916 – Grindstone

Dans le TGV pour Lyon samedi midi, j’écrivais mentalement cette note de blog. J’allais faire un truc en mode super vénère pour vomir du venin sur un(e) ou deux camarades de classe. Bon, okay, une. Même que j’avais tout prévu, du dossier et compagnie. Avec en cerise sur le gâteau un pur twist du genre « oh mon dieu mais c’est ouf une coïncidence pareille ! ». Mal réveillé, mal luné, j’avais la ferme intention de foutre un peu la merde. J’ai tout raconté à mon bro dans le train. Lui était plutôt consterné et a préféré dormir. De mon côté, j’ai continué à ruminer mentalement en me disant qu’après mon épisode de Smallville (Fact), j’allais m’y coller et profiter du trajet et du netbook pour écrire cette note. Sauf qu’une fois l’épisode terminé, le mi-chemin du trajet dépassé, j’avais plus tellement la motivation. Alors j’ai écrit carrément autre chose en me disant que la note de mardi, je la ferai plus tard.

Il existe un mécanisme de jeux-vidéo qui m’a toujours plus : les dégâts de territoire. Du genre quand dans Command and Conquer tu mets des bonhommes dans un champ de Tibérium, ils perdent leurs points de vie rapidement. Ou quand tu dois foncer dans une zone contaminée par des radiations ou un gaz toxique à toute vitesse pour ne pas crever. Je sais pas pourquoi, mais d’un point de vue de game design, j’aime bien. Du coup j’en suis venu à me demander si je ne subissais pas des dégâts de zone quand je suis à Paris. Une sorte d’empoisonnement crasseux qui s’insinue au fil des jours. Je veux dire, cet été j’ai quand même insulté un quadra par texto parce qu’il avait des gouts douteux en matière de cinéma. Et là en fin de semaine dernière j’ai taclé en reply to all à toute la promo une nouvelle que je ne peux pas encadrer (y’a un twist je vous dis).

En fait je suis un Zerg. Pour ceux qui ne jouent pas à Starcraft, les Zergs c’est de gros aliens dégueux qui ont la faculté de récupérer leurs points de vie. Le truc c’est que s’ils sont chez eux, dans leur zone, ils récupèrent leurs points de vie beaucoup plus vite. Bah moi c’est ma santé mentale et Lyon. Autant sur Paris au bout de quelques semaines je suis prompt à égorger le premier mec qui me chauffe venu, autant dès que je mets un tant soit peu les pieds chez moi, je me détends instantanément. Je crois sincèrement je devrais conserver un budget aller-retour de secours pour toutes les fois où je deviens complètement dingue. Peut-être qu’on tient là une nouvelle forme de névrose en fait. Le pire c’est que je crois bien que c’est Paris qui est toxique, puisque partout ailleurs je ne deviens pas à ce point une version infâme de moi-même au fil du temps.

La mauvaise nouvelle dans tout ça, c’est que je rentre demain à Paris, avec tout ce que ça implique. Donc venez me casser les couilles dans trois/quatre semaines et qui sait sur quoi je vais finir par bloguer. Rien n’est jamais perdu ni oublié.

792 – Lost Boys

Cette semaine j’ai eu des nouvelles d’un pote, le mec genre complètement extatique. Mec, qu’il me dit, tu vas trop pas le croire mais l’autre soir j’étais avec tu sais qui, et devine quoi ?! Heu… quoi ? ON N’A PAS COUCHE ENSEMBLE !!! Okay. Donc là c’est le moment où je dois aller forger une médaille en platine pour le pote, puisque c’est ce qu’il veut. Ceci étant dit, techniquement, il ne l’aurait pas volé. Faut dire que monsieur s’est trouvé une fille bien, une avec qui il serait éventuellement prêt à voir si y’a moyen de faire durer un peu. Pour lui c’est pas super facile à assumer ce genre de choses. C’est ça le problème quand on est émotionnellement fracturé et qu’on a une propension à attirer les jouvencelles en pleine éruption hormonale. Je vais essayer mec, qu’il a conclu. Cette fois je fais un choix je suis mature !

Pendant ce temps là, à New York, Sharkboy est en plein désarroi (oui, mon blog est international). Deux semaines plus tôt il s’inquiétait de craquer pour une jolie fille plus âgée. Il avait surtout peur de s’attacher, rapport au fait qu’il est Sharkboy et que les femmes sont faites pour êtes mastiquées jusqu’à disparition totale de la saveur, puis nœud à la capote, poubelle et suivante. Mec, je suis accro et j’aime pas ça qu’il me maile. Damn. A mon petit niveau j’allume une cigarette en chocolat sur mon balcon imaginaire et je me souviens de décembre. A l’époque il avait rencontré une fille juste adorable et magnifique. Un soir de beuverie au coca, il me confiait que celle là, ouais celle là il pensait rester avec un moment, parce qu’elle vaut le coup. Non c’est sûr, y’a moyen qu’il se range. En fait, décembre pour Sharkboy, c’était so 2009.

Quelque part je suis content d’avoir Pollux comme meilleur ami. Pas seulement parce qu’il a la puissance nécessaire pour balayer mes ennemis d’un revers du petit doigt. En vérité Pollux est peut-être le dernier ami proche qui soit en couple, depuis longtemps, et heureux. Pas de crasses à base d’amants dans le placard, pas de coups de pute ou de périodes sans. Pollux et Polluxette sont ensemble, et bien ensemble. Je me demande si depuis un moment je ne choisis pas de me rapprocher des mecs instables sentimentalement de manière inconsciente, par mimétisme avec ma propre situation. J’arpente les routes du pays où tout le monde est célibataire et où tout le monde se jure à intervalles réguliers que celle là, c’est la bonne. Dans le doute, parfois, ça se tape ses exs. A force j’en arriverais presque à croire que tous les mecs de mon âge en sont là. Alors j’appelle Pollux, et ça va mieux.

En attendant de retrouver ma fougue et de briser le cercle vicieux du néant, je vais continuer à manger des pizzas et échanger des mails avec les optimistes aux résolutions aussi fragiles que sincères. A force, ils finiront bien par se surprendre, et moi avec.

764 – Crash Landing

Elle était venue avec un Tupperware plein de brownie maison. C’est le genre de trucs qui comptent pour un premier rencard. J’ai dévoré le gâteau, assis sur les quais, pendant qu’elle me racontait que niveau CV, elle avait réussi là où j’avais ramassé mes dents bien des années plus tôt. Un dévoilement d’affinité en entrainant un autre, on s’est retrouvé chez elle. Et c’était bien. Enfin, pas en terme de terminaisons nerveuses bassement chatouillées sous une couette. Pas seulement. C’était bien sous les doigts, sous le corps, derrière le cerveau. Un de ces rares cas où on se dit que ouais, pour le coup ouais, on aimerait voir si y’a moyen de faire durer, de profiter, de tenter le coup. Simplement. Ça aurait été passer outre la loi de Murphy, l’emmerdement maximum, le retour de karma dans les genoux deux semaines plus tard : « J’ai envie d’être égoïste un peu, de profiter, je veux pas me poser. Puis y’a pas que toi en fait.”

Croyez-moi si vous le voulez, mais c’était absolument la première fois qu’on me faisait le coup. Ever. Pourtant c’est pas faute de connaître le script par cœur. Cette pièce, je l’ai jouée je sais pas combien de fois ces derniers temps. Le moment merdique où tu réalises que si ça continue, si l’autre s’attache, ça va finir dans les larmes et le  sang. Le moment où tu sors tes antisèches, celles avec marqué « C’est pas toi, c’est moi », « Je suis sentimentalement indisponible », « Je voulais juste qu’on prenne du plaisir mais ça me déchirerais de te voir souffrir ». Bla bla bla. Au moins en ce qui me concerne je ne m’y suis pas habitué. J’arrive pas à faire ça proprement, yeux dans les yeux, parce que ces bouts de texte, j’y crois vraiment. Pas encore de bullshit, toujours un fond de palpitant qui s’agite, même mollement. Elle y croyait aussi je pense, à ce qu’elle disait. Assez pour culpabiliser pendant que je me morfondais chez moi.

Okay, c’était pas l’amour at first sight, le truc de fou furieux qui vous crucifie sur place et vous posse à écrire des lettres d’amour en anglais. Sauf que tout de même, ce premier soir, quand je suis rentré chez moi à trois heures du matin (quand je vous dis qu’elle était bien, elle m’a pas forcé à rester dormir), je me suis dit que j’avais enfin mis la main, littéralement, sur quelqu’un avec qui j’aurais aimé me poser, histoire de voir. Quelques jours plus tard, alors que je racontais mon weekend à un pote, il conclut en me jetant au visage que « Toi t’as craqué sur elle ». No kidding. Au lieu d’un bout de belle histoire, j’aurais finalement goûté à mon propre venin. Beurk. Sincèrement beurk. Comater au fond d’un fauteuil la journée à espérer des nouvelles qui ne viendront pas vu qu’elle essaie d’enterrer l’histoire. En fait, c’est pas fun. J’ai rétrospectivement présenté mes excuses à mes « exs » dans mon fort intérieur. Pas sûr que j’aie été entendu.

On pourrait croire que ça m’aura assagi, fait prendre un peu de distance. Perdu, ce fut exactement le contraire. Le mal engendre le mal comme on dit. J’en parlais avec un ami (pas le même, un autre), et à mi mot je préférais en conclure que j’étais pas encore insensible, et toujours à l’affut d’une occasion d’y croire. Quant à la fille, je la stalke un peu. J’ai toujours cru au dicton qui dit que le sexe change les amies en inconnues et les inconnues en amies. Tout se transforme, rien n’est jamais perdu.

Demain ? Aucune idée. Chaque jour suffit sa peine toussa j’écrirai un truc à la bourre et vous verrez bien.