En lisant Télérama ces vacances je me suis tapé une bonne barre de rire. Le film Four Lions était flingué en quatre pauvres lignes. Un film sur des djihadistes abrutis en Angleterre, c’est prodigieusement de mauvais goût. Pendant ce temps-là, chez nos amis ricains, Four Lion atterrit sur une liste de top dix cinéma de l’année sur deux. Un film sur des djihadistes abrutis en Angleterre, c’est magique d’irrévérence.
Si on était logique, on dirait que le critique de Télérama est un tâcheron et que les américains ont raison. Après tout, entre ceux qui ont subis le terrorisme islamique et l’intellectuel de base planqué en banlieue riche parisienne, j’ai plutôt tendance à faire confiance à ceux qui sont en position de savoir si c’est de mauvais goût ou pas. Accessoirement j’ai vu le film, et si la première partie est assez pataude, le final vaut le ticket d’entrée tellement c’est hilarant.
L’année aura été pleine de films accueillis complètement différemment d’un continent à l’autre. Adèle Blanc-Sec est raillé chez nous alors que les geeks ricains adorent. Ils ne connaissent pas la BD de base ni Louise Bourgoin, ça joue. The Kids Are Alright aura été ignoré cet hiver en France alors que ce mélo lesbien demeure un des succès critiques de l’année aux US of A. Les gays à Los Angeles ça parle pas trop aux Parisiens. On peut aussi citer Kaboom par exemple, mais la liste est sûrement encore plus longue. Personnellement j’adore, de voir comment la culture et la mentalité peut transformer un chef d’œuvre en série B merdique d’un pays à l’autre, changer un film de société en vaudeville mal réchauffé.
Du coup j’essaie de savoir qui a raison, ou en tout cas j’essaie d’avoir l’œil neutre et objectif, bien que ce ne soit pas toujours possible. Dans le cas de Four Lions, le film est bancal mais à hurler de rire. Un objet filmique courageux et salvateur. Pour Adèle Blanc-Sec, j’ai malheureusement lue la BD de Tardi. Plusieurs fois. Lol donc. Le cas The Kids Are Alright est différent, dans le sens où j’ai quand même trouvé la chute du film féministe (au sens péjoratif, comme on dirait un film machiste) et que ça m’a un poil gêné. Dire pourquoi serait spoiler. Le film est bon, la morale un peu douteuse. Je suis dans l’entre deux.
En 2011 on recommence. Prenez l’affiche internationale de Green Hornet, où on ne voit quasiment pas Seth Rogen, pourtant acteur principal, au profit de Cameron Diaz. Parce qu’elle est plus connue, fonctionne mieux chez nous. Tout comme on vend le film sur le nom de Gondry. Même tarif pour Tron : Legacy dont le marketing française tourne principalement autour de la présence des Daft « cororico » Punk à la bande son. Ca sera pire que les films indépendants, la branlette franco-française sur Eastwood et Woody Allen (le dernier était mauvais, les ricains l’assument, eux).
Je voulais faire mon mémoire de cette année sur le marketing culturel du cinéma. Sur les différences d’affiches, de cibles, d’appréciation. Sur ce qui fait qu’on choisit une affiche plutôt qu’une autre, sur le fait qu’un film sera mis en avant ou pas.
L’important pour vous c’est de garder l’œil ouvert, de voir au-delà des préjugés et surtout d’aller découvrir ce que le voile de connerie collective vous cache.
On m’a vendu (lol) La carte et le territoire comme l’histoire de Jed Martin, un type qui photographie des cartes Michelin et devient une star de l’art contemporain français. Sauf que ça, c’est juste le pitch de la première partie. Car le roman est découpé en trois morceaux bien distincts. Le premier est effectivement la carte et le territoire, où l’on suit les études de Jed, sa passion soudaine pour les cartes Michelin et son premier succès en tant qu’artiste. Mais le milieu du livre parle de Peinture, l’artiste ayant décidé de faire une série de portraits représentants les différents métiers que l’on peut exercer en France. Il termine sa série par un portait de Michel Houellebecq, écrivain, avec lequel il semble se lier d’amitié. Enfin le troisième tiers de l’histoire est une courte enquête policière, où l’on cherche à élucider le meurtre brutal de Michel Houellebecq, Jed apportant le mobile du tueur en toute fin de partie avant d’aller mourir dans la campagne (ah tiens si y’a un peu de territoire vite fait).

