleurs il en parle avec Jim Uhls dans un des commentaires audio du Blu-Ray.

COLLECTOR'S EDITION : I HAZ IT !

Ouais y’a plein de trucs dans ce collector…

Parce que les éditeurs de DVD sont parfois des ordures, ce commentaire s’est vu supprimé de l’édition originale en galette. Manque de place sans doute (bah ué, une poste française 5.1, ça monopolise l’espace) ou simplement de budget (traduire deux heures de bla bla pour trois pauvres fans, moyen niveau rentabilité). Un ami m’avait survendu le bonus. Comme quoi c’était juste fou à quel point les deux hommes ne se marchaient pas sur les pieds, chacun commentant et posant des questions sur le travail de l’autre avec autant d’admiration et de respect. Ca me semblait surréaliste. Que la jalousie ne prenne pas le dessus, que les égos restent en place. Après tout, Palahniuk a créé la putain d’histoire à la base merde ! Et d’un autre côté Uhls l’a sublimé, est allé plus loin que Chuck merde aussi ! Heureusement cet ami est trop gentil et m’a refilé son exemplaire de noël en trop, pour le prix d’un déjeuner. J’en culpabilise encore… Vraiment. Eddy, Je culpabilise.

Le commentaire n’est pas parfait, loin de là. D’une les deux hommes ne parlent qu’à peine la moitié du temps. Beaucoup de scènes où l’on s’ennuie. Quelques anecdotes sur le tournage fusent. Mais dès que les deux écrivains parlent scénario, narration ou structure c’est fascinant. Des scénes ont été modifiées, coupées ou rajoutées par rapport au roman. Et Chuck est curieux, demande quelle était l’intention, si telle ou telle ligne était improvisée. Pendant ce temps Uhls questionne parfois l’auteur sur l’intention originale, sur ce qu’il pense de l’état d’esprit de tel ou tel personnage à un moment donné. En tant que spectateur j’ai eu l’impression de voir deux artistes discuter d’une œuvre commune, la fusion de deux techniques et savoir faires différents. J’ai même appris une ou deux astuces d’écriture (sur l’usage d’une voix off ou les avantages d’un dialogue à la troisième personne). Fascinant de bout en bout.

Enfin, c’est pas comme si vous manquiez de raisons de revoir Fight Club de temps à autre. Rien que pour des pépites de dialogues comme « Une dernière volonté ? », « Toujours rien qui me vient… », « Humour flashback, très bon. » Ou pour l’effet sixième sens avec au bout de trente secondes de films le personnage qui te dit « Je le sais parce que Tyler le sait » ou quand il s’auto-frappe dans le bureau de son boss « Je ne sais pas pourquoi mais soudain j’ai repensé à mon premier combat avec Tyler ». Bon allez je me tais avant de commencer ma thèse.

Demain on parlera des choix.

526 – DVD Club 67

J’imagine que tout le monde dans le coin a vu Le Pacte Des Loups. Après tout, c’était quand le dernier film de genre à gros budget en France ? Ouais, voilà. Donc voilà que débarque Chrisophe Gans, réalisateur auréolé du succès de Crying Freeman (on en reparlera), son premier véritable long-métrage. Le bonhomme est un pur fan de cinéma bis, fondateur d’une revue consacré au sujet. Avec ses potes il lance un pari fou, pondre un vrai film d’ambiance et d’action dans notre beau pays. La bête du Gévaudan n’étant qu’un prétexte pour s’éclater. Il en ressort un film certes imparfait, mais bourré d’amour. Les décors, costumes et effets spéciaux sont justes magnifiques, comme l’ensemble de la direction artistique. On y trouve quelques pépites, véritables morceaux de cinéma, à l’image de la scène d’intro, vertigineuse de brutalité, de la scène de fuite dans la neige et des séquences d’action en général.

A ce stade je dois descerner les testicules de platine à l’équipe de marketing qui aura résisté à l’envie de montrer la bête dans les bandes-annonces (les ricains n’auront pas tenu). Le reveal n’en fut que plus spectaculaire et époustouflant. Le casting mixe quelques stars de l’époque (Cassel, Belluci) avec des noobs de l’époque (Le Bihan, Dequenne, Rénier). L’atout awesome est incarné par Mark Dacascos. Le comédien culte de séries plus ou moins B campe un indien muet qui fait du kung-fu dans la campagne. Certains journalistes n’ont toujours pas compris. Car l’inventivité et la folie du Pacte Des Loups trouvent leurs limites dans des figures de style parfois très moches (Le Bihan qui hurle « Noooon » au ciel) voire d’un mauvais goût total (confère le duel final mal pompé sur le jeu Soul Calibur). Mais Gans est aussi passionné que généreux, tendance y’a un peu trop, je vous le mets quand même. Devant tant d’honnêteté on ne peut que fermer les yeux sur les défauts du film et prendre un pur pied.

Cette note est un peu spéciale, puisque j’ai court-circuité le synopsis pour préférer parler du DVD. Il faut savoir qu’il manque huit minutes au cut diffusé au cinéma. Huit minutes qui faisaient la différence entre six et cinq séances par jour. Direction le DVD pour voir le véritable montage donc. Mais ce dont je veux surtout vous parler, c’est du commentaire audio, vous savez ce bonus où le réalisateur cause par-dessus son film pendant deux heures. C’est parfois chiant, souvent instructif. Il y a quelques années, IGN, un putain de site ricain, mettait le commentaire audio de Gans dans le top 5 des meilleures commentaires audio de tous les temps. Fanatique de cinéma, amoureux de la pellicule, Christophe Gans débite à un rythme hallucinant une extraordinaire leçon de cinéma. Oubliez la fac, oubliez vos potes, oubliez les blogs de branleurs qui parlent de ciné. Vous en apprendrez cent fois plus en deux heures avec Gans sur le Pacte Des Loups que nulle part ailleurs.

Tellement dense qu’il m’aura fallu faire plusieurs pauses pour tout assimiler, le commentaire de Gans vaut le prix du DVD à lui tout seul. J’ai tellement appris sur ce film (et sur Crying Freeman). Que ce soit le vocabulaire ciné, les techniques de caméra, les astuces de tournage, j’ai gagné des années de découvertes d’un seul coup. D’où ma vive recommandation de ce DVD qui fait partie du peu que je possède et que je chéris.

Demain, on parlera flow.

TRAILER STAGE !!!