1035 – How Do You Know

- Comment tu sais que tu es bon ?

C’était jeté comme ça, entre le croque et l’absence de dessert, la question à un million. Comment est-ce que moi, Matthias, je sais que ce que j’écris c’est bien ? Comment je sais que je suis bon ? J’ai eu un moment de pause, à réfléchir non pas aux arguments que j’allais pouvoir dérouler, mais à comment présenter la seule et unique bonne réponse à cette question. Parce qu’en vérité, si vous répondez quoi que ce soit d’autre que « parce que je le sais », vous avez tort, vous êtes à côté de la plaque. Accessoirement vous n’avez pas vu Matrix, et n’avez pas retenu que l’on n’est pas le meilleur quand on le croit, mais quand on le sait. Ce qui fonctionne pour le meilleur fonctionne aussi pour toute barre arbitraire au dessus de laquelle on veut se trouver.

Je discutais de ça il y a quelques temps avec Navo, qui me disait qu’en vrai, j’étais un faux modeste. Mais pas que moi, tout le monde, dans un monde où il est quasiment impossible de s’affirmer sans passer pour un vantard ou un prétentieux. Le fait est que pour essayer quelque chose, un concours, un scénario, un roman, un spectacle, il faut à un moment savoir que l’on est au niveau. Sinon on ne tente pas, on n’envoie pas, on laisse le temps passer et on fait autre chose. Chaque type qui a un jour essayé, savait sur le moment, au moins au fond, qu’il était bon. Même un bref instant, la minute furtive où l’on envoie un mail, l’après midi où l’on fait le tour des éditeurs, le weekend dans un festival à démarcher. Le plus drôle, c’est que bien souvent, la plupart du temps, ils ont tort, j’ai tort. On est peut-être bon, mais pas assez. Sauf que c’est pas le problème.

L’important c’est de croire qu’on sait, assez pour agir.

Bien sûr, parfois, on l’est pour de vrai, bon. On accumule des bribes de compliments, des preuves, tel un détective de sa propre personne. On construit un dossier, une somme qui prouve la valeur. La personne en face ne se satisfait forcément pas de la réponse qui vient des tripes. Elle n’a de sens que pour vous. Alors on déroule les témoins, les pièces à conviction, et au bout d’un moment, votre interlocuteur finit par vous croire. Vous avez démontré votre valeur. Et c’est aussi pratique dans les moments de doute, de se raccrocher à quelque chose de plus tangible qu’une confiance en soi qui va et qui vient. Tout comme on sait que quand on croyait être assez bon quelques années plus tôt, on ne l’était pas vraiment. Mais maintenant c’est différent, cette fois on sait. On sait qu’on est bon.

Alors la prochaine fois qu’on me posera la question, avant que j’explique en long, en large et en travers pourquoi je suis bon, j’aurai un sourire un coin. Le même que vous avez. Quand vous savez que vous êtes bon.

Que ce soit vrai ou pas.

943 – Na No NON Wri Mo

Hé les gens ! On est bientôt en novembre ! Vous savez ce que ça signifie ? Ça veut dire qu’il est temps de s’atteler au Nanowrimo (National Novel Writing Month). Si vous n’en avez jamais entendu parler, je vous explique le truc. En gros une bande d’illuminés a décidé de créer un concours où il n’y a rien à gagner et qui consiste en l’écriture d’un roman de 50 000 mots (oui, aux US on considère que c’est 50k un roman, pas 30 comme en France) en un mois chrono. On peut préparer autant qu’on vu son histoire, sa structure et ses personnages en amont. Mais la rédaction du premier jet doit être commencée et bouclée en un mois. L’intérêt c’est d’avoir une communauté derrière soi pour se motiver, recevoir des emails de conseil et participer à des soirées et rencontre entre écrivaillons par esprit d’émulation. Sauf que comme chaque année, je ne pense pas participer.

Ca aurait été l’occasion de reprendre Perfect Ten une bonne fois pour toute et d’aller de l’avant. Seulement pour ça je devrais surmonter quelques problèmes. Le premier est que mon bouquin d’avant est toujours dans les limbes, je suis encore dans l’attente d’un truc (Plan B) qui de toute façon laissera place autre chose si ça échoue (Plan C). Sachant que je déteste prodigieusement bosser sur plusieurs projets à la fois (une pensée pour mon recueil de nouvelles qui avance). Mes autres soucis sont plus terre à terre. D’une je n’ai absolument aucune idée de comment je dois finir l’intrigue. Pour construire une structure narrative qui se tient un minimum, c’est pas pratique. De deux, je ne peux pas écrire un bouquin qui se passe dans le milieu du mannequinat sans faire des recherches et interviews. Cette simple idée me fatiguant d’avance (tout ça c’est la faute aux cours). Autant dire que c’est mal barré.

Ceci dit je ne peux pas m’empêcher de me demander : what if ? Depuis un moment l’idée me travaille d’utiliser la technique des cartes pour bosser mon bouquin. En gros tu prends des cartes en bristol et tu y résumes les scènes importantes de ton intrigue. Ensuite tu peux les reclasser comme tu veux pour chambouler la structure, faire des coupes, savoir si tes parties sont équilibrées. Au final tu te retrouves avec un plan construit à suivre et visualisable autrement que par une suite de tirets inamovibles sur une feuille blanche. Je devrais faire ça. Pour voir. Après tout le premier novembre c’est dans une semaine, ça me laisse carrément le temps de taffer sur une structure. Ce qui serait un grand pas en avant. Même si je me connais par cœur, comme chaque année je vais me retrouver autour du trois/quatre du mois et réaliser que j’ai encore rien foutu. Alors comme chaque année, je me dirai que l’année prochaine, c’est certain, je m’y collerai.

L’avantage du NaNoWriMo c’est de me remettre un peu les idées en place. Ca me rappelle que je pourrais taffer plus, écrire plus, que tout ça c’est qu’une question de courage et d’organisation de mon emploi du temps. Qui sait, un de ces quatre je participerai enfin pour de vrai. En attendant je vais aller acheter du bristol.

Au cas où.

562 – Outside The Box

L’autre soir, c’était pas la fête à la maison. Presque trois heures du matin, le casque vissé sur les oreilles avec de la zique de merde, normal, une coupine sur MSN, normal, Word ouvert sur la presque moitié de ma relecture de roman. Normal. Pourtant j’avais qu’une seule envie, balancer la tour de l’ordinateur à travers la fenêtre, du haut du troisième étage. Mon manuscrit est sauvegardé automatiquement et synchronisé sur trois PC différents, il ne risque rien. Le but aurait été de me défouler. Toutes ces phrases à rallonge, style pompeux de merde, idées stupides, chaque ligne recèle plus de déception que la précédente. Y’a des soirs comme ça, où le courage vous quitte, l’espoir qui vibrait la veille est presque éteint. Saleté de phase à la con. Dans une ancienne note je vous avais expliqué pourquoi peu importe la publication, une fois un manuscrit achevé, il existe. Newsflash : j’ai menti.

Bientôt j’aurais deux blocs de texte reliés sur mon bureau. Même que y’a mon nom dessus. Ce serait difficile de nier qu’ils existent. Pourtant. Ce qui peut suffire au commun des gens ne me va plus. Ces bouquins ne sont pas des expérimentations de jeunesse, ne sont pas des mémoires d’ancien à léguer, ce sont les deux premiers coups de pinceau sur un gigantesque tableau, le début de quelque chose de plus grand, les deux premières marches. J’ai lu y’a pas longtemps dans un très bon article qu’un vrai écrivain ne s’arrêtera jamais d’écrire. Je pense pouvoir y ajouter qu’il n’arrêtera jamais d’essayer de publier. Je crève d’envie de pouvoir parler d’un de mes livres en long en large et en travers en public, pas seulement aux quelques potes qui me connaissent déjà par cœur. Je crève d’envie d’argumenter ses mérites et ses défauts, d’aller le défendre et recueillir des avis d’inconnus. Je crève d’envie qu’un de mes manuscrits vive.

Dans ces moments là, comme l’autre soir, l’envie de réussir est toujours là, mais je n’y crois plus vraiment. C’est possiblement la proximité de la fin de ma relecture, de l’accouchement d’un nouveau bébé, qui me déprime au plus haut point. Je m’imagine déjà, après avoir épuisé mes maigres contacts, vendre un rein à Office Dépôt en échange d’un tas de photocopies qui me vaudront un nouveau paquet de lettres de refus standardisées. Si seulement j’en savais pas autant sur les fonctionnements des éditeurs, j’irai la fleur au fusil, comme la dernière fois. Au fond, peu importe que là, à l’heure où je rédige cette note, je n’y croie plus. Mes états d’âme, probablement passagers, n’ont aucune espèce d’importance. Tout comme les proxénètes ne se suicident pas, les écrivains n’arrêtent jamais d’écrire, les écrivains n’arrêtent jamais d’essayer de faire vivre leur texte.

On me traite parfois de sale jeune pédant, prétentieux et égoiste. Toutes ces qualités ne vous protègent pas indéfiniment de la réalité de l’incertitude face à son travail, de vos peurs face à la possibilité que le rêve ne se réalise pas. La déprime est passagère, et derrière toutes les bravades des bons jours, l’humilité subsiste et, peut-être aussi l’espoir.

Demain, note king size sur le cinéma français.