864 – Comic Review 06

Quelques mois plus tôt, Navo me demandait « Hey Le Reilly ! Tu crois ça serait genre une bonne idée que je prenne un agent pour chercher un éditeur pour la bande pas dessinée ?! ». Il est comme ça Navo, naïf avec un cœur d’enfant. Je lui ai dit que c’était la meilleure idée pour se faire haïr par toute la profession. D’ailleurs, j’étais pas le seul à le prévenir. Wandrille, le boss des éditions Warum, lui a conseillé la même chose. Bah t’as qu’à m’éditer moi, qu’il a répondu le Navo. Le mec réfléchit : Okay. Retour au présent, où le premier tome de La bande pas dessinée, version papier, trône fièrement sur mon bureau. Un peu plus d’une centaine de strips, sélectionné parmi la première saison du blog, agrémenté d’une série d’inédits. Un vrai recueil avec une vraie jolie couverture pleine de petites conneries. Classe.

Pour ceux qui l’ignorent, La bande pas dessinée c’est plus qu’un concept. C’est un pas concept. L’auteur Navo est très fort en blagues, mais très mauvais en dessin. Les blogs BD, ça cartonne alors commet infiltrer un peu le truc ? En feintant. Il suffit de dessiner des cases, mettre des bulles, mais rien d’autre. Pas de décors, pas de personnages dessinés, tout se passe hors champ. Et ça fonctionne. Rapide à dessiner, rapide à lire, le blog de La bande pas dessinée explose assez vite et rassemble moult de lecteurs. Moult comme dans beaucoup plus de lecteurs que le plus lu des blogs que tu lis. En gros. A titre perso, ça me semblait plus que logique qu’un bouquin voit le jour. Même si, pour son auteur, c’est un peu difficile de se remettre face aux prémices de sa BD, à ne voir que les défauts et à préférer forcement ses créations les plus récentes.

Pas de quoi rougir pour autant. La lecture du recueil est plus sympa, parsemée d’éclats de rires. La bande pas dessinée est une BD assez foireuse dans la mesure où je trouve des gags super mauvais, d’autres supers mauvais mais drôles quand même, et des coups de génie. Le niveau m’a semblé hétérogène mais le facteur hystérie vient rattraper ça. A savoir plus on en lit d’affilée et plus on rit facilement. Le problème c’est que coup on dévore tout le livre en une ou deux fois, les douze euros font alors un ti peu mal. J’ai la chance de ne pas me souvenir/avoir lu les premiers, ça rattrape. Mais ce que je préfère, c’est quand Navo joue avec le format, quand les cases se révoltent ou que l’humour s’amuse du concept justement. N’importe qui aurait pu avoir l’idée de départ. Savoir l’exploiter pendant des centaines de strips, parfois à suivre, en créant une galerie de personnages, c’était moins gagné. Respect.

Je suis fan de Navo de toute façon, parce que c’est un vrai artiste, complètement paumé et naïf. Forcez le à vous pondre il truc il sera paralysé, mais laissez le tout seul dans un coin et il va assurer. Un artiste quoi, avec un bouquin en librairie. Ca le perturbe encore un peu. Je suis sûr qu’il va s’y faire. De toute façon il a pas le choix, on veut le deux.

DEDI STAGE !!!

513 – Drunken Master

Flashback, à l’époque où j’avais quinze ans et où mon pseudo web était Raynor. Soirée dans le quartier bourge de Lyon. La fille du bouquin était là, et sa copine, hôte de la soirée, avait bien senti que mon petit cœur battait un peu plus vite. C’était le temps où une meilleure amie jaugeait elle-même des prétendants, avant de décider si elle allait leur filer un coup de main ou pas. Tu crois que tu pourrais l’aimer ? Le jeune Raynor pris le temps de mesurer sa réponse. Ouais, je crois que ouais, sincèrement. On est sérieux quand on a quinze ans. C’est alors que Martin a débarqué, complètement bourré, et s’est mis à gueuler.

- Attention Matthias c’est le mec le plus passionné que je connaisse ! Quand il se lance dans un projet, il se donne à fond et lâche jamais ! Un putain de héros !

Ce qui est drôle c’est que j’appréciais pas particulièrement ce type. Plutôt à la ramasse intellectuellement, avec des choix de vie plus que douteux. Sur le moment, je m’en suis presque voulu de le mépriser. Un homme prêt à aider un autre homme à pécho mérite le respect. Au-delà de ça, j’ai surtout été touché par la sincérité du compliment alcoolisé. Si je vous raconte ça, c’est à cause de mon pote Jean-Luc, scénariste et réalisateur pro de son état. Un type pour lequel j’ai un véritable amour de bro et à qui je ne peux jamais refuser une invite au bar à côté de chez moi. Le mieux, c’est quand j’arrive en milieu de soirée, qu’il s’est déjà bien fait plaisir. Si par chance il est venu avec des buddies que je connais pas, il me fait l’honneur des présentations. Immanquablement, il me présente comme un pur écrivain en devenir, un mec qu’il te jure qu’il est bourré de talent et qu’il ira loin !

Obviously, en bonne saleté de jeune, j’apprécie toujours une petite gratouille derrière la nuque. Mais rien ne vaut un massage d’égo au bon goût de mojito, celui qui est aussi sincère que grandiloquent. Dans ces moments j’ai absolument aucune idée d’où me foutre, le visage aussi rouge qu’une tomate trop mûre. Je prends quand même le temps de le ranger dans ma petite boîte à remontage de moral, celle pour les jours sombres où je manque de motivation, ou même ma grand-mère me demande quand est-ce que j’aurais fini mes études et que j’aurais un vrai travail de marketing qui rapporte moult pognon. Si des gens sont capables de me dire en face qu’ils croient en moins même avec trente euros d’alcool dans le sang, alors je devrais bien être capable d’en faire autant, de croire en moi, pas de m’enfiler trois billets de bière je veux dire.

Après je prends aussi les gratouilles derrière la nuque sobres. En plus je peux imaginer que les gens sont hypocrites et m’en servir pour me plaindre encore et encore. Caliméro, I’m lovin’ it !

Demain, on parlera appartements.

478 – At Your Side

Quand j’étais pas encore né, je voulais être gangsta. Une fois face à mon premier miroir, c’était un peu la déprime, j’étais blanc. Un diagnostic qui allait se confirmer d’années en années. Après des jours d’expositions au soleil, impossible de me faire bronzer. En plus ma barbe est à moitié rousse. Epic fail de la sélection naturelle. Pour déconner, je balance souvent que dans ma banlieue bourgeoise de droite Lyonnaise, j’étais le leader du gang des trottinettes. Déjà qu’à quinze ans, si t’as pas un low-rider pour cruiser le long de la côte, avec ton Desert Eagle chargé qui dépasse de la fenêtre de la portière, t’as un peu raté ta vie. Heureusement, il me restait le dernier reliquat de mes rêves de gangsta, avoir un crew, une bande avec laquelle trainer et avoir la classe au quotidien.

Je crois qu’un des plus beaux jours de ma vie aura été quand un connard au collège m’a promis de m’éclater à la sortie et, qu’une fois l’heure venue, il se retrouve nez à nez avec une douzaine de mecs à la cool qui m’encadraient. Hell Yeah ! Mais les années passent, beaucoup d’amitiés ne survivent pas à la puberté, aux divorces, déménagements ou autres orientations scolaires obscures. Bien sûr, les vrais, les poilus sont toujours là. Peut-être que si les gens survivent sans leur crew, c’est qu’ils sont bien peinards, dans leur couple, dans leur école de commerce à la con et leur route toute tracée jusqu’à la tombe. A la réflexion, je ne me demande pas si le besoin d’avoir sa bande ne va pas de pair avec le bordel dans sa propre vie. Je n’ai jamais vu autant de potes, jamais construit autant d’amitiés nouvelles, que depuis que je n’ai aucune idée d’où j’en suis.

Chuck Palahniuk dédiait son premier roman à ceux qui le lisaient à l’époque où personne ne le lisait. Sur le coup, ça m’avait semblé d’une évidence sans bornes. Après tout, aurais-je persisté face à Word toutes ces années sans les coupains, parfois drôles, parfois un peu cons, mais toujours là ? Le soutien indéfectible des potes, c’est la meilleure des énergies. Et j’espère, qu’à ma façon, dans mon coin, j’arrive à renvoyer un peu de ça à tous ceux qui me soutiennent et arrivent encore à croire en moi depuis le temps. Parce que se foutre des coups de pied au cul tout seul, ça ne fonctionne pas à l’infini. J’avais prévu de citer la bande, tout le monde, mais je ne m’en sortirais jamais. De toute façon ils se reconnaîtront, et savent très bien que le jour où je n’aurais plus de quoi me plaindre, ils seront les premiers à partager les burgers maisons de la win !

Si l’un(e) de vous se sent visé(e) par cet article, viendez prendre des news et si ma timidité m’empêche de vous dire que vous m’avez putain de manqué, c’est que je parlais bien de vous. Inutile de cacher que vous autres, lecteurs du blog, silencieux ou non, êtes plutôt pas mauvais du tout niveau soutiens moral. Me donnerait presque envie de faire une super note sur mes insomnies demain tiens !