1026 – Over There

En lisant Télérama ces vacances je me suis tapé une bonne barre de rire. Le film Four Lions était flingué en quatre pauvres lignes. Un film sur des djihadistes abrutis en Angleterre, c’est prodigieusement de mauvais goût. Pendant ce temps-là, chez nos amis ricains, Four Lion atterrit sur une liste de top dix cinéma de l’année sur deux. Un film sur des djihadistes abrutis en Angleterre, c’est magique d’irrévérence.

Si on était logique, on dirait que le critique de Télérama est un tâcheron et que les américains ont raison. Après tout, entre ceux qui ont subis le terrorisme islamique et l’intellectuel de base planqué en banlieue riche parisienne, j’ai plutôt tendance à faire confiance à ceux qui sont en position de savoir si c’est de mauvais goût ou pas. Accessoirement j’ai vu le film, et si la première partie est assez pataude, le final vaut le ticket d’entrée tellement c’est hilarant.

L’année aura été pleine de films accueillis complètement différemment d’un continent à l’autre. Adèle Blanc-Sec est raillé chez nous alors que les geeks ricains adorent. Ils ne connaissent pas la BD de base ni Louise Bourgoin, ça joue. The Kids Are Alright aura été ignoré cet hiver en France alors que ce mélo lesbien demeure un des succès critiques de l’année aux US of A. Les gays à Los Angeles ça parle pas trop aux Parisiens. On peut aussi citer Kaboom par exemple, mais la liste est sûrement encore plus longue. Personnellement j’adore, de voir comment la culture et la mentalité peut transformer un chef d’œuvre en série B merdique d’un pays à l’autre, changer un film de société en vaudeville mal réchauffé.

Du coup j’essaie de savoir qui a raison, ou en tout cas j’essaie d’avoir l’œil neutre et objectif, bien que ce ne soit pas toujours possible. Dans le cas de Four Lions, le film est bancal mais à hurler de rire. Un objet filmique courageux et salvateur. Pour Adèle Blanc-Sec, j’ai malheureusement lue la BD de Tardi. Plusieurs fois. Lol donc. Le cas The Kids Are Alright est différent, dans le sens où j’ai quand même trouvé la chute du film féministe (au sens péjoratif, comme on dirait un film machiste) et que ça m’a un poil gêné. Dire pourquoi serait spoiler. Le film est bon, la morale un peu douteuse. Je suis dans l’entre deux.

En 2011 on recommence. Prenez l’affiche internationale de Green Hornet, où on ne voit quasiment pas Seth Rogen, pourtant acteur principal, au profit de Cameron Diaz. Parce qu’elle est plus connue, fonctionne mieux chez nous. Tout comme on vend le film sur le nom de Gondry. Même tarif pour Tron : Legacy dont le marketing française tourne principalement autour de la présence des Daft « cororico » Punk à la bande son. Ca sera pire que les films indépendants, la branlette franco-française sur Eastwood et Woody Allen (le dernier était mauvais, les ricains l’assument, eux).

Je voulais faire mon mémoire de cette année sur le marketing culturel du cinéma. Sur les différences d’affiches, de cibles, d’appréciation. Sur ce qui fait qu’on choisit une affiche plutôt qu’une autre, sur le fait qu’un film sera mis en avant ou pas.

L’important pour vous c’est de garder l’œil ouvert, de voir au-delà des préjugés et surtout d’aller découvrir ce que le voile de connerie collective vous cache.

938 – Book Review 155

Donc. J’ai finalement lu La carte et le territoire, le nouveau Houellebecq. ON SE DEMANDE BIEN COMMENT !!! Anyway, le bouquin s’est avéré beaucoup plus court que prévu, feintes de pagination oblige, et je l’ai lu assez rapidement. C’est déjà pas mal, pour avoir discuté avec des connaissances qui s’étaient arrêtées à mi chemin, dépitées par le truc. A titre personnel ,j’attaquais ce roman avec l’unique connaissance des deux premiers livres de l’auteur, ses meilleurs, de ce que j’ai cru comprendre. Je n’ai pas subi la supposée purge qu’est La possibilité d’une île. Et en vrai, j’avais plutôt envie de lire La carte et le territoire. Ce malgré les vagues accusations de plagiat, Houellebecq ayant pompé à la ligne près des morceaux de wikipédia. Y’a pas mort d’homme mais c’est quand même un peu la honte si t’as pas la motivation de paraphraser un minimum tes sources. Sinon, la première surprise pour moi fut de constater que le résumé du bouquin est mensonger.

On m’a vendu (lol) La carte et le territoire comme l’histoire de Jed Martin, un type qui photographie des cartes Michelin et devient une star de l’art contemporain français. Sauf que ça, c’est juste le pitch de la première partie. Car le roman est découpé en trois morceaux bien distincts. Le premier est effectivement la carte et le territoire, où l’on suit les études de Jed, sa passion soudaine pour les cartes Michelin et son premier succès en tant qu’artiste. Mais le milieu du livre parle de Peinture, l’artiste ayant décidé de faire une série de portraits représentants les différents métiers que l’on peut exercer en France. Il termine sa série par un portait de Michel Houellebecq, écrivain, avec lequel il semble se lier d’amitié. Enfin le troisième tiers de l’histoire est une courte enquête policière, où l’on cherche à élucider le meurtre brutal de Michel Houellebecq, Jed apportant le mobile du tueur en toute fin de partie avant d’aller mourir dans la campagne (ah tiens si y’a un peu de territoire vite fait).

Le résumé (ainsi que le titre) sont donc totalement mythomanes. La carte et le territoire est en fait « Moi Michel Houellebecq ». Je veux dire, come on, l’écrivain est là les deux tiers du livre, il est l’œuvre ultime de l’artiste Jed et le centre d’une enquête policière. Sans parler du fait que Jed fait copain copain avec Beigbeder (dans une scène qui m’a mis mal à l’aise devant tant de complaisance aveugle pour Frédo) et est lui-même totalement transparent en tant que personnage. A part les rares moments où il décide d’entamer un nouveau projet artistique, il ne fait que subir et attendre que ça se passe. Nous avons un héros apathique qui se laisse glisser et se garde bien de produire des idées ou des réflexions un minimum poussées. Les rares fois où Houellebecq se risque au commentaire social ou à la réflexion artistique, c’est en résumant (parfois sur plusieurs pages) les pensées d’auteurs connus pour conclure « je pense pareil » ou « il a tort ». C’est un peu le reader digest de la philo du coup.

En fait, à mon petit niveau, ce qui m’a le plus emmerdé, c’est de ne pas voir ce que le reste des journalistes ont vu dans le bouquin. On a beaucoup parlé d’une critique de l’art et de la célébrité. C’est une satire en fait. Sauf que je ne l’ai pas vue, il n’y a rien de mordant, ça ne rentre pas dans le lard. Si Jed avait produit un truc vraiment sans intérêt, pourquoi pas, ou s’il s’était exposé aux médias ou aux célébrités dans des séquences qui mettent mal à l’aise, mais non. Une des idées du bouquin c’est d’imaginer Jean-Pierre Pernaut en grande folle post coming out. J’ai trouvé ça complètement débile, sans fondement et du coup grotesque, mais apparemment c’est subversif. Pour un critique littéraire qui sort pas du sixième éventuellement. Moi j’étais surtout consterné. Éventuellement je veux bien reconnaître l’espèce d’éloge timide de la province et de la campagne, le « territoire », mais bon c’est pas de l’enchantement à la Pagnol non plus faut pas déconner.

Au moins tout le monde est d’accord pour dire que la partie policière est complètement foirée. Choisir aux deux tiers du livre de changer de personnage, de thème et de tout reprendre à zéro, c’est aussi couillu que casse gueule. Sauf que là ça marche pas. Passer une centaine de pages sur un flic fatigué qui cherche à comprendre pourquoi on a tué Houellebecq pour découvrir au final que c’était pour lui voler un tableau. COME ON ! Au moins le flic a un chien et l’aime beaucoup. OMG MAIS C’EST COMME L’AUTEUR ! Michel est partout, derrière le clavier d’ordinateur, dans le livre, dans les autres personnages du livre. C’est le seul début d’analyse qu’on peut faire sur La carte du territoire : c’est un livre par Michel sur Michel. Ce n’est pas une satire de l’art, ce n’est pas un bon polar, ce n’est pas une éloge de la campagne.

Surtout, ce n’est pas un bon livre.

Certes, le style est parfois flamboyant et on trouve de bonnes phases, des petites pépites de ci de là. Mais ça ne suffit pas à habiter le néant. Si le récit était mieux tenu, pourquoi pas, si Houellebecq proposait des réflexions qui lui sont propres ou un peu engagées, pourquoi pas, où si le fait de se mettre en scène nous apprenait quelque chose qu’on ne sache pas déjà, pourquoi pas.

En l’état je n’ai juste absolument rien ressenti. La carte et le territoire est suffisamment court et bien écrit pour que je sois arrivé au bout. Mais à aucun moment je n’ai vraiment été pris aux tripes par quoi que ce soit. Tant et si bien qu’une fois arrivé à la dernière page, je me suis demandé très fort ce que l’écrivain a voulu dire, quelles étaient ses intentions.

Dix jours plus tard, j’en sais toujours rien.

915 – Ignited

Deux semaines sur liste d’attente pour obtenir le Kindle, succès oblige. Ça vous donne une idée du nombre de bouquins qui ont atterri sur ma wishlist entre temps. Le packaging est ultra minimaliste. A l’intérieur : un mini guide d’utilisation, un câble et l’eReader. On le charge trois heures pour une autonomie au final d’une semaine en Wifi et un mois déconnecté (tuerie). Le design reste austère vis-à-vis de la concurrence mais ce Kindle 3 encore plus fin qu’avant m’est agréable tant à l’œil (couleur graphite), qu’au toucher (plastique doux qui marque très peu les traces de doigts). Le temps de configurer les paramètres wifi et je transférais mon premier livre acheté sur le Kindle Store (après avoir déclaré habiter aux US pour ne pas payer la TVA et avoir accès aux 25% du catalogue en plus interdit par les éditeurs à l’Europe). Temps total de la manip’, trente seconde. J’ai beau être habitué aux MP3 en streaming ou aux Divx, ça m’a fait quelque chose d’avoir instantanément mon bouquin.

Il m’aura fallu moins de 24 heures pour m’habituer à l’engin. Le contraste de l’écran eInk est juste phénoménal, bien meilleur et agréable à l’œil que celui d’un papier moyen. La possibilité d’adapter police, taille de police, écartement des lignes et mode paysage permet d’optimiser son confort de lecture par rapport à un livre écrit trop petit par exemple pour économiser de la place. Les boutons pour tourner les pages sont en double de chaque côté de l’écran. Du coup je peux me saisir du Kindle et naviguer avec une seule main. Royal. Le temps d’allumage et d’arrêt est proche du néant, magique. Au final j’ai vite réalisé que je lisais plus vite, plus agréablement et plus souvent. Ce sont les avantages de la technologie eInk et du faible encombrement du reader (je refuse de dire liseuse, académiciens, je vous méprise). Au bout de deux jours je ne me voyais pas repasser au papier.

Le feeling du papier c’est cool, mais je peux toujours imprimer des feuilles A4 et les froisser sous mes narines si je suis en manque. Le fait est que je m’en suis passé bien plus vite que prévu. Moi qui suis habitué aux éditions de luxe et couvertures qui brillent, je suis le premier étonné de réaliser que les bénéfices du Kindle oblitèrent les quelques nostalgies vis-à-vis du livre que je pouvais avoir.  Je me demande si les réticences de la plupart des gens ne sont pas une sorte de fantasme symbolique plus qu’autre chose. Bien sûr, je vais encore devoir en acheter, principalement en littérature française, mais une semaine post découverte, je ne peux m’empêcher de grogner lorsque ce que je veux n’est pas disponible en version numérique. Sinon je me dois de signaler la présence d’un système assez bien fichu de marque-pages. On peut aussi prendre des notes, stabiloter des passages (et les partager avec les autres utilisateurs) ou surligner un mot pour voir immédiatement apparaître sa définition grâce au dictionnaire intégré. Fonction bien pratique.

Tout n’est pas rose il reste quelque défauts. Il est par exemple détestable de devoir choisir une affiliation par pays, les US, les UK et l’Europe n’ayant pas les mêmes catalogues. Merci les éditeurs protectionnistes nazis ! Autre truc bien relou, la décision d’Amazon de ne pas supporter le format ePub mais Mobi. Or en France tout est vendu en ePub, précisément pour faire chier Amazon. Si je veux lire un truc français sur mon Kindle je dois acheter le ePub, hacker les DRM puis convertir le fichier en Mobi moi-même. Autant dire que les éditeurs français peuvent aller se faire royalement foutre. A part ces deux petits points de détail, je suis on ne peut plus conquis.

C’est bizarre l’adoption d’une nouvelle technologie. J’ai l’impression que mon usage et mes schémas de pensée ont complètement basculés en quelques jours. La seule chose qui n’a pas changée, c’est le texte, le cœur du roman, retranscrit intact, avec ou sans papier, avec ou sans édition bling bling.

Il reste le même. Et c’est tout ce qui compte.