Flashback, à l’époque où j’avais quinze ans et où mon pseudo web était Raynor. Soirée dans le quartier bourge de Lyon. La fille du bouquin était là, et sa copine, hôte de la soirée, avait bien senti que mon petit cœur battait un peu plus vite. C’était le temps où une meilleure amie jaugeait elle-même des prétendants, avant de décider si elle allait leur filer un coup de main ou pas. Tu crois que tu pourrais l’aimer ? Le jeune Raynor pris le temps de mesurer sa réponse. Ouais, je crois que ouais, sincèrement. On est sérieux quand on a quinze ans. C’est alors que Martin a débarqué, complètement bourré, et s’est mis à gueuler.
- Attention Matthias c’est le mec le plus passionné que je connaisse ! Quand il se lance dans un projet, il se donne à fond et lâche jamais ! Un putain de héros !

Ce qui est drôle c’est que j’appréciais pas particulièrement ce type. Plutôt à la ramasse intellectuellement, avec des choix de vie plus que douteux. Sur le moment, je m’en suis presque voulu de le mépriser. Un homme prêt à aider un autre homme à pécho mérite le respect. Au-delà de ça, j’ai surtout été touché par la sincérité du compliment alcoolisé. Si je vous raconte ça, c’est à cause de mon pote Jean-Luc, scénariste et réalisateur pro de son état. Un type pour lequel j’ai un véritable amour de bro et à qui je ne peux jamais refuser une invite au bar à côté de chez moi. Le mieux, c’est quand j’arrive en milieu de soirée, qu’il s’est déjà bien fait plaisir. Si par chance il est venu avec des buddies que je connais pas, il me fait l’honneur des présentations. Immanquablement, il me présente comme un pur écrivain en devenir, un mec qu’il te jure qu’il est bourré de talent et qu’il ira loin !

Obviously, en bonne saleté de jeune, j’apprécie toujours une petite gratouille derrière la nuque. Mais rien ne vaut un massage d’égo au bon goût de mojito, celui qui est aussi sincère que grandiloquent. Dans ces moments j’ai absolument aucune idée d’où me foutre, le visage aussi rouge qu’une tomate trop mûre. Je prends quand même le temps de le ranger dans ma petite boîte à remontage de moral, celle pour les jours sombres où je manque de motivation, ou même ma grand-mère me demande quand est-ce que j’aurais fini mes études et que j’aurais un vrai travail de marketing qui rapporte moult pognon. Si des gens sont capables de me dire en face qu’ils croient en moins même avec trente euros d’alcool dans le sang, alors je devrais bien être capable d’en faire autant, de croire en moi, pas de m’enfiler trois billets de bière je veux dire.

Après je prends aussi les gratouilles derrière la nuque sobres. En plus je peux imaginer que les gens sont hypocrites et m’en servir pour me plaindre encore et encore. Caliméro, I’m lovin’ it !
Demain, on parlera appartements.