J’aime pas trop Louise Bourgouin. Et je vous dis ça comme je vous dirais « j’aime pas trop le brocolis », à savoir de manière infantile. Elle ne m’a rien fait, je ne la connais pas, mon avis n’est qu’un truc alimenté par des ressentis et des ragots. N’empêche, elle m’a presque coupé l’envie d’aller voir le dernier film du très doué Rémi Bezançon. Un heureux évènement est adapté du roman du même titre de Eliette Abecassis. Flippé à l’idée que Louise me gâche le film, j’ai préféré lire le bouquin avant. C’était pas trop galère, le livre est dispo à 5€ en poche, et ses 140 pages se bouclent en moins de deux heures de métro. Pour moi c’était aussi une façon de voir ce qui a pu attirer Bezançon dans le livre, et jouer au jeu des différences après être allé voir la version avec des images qui bougent.

Un heureux évènement raconte l’histoire vraie d’Eliette d’une femme qui est amoureuse, alors elle accepte que son mec lui fasse un enfant. Elle est thésarde en philo, il est galeriste dans le marais. Très vite la grossesse vient chambouler leur couple. Elle est trop occupée à pouponer pour bosser sa thèse, il est obligé de prendre un « vrai » travail pour payer les nouveaux frais. Et parce que la jeune mère supporte difficilement son nouveau statut, l’amour entre les deux parents s’effrite.
Je ne peux pas mettre plus de résumé, parce que sinon il faut que je raconte la fin. Mais en gros, Un heureux évènement, c’est sur la survie du couple post bébé. Quelqu’un m’a fait remarquer qu’il faut être un peu taré amoureux pour faire un môme quand la situation professionalo-financière du couple n’est pas stable. Si je vous répète ça, c’est qu’il semblerait que cela joue. D’une parce qu’avec du cash, tu t’en tires mieux. De deux parce que quand, plus tard, l’héroïne se plaint de ne voir personne et de jamais sortir de chez elle, elle peut s’en prendre principalement au combo thésarde-maman. Avec un job « bateau » de bureau, elle sortirait de la maison. La situation sociopro du couple est d’ailleurs la plus grosse trahison du film vis-à-vis du bouquin. Le mari n’est plus galeriste mais travaille dans un video club et tous les aspects liés à la culture juive (morale, entourage, réflexions, voisins) de la mère passent à la trappe.
On gagne en populisme ce qu’on perd en identité de l’histoire.
Un film ça coûte plus cher qu’un livre, il faut ratisser un peu plus large (chez les gens qui aiment pas les gens pas comme eux). L’autre différence majeure avec le livre, c’est la violence ordinaire du couple qui a été revue à la baisse. La jeune maman du film va beaucoup moins loin avec « un autre homme », crie et insulte moins fort. A la sortie du livre, je ne pouvais m’empêcher de me dire que, quand même, le pétage de plomb de l’héroïne elle l’avait « un peu » cherché quelque part. Dans le film c’est moins évident, plus doux et encore une fois plus proche de la vraie vie des gens normaux.
Dans tous les cas mon sentiment au final aura été positif sans plus (bien mais pas top, comme on dit à Cannes). L’histoire est toute petite, l’angle intéressant et ça développe quelques bonnes idées et réflexions. Mais avec un court livre et un film un peu trop lissé, on n’ira pas plus loin. Ce qui est déjà franchement pas mal, vu le reste de la production ciné/livres actuelle. D’ailleurs après une demi-heure d’agacement j’ai fini par tolérer Bourgouin au ciné, qui trouve là son meilleur rôle jusqu’ici (gagnage de points).
Que vous lisiez ou regardez Un heureux évènement, vous en aurez pour les même quatre-vingt dix minutes. Au final, ça les vaut largement.


The Lover’s Dictionary n’est pas réellement un roman. Enfin si, mais plus proche de l’exercice de style qu’autre chose. Des mots, présentés par ordre alphabétique, sont définis ou illustrés par des morceaux de relation, des anecdotes, des réflexions. L’histoire de ce couple sans nom est racontée de manière non chronologique, se découvre au fil des mots choisis. On comprend comment ils se sont rencontrés, pourquoi ils sont tombés amoureux, ce qui s’est passé à la fin, et quelques indices sur ce qu’il advient de leur couple après. Chaque lecteur choisissant de comprendre ce qu’il préfère.