Y’a quelques semaines est sorti le nouveau bouquin d’Haruki Murakami. Même que je l’ai vu à la RNAC. Vu, mais pas acheté. Tout ça parce qu’on se paye une reformulation absurde du titre original, une couverture jaune dégueulasse et un prix de vente qui avoisine tranquillement les 20 euros pour deux cent pages. Etrangement j’ai reposé le livre sur son étal, parti faire un tour sur l’interweb pour me dégotter un exemplaire en langue anglaise. Après tout, Murakami étant traducteur de romans de langue anglaise en japonais. La version anglaise doit donc être plus fidèle. Mais surtout, huit reuros port compris avec une jolie couverture stylisée et gaufrée. Maintenant vous savez pourquoi j’ai envie de jeter mon mémoire sur le marketing du livre en France par la fenêtre, pourquoi je claque encore ma thune à l’étranger, privant mon pays préféré d’une relance de la croissance. Toutélié !

Murakami approche des soixante ans. Il en aura passé presque trente à courir, quasiment tous les jours, participant à plus de vingt marathons et autres épreuves sportives. « Ce dont je parle quand je parle de courir» est une collection d’essais qui forme un morceau d’autobiographie d’Haruki Murakami. Liant son expérience de la course de fond avec ses mécanismes d’écriture, il dresse le portrait d’un écrivain habité à la foi par son art et pas une force plus profonde. C’est aussi un livre qui parle de la vieillesse, de la prise de conscience des limites qui nous imposent le temps qui passe, que ce soit lors de la fermeture d’un club de Jazz, la perte potentiellement définitive de talent ou bien un corps qui fatigue, qui ne vous porte plus aussi loin qu’avant.

Souvent touchant, parfois anecdotique, What I talk about when I talk about running ne m’aura pas laissé indifférent. Contrairement à une bonne partie de l’œuvre de Murakami, ce dernier livre est très accessible, écrit dans un style clair et sans détours. On retrouve néanmoins toute la poésie des images et réflexions de l’auteur, qui fait de ses expériences passées une force pour décrire son quotidien de marathonien vieillissant. C’est aussi l’occasion de découvrir pourquoi il s’est mis à écrire, comment a-t’il publié son premier roman, sa perception du lectorat. A un niveau plus personnel je suis toujours fasciné par le rapport à l’écriture d’auteurs pour lesquels j’éprouve admiration et respect. C’est amusant quand ma vision diverge radicalement de la leur, comme c’est ici le cas.

Un livre que je recommanderai très fort à ceux qui peuvent lire une version anglaise. Les autres préféreront sûrement attendre une édition poche dans un an, histoire de survivre en ces temps de crise. Demain ciné, forcément.