Mon sentiment de culpabilité culturelle me fait faire n’importe quoi. Par exemple, ça fait des mois (années ?) que je vois passer le nom de l’auteur Don Dellilo. Les gens autour de moi disent que ses bouquins sont ouf, des articles que je lis me disent que ses bouquins sont ouf, mes recommandations Amazon me disent que ses bouquins sont ouf. Pendant ce temps, j’étais prostré dans un coin de mon studio, à espérer que ça passe. Parce que je n’avais jamais lu un bouquin de Dellilo. J’étais faible et ignare. Don a 75 ans, vit dans le Bronx, il va bientôt mourir et je ne sais rien de son œuvre. Alors quand j’ai vu passer The Angel Esmeralda, le premier recueil de nouvelles de l’auteur, sorti cet automne, j’ai plongé. Ou comment pouvoir dire « moi aussi je sais t’as vu » en un peu plus de 200 pages.

The Angel Esmeralda est l’histoire d’une nonne dépressive dans le bronx, qui essaie de sauver une fillette de la rue, où elle sera malgré tout tuée. Et après on voit le visage de la fillette en superposition sur une affiche Tropicana jusqu’à ce que la municipalité change la publicité en une autre. Et voilà.
Sinon on a l’histoire d’une couple coincé dans un aéroport à l’autre bout du monde. Les aventures de deux étudiants qui se inventent une vie à un type qu’ils croisent souvent dans la rue. Dans l’espace, deux hommes réfléchissent à ce que ça fait que de vivre dans l’espace. Sinon, un col blanc en prison regarde ses filles présenter le JT à la TV.
Et là ce fut le gros malaise de lecteur : AUCUNE des nouvelles ne m’a ne serait-ce qu’un tout petit peu intéressé. A aucun moment je n’ai ressenti l’envie avide de savoir ce qui allait se passer ensuite. Aucun des personnages ne m’a motivé à connaître son histoire. Ce fut, pour moi, un drame narratif total et absolu. Une plongée dans le vide. Les fans du livre louent le malaise génial d’individus confrontés à leurs limites et fait réfléchir sur la condition humaine. Je sais pas ce qu’ils prennent, mais ça a l’air trop bien. J’en veux. Pour de vrai.
Dans l’introduction du recueil, l’éditeur se félicite de pouvoir enfin proposer un recueil du génial Dellilo. Le problème jusqu’ici avait été le manque de matière première. Autrement dit, les neuf textes du livre sont la moitié de la petite vingtaine des nouvelles écrites par Don dans toute sa vie. Elles sont classés par période d’écriture et non thématique, pour contempler la progression de l’écrivain au fil des décennies.
Alors oui, c’est superbement écrit. D’ailleurs je crois ne pas avoir surligné autant de passages dans un livre depuis des mois. Don Dellilo sait écrire, avec tout plein de talent. C’est sublime, mais au service de quelque chose qui ne me touche pas, qui me passe au-dessus, loin, très haut. La bonne nouvelle étant que, d’après les critiques pour le moins mitigées de The Angel Esmeralda, je ne suis pas le seul à barboter dans la déception.
La mauvaise, de nouvelle, c’est que ces mêmes critiques disent que les romans de l’écrivain sont beaucoup mieux. J’ai l’impression de ne pas être plus avancé, mais d’avoir encore plus la trouille qu’avant.
MERCI DELLILO.
Alors je retourne dans mon coin, à pleurnicher, le temps de trouver une valeur à peu près sûre pour ma prochaine lecture.



L’année aura été pleine de films accueillis complètement différemment d’un continent à l’autre. Adèle Blanc-Sec est raillé chez nous alors que les geeks ricains adorent. Ils ne connaissent pas la BD de base ni Louise Bourgoin, ça joue. The Kids Are Alright aura été ignoré cet hiver en France alors que ce mélo lesbien demeure un des succès critiques de l’année aux US of A. Les gays à Los Angeles ça parle pas trop aux Parisiens. On peut aussi citer Kaboom par exemple, mais la liste est sûrement encore plus longue. Personnellement j’adore, de voir comment la culture et la mentalité peut transformer un chef d’œuvre en série B merdique d’un pays à l’autre, changer un film de société en vaudeville mal réchauffé.
En 2011 on recommence. Prenez l’affiche internationale de Green Hornet, où on ne voit quasiment pas Seth Rogen, pourtant acteur principal, au profit de Cameron Diaz. Parce qu’elle est plus connue, fonctionne mieux chez nous. Tout comme on vend le film sur le nom de Gondry. Même tarif pour Tron : Legacy dont le marketing française tourne principalement autour de la présence des Daft « cororico » Punk à la bande son. Ca sera pire que les films indépendants, la branlette franco-française sur Eastwood et Woody Allen (le dernier était mauvais, les ricains l’assument, eux).