1158 – Book Review 187

“If you’re trying to win Oscars YOU BOUGHT THE WRONG BOOK, BUSTER. We wrote that movie where the monkey slaps Ben Stiller.”

L’industrie du cinéma Américain est un monstre, une gigantesque machine dont le but premier est de faire de l’argent. Beaucoup d’argent. Le développement d’un film de studio (par opposition à indépendant) est un processus souvent long et douloureux, où chacun vient planter son bâton dans une roue qui ressemble déjà pas mal à un carré. A l’origine est le scénariste, celui qui va aider un studio à développer une idée ou apporter lui-même du matériel sur la table. En tant que niveau zéro de la chaîne de production, il est le premier à se faire virer quand quelque chose tourne mal. D’autant plus que ce ne sont pas les aspirants scribouillards qui manquent. Car n’importe quel crétin peut ouvrir Final Draft (comme Word, mais pour Hollywood, indispensable, sérieusement) et taper/imprimer une centaine de pages. Pas de qualifications nécessaires et très peu de moyen pour différencier les tocards des génies. Alors comment faire ? Commencez déjà par lire des livres, ou au moins un.

Writing Movies For Fun And Profit est le manuel ultime pour réussir à Hollywood.

Comment présenter son scénario, comment le démarcher, comment le vendre, comment se faire virer, comment se faire reembaucher et surtout quoi faire des montagnes de pognon qu’on gagne, tout est scrupuleusement expliqué.

Robert Garant et Thomas Lennon ont écrit des tonnes de films pourris. La nuit au musée 1 et 2, c’est eux. Le remake US de Taxi, c’est leur faute. Babysittor avec Vin Diesel, coupables. Et ainsi de suite. Leur principal talent n’est effectivement pas de gagner des oscars, mais celui de rester en vie à Hollywood et de continuer à trouver du travail en tant que scénariste. Car la majorité des films US qui sortent au cinéma ont été réécris une douzaine de fois, par une douzaine de personnes. Minimum. Entre le producteur, le studio, le marketing, les acteurs, tout le monde à son mot à dire, réclame tel ou tel changement. Les scénaristes d’origine doivent massacrer leur vision originelle, tandis que d’autres écrivaillants sont greffés au projet. Ce processus est une des raisons de l’uniformisation et de la médiocrité de la production filmique américaine. Mais c’est aussi le jeu. Et pour continuer à jouer il faut connaître et suivre les règles.

WMFFAP couvre beaucoup de terrains au fil d’une trentaine de chapitres. On y apprendra comment courtiser un agent, comment formater son texte suivant le studio à qui on l’envoie, quel importance le studio vous accorde suivant le parking que l’on vous attribue pour les réunions, comment se retenir d’éclater l’exécutif qui massacre votre travail, comment supporter les stars sans talent, comment se faire virer avec dignité et se faire réembaucher par la suite. Les anecdotes fusent et le livre devient rapidement un mémoire sur le métier de scénariste à Hollywood plutôt qu’un livre d’astuces. Si jamais vous vous intéressez à l’industrie du cinéma, au scénario ou si vous avez le moindre début de prétention de critique ou d’amateur de films, vous DEVEZ lire WMFFAP. Je ne dis pas ça pour déconner. La majeure partie des gens ne savent pas de quoi ils parlent quand ils l’ouvrent sur ce métier ou sur le cinéma américain en général. La réalité n’est ni glamour, si simple.

Garant et Lennon sont lucides. Ils savent ce qu’on pense de leurs films et surtout ils arrivent à expliquer comment leur scénario de base en est arrivé là. Bien sûr qu’ils aimeraient écrire des scripts à forte valeur artistique et gagner plein d’oscars. La réalité des faits est que ce n’est pas possible pour eux, pas pour l’instant. Alors, à défaut, ils écrivent pour le fun et le profit, avec ce que ça implique de concessions, d’humiliations mais aussi de victoires.

Writing Movies For Fun And Profit est un bouquin hilarant, qui fourmille d’anecdotes et points de détails croustillants. On y trouvera aussi des exemples de scripts et de traitements qu’ils ont réellement écrits pour les studios. Mine d’or pour les plus sérieux d’entre vous. Au minimum, en le lisant, non seulement vous vous marrerez mais vous vous coucherez moins cons.

Une vraie lecture indispensable. Vraiment. Lisez-le je déconne pas.

BUY STAGE !!!

Oui, ça coûte 17€, mais c’est couverture cartonnée et tous les profits vont à une association.

699 – Blowing A Smoke

Finalement ils l’ont lancée cette campagne anti-tabac. Enfin, lancée, disons qu’elle apparaît sur le web, accompagnée d’une levée de boucliers. La secrétaire d’Etat à la famille va même lancer une procédure pour l’interdire. On y voit des teens, à priori mineurs, sucer une cigarette qui dépasse d’un pantalon à pince avec une main qui leur caresse les cheveux. Slogan d’en dessous, « Dude, si tu fumes t’es l’esclave du tabac ! ». Du coup ça pète un peu des câbles à droite et à gauche. Les réactions sont épidermiques, on ne comprend pas comment on peut traiter les gens d’esclave, amalgamer une fellation à l’esclavagisme. On traite les créatifs de gros abrutis qui sniffent de la poudre et tout. Sauf que j’étais là quand la campagne a été créée. C’était quelques semaines avant mon départ de l’agence. Et sur le moment franchement moi je l’aimais bien cette pub. En tant qu’anti fumeur je la trouvais bien burnée et pile à la limite du mauvais goût. Du bon côté de la limite. Sauf qu’à l’époque, le slogan, c’était pas exactement le même.

Je l’aimais tellement bien cette affiche que je m’étais même proposé pour faire le photoshoot prototype, celui qui sert de prototype à exhiber en réunions pour validation avant un véritable shooting. Sachez que c’est particulièrement perturbant de prendre appui contre une braguette avec une cigarette, y compris pour de faux. Mais on s’était bien marré et le résultat final était même assez sympa. Il existe donc dans un de leurs ordinateurs une version de cette affiche avec ma tête, mon visage. J’en avais fait une copie mais j’ai pas eu le temps de la récupérer avant de filer. Dommage. Vraiment. Ca aurait fait un beau collector. Tout ça pour dire que la campagne a été conçue dans le fun le plus total, bonne ambiance. A aucun moment qui que ce soit n’avait trouvé ça too much, trop osé, trop à côté de la plaque. Moi y compris. Les médias et blogs avancent comme explication à cette hystérie collective la cocaïne qui, dans l’imaginaire collectif, est légion sur les bureaux des créatifs (en ce qui me concerne j’avais des Oreos blancs, chacun son truc). Perso, je pense juste que le premier slogan était bien meilleur et s’est simplement perdu en chemin.

A l’origine, l’accroche en bas de la photo disait textuellement « Faites plaisir à l’industrie du tabac, continuez à fumer ». Maïa serait contente. On assimile bel et bien la fellation à du plaisir et non une contrainte. Une révoltée de moins. Ce n’est plus les fumeurs qui sont pointés du doigt, mais l’industrie du tabac. C’est contre eux que cette première accroche se battait, engageant les fumeurs par ricochet à arrêter, pour cesser d’engraisser des gangsters en col blanc. On ne les prenait plus pour « des esclaves du tabac », qui est trop fort et peut-être un peu à côté de la plaque. Après qu’est-ce qui a bien pu se passer entre mon départ et la diffusion pour justifier les modifications de l’accroche ? Je n’étais plus là, je n’en sais donc rien et ne peut que supposer. Les filtres (see what I did there ? ^^) sont tellement nombreux qu’une bonne idée est souvent dénaturée en route pour des raisons plus ou moins valable. Je ne peux pas me permettre de m’avancer pour eux. Tout ce dont je suis certain c’est qu’à l’époque la campagne, je la trouvais vraiment bonne, et que maintenant, bah je crois que je comprends un peu ce lynchage généralisé.

Si vous voulez ne retenir qu'une chose de cet article, retenez bien ça.

Alors oui, même avec l’accroche de base ça aurait choqué, mais peut-être un peu de moins, en tout cas pour des raisons moins “glauques”. Et je l’aurais défendue jusqu’au bout, clairement. Tout ça pour peut-être dire que les créas ne sont pas forcément tous cokés, et qu’en fait la pub, c’est un boulot de précision, où c’est pas mal utile d’avoir un bon dico. Parce qu’il est facile de manier une image de travers, de renvoyer le mauvais message et stigmatiser les mauvaises personnes. Ceci tend à prouver deux choses. Que la première idée est souvent la meilleure (facile à dire, très dur à défendre dans la vraie vie). Et surtout que quand tout une équipe à la tête dans le guidon, elle ne réalise pas forcément que le message de base se dénature, puisque tout le monde a en tête l’intention et ne prend pas conscience de ce que devient le résultat.

Bon du coup ma critique du script de Last Man est repoussée à samedi, actualité parasite oblige. Demain, note 700, anniversaire, bilan, toussa.