1218 – Book Review 207

Mon sentiment de culpabilité culturelle me fait faire n’importe quoi. Par exemple, ça fait des mois (années ?) que je vois passer le nom de l’auteur Don Dellilo. Les gens autour de moi disent que ses bouquins sont ouf, des articles que je lis me disent que ses bouquins sont ouf, mes recommandations Amazon me disent que ses bouquins sont ouf. Pendant ce temps, j’étais prostré dans un coin de mon studio, à espérer que ça passe. Parce que je n’avais jamais lu un bouquin de Dellilo. J’étais faible et ignare. Don a 75 ans, vit dans le Bronx, il va bientôt mourir et je ne sais rien de son œuvre. Alors quand j’ai vu passer The Angel Esmeralda, le premier recueil de nouvelles de l’auteur, sorti cet automne, j’ai plongé. Ou comment pouvoir dire « moi aussi je sais t’as vu » en un peu plus de 200 pages.

The Angel Esmeralda est l’histoire d’une nonne dépressive dans le bronx, qui essaie de sauver une fillette de la rue, où elle sera malgré tout tuée. Et après on voit le visage de la fillette en superposition sur une affiche Tropicana jusqu’à ce que la municipalité change la publicité en une autre. Et voilà.
Sinon on a l’histoire d’une couple coincé dans un aéroport à l’autre bout du monde. Les aventures de deux étudiants qui se inventent une vie à un type qu’ils croisent souvent dans la rue. Dans l’espace, deux hommes réfléchissent à ce que ça fait que de vivre dans l’espace. Sinon, un col blanc en prison regarde ses filles présenter le JT à la TV.

Et là ce fut le gros malaise de lecteur : AUCUNE des nouvelles ne m’a ne serait-ce qu’un tout petit peu intéressé. A aucun moment je n’ai ressenti l’envie avide de savoir ce qui allait se passer ensuite. Aucun des personnages ne m’a motivé à connaître son histoire. Ce fut, pour moi, un drame narratif total et absolu. Une plongée dans le vide. Les fans du livre louent le malaise génial d’individus confrontés à leurs limites et fait réfléchir sur la condition humaine. Je sais pas ce qu’ils prennent, mais ça a l’air trop bien. J’en veux. Pour de vrai.

Dans l’introduction du recueil, l’éditeur se félicite de pouvoir enfin proposer un recueil du génial Dellilo. Le problème jusqu’ici avait été le manque de matière première. Autrement dit, les neuf textes du livre sont la moitié de la petite vingtaine des nouvelles écrites par Don dans toute sa vie. Elles sont classés par période d’écriture et non thématique, pour  contempler la progression de l’écrivain au fil des décennies.
Alors oui, c’est superbement écrit. D’ailleurs je crois ne pas avoir surligné autant de passages dans un livre depuis des mois. Don Dellilo sait écrire, avec tout plein de talent. C’est sublime, mais au service de quelque chose qui ne me touche pas, qui me passe au-dessus, loin, très haut. La bonne nouvelle étant que, d’après les critiques pour le moins mitigées de The Angel Esmeralda, je ne suis pas le seul à barboter dans la déception.

La mauvaise, de nouvelle, c’est que ces mêmes critiques disent que les romans de l’écrivain sont beaucoup mieux. J’ai l’impression de ne pas être plus avancé, mais d’avoir encore plus la trouille qu’avant.

MERCI DELLILO.

Alors je retourne dans mon coin, à pleurnicher, le temps de trouver une valeur à peu près sûre pour ma prochaine lecture.

1211 – For Hire

J’ai toujours adoré le concept du comic Heroes For Hire. Au départ était Luke Cage (aka Power Man, aka le sodomite de l’univers Marvel), un super héros mineur et sans le sou. En plus de ses activités bénévoles de sauveteur du monde, il acceptait des missions rémunérées, de la part de simples citoyens. Avec son meilleur ami Danny Rand (aka Iron Fist, see what I did there ?) ils ont fini par monter Heroes For Hire Inc., une agence de détectives/gardes du corps composée de super héros mineurs. Tous les personnages bis et ter de Marvel qui étaient trop losers pour supporter leur propre série, ces laissés pour compte de la grande histoire, allaient défendre la veuve et l’orphelin moyennant un petit chèque, histoire de payer la facture d’électricité à la fin de mois. Joindre l’utile à l’utile en somme. Des super héros de la vraie vie. #OccupyMarvel

Pendant plusieurs années, je n’ai pas voulu écrire ailleurs qu’ici sur les Internets. Quand j’ai fini par pondre quelques articles pour mon copain Philippe, c’était à la condition de les reprendre ici. Parce que je ne voulais pas faire d’heures supplémentaires en plus de TPB qui me bouffait tout mon temps libre. Puis j’ai ralenti mon rythme de publications bloggesques, pour respirer. Le monde réel m’a fait comprendre que cet espace n’était pas forcément ma petite bulle magique dans laquelle se réfugier. Et au même moment j’ai réalisé qu’ailleurs, je pouvais angler différemment un peu ce que je faisais, radoter autrement, ou parler de trucs qui n’avaient rien à voir. Sur Gentlemec je pouvais faire un report sportif du Quiksilver Pro, tandis que chez Another Whisky je reprenais mes théories marketingo-littéraires sous une forme nouvelle. Je remixe, mes textes, mes idées, moi-même.

J’ai simplement commencé à demander si, hey, je pouvais pas te pondre un texte ou deux. J’ai accepté quand on m’a demander si, hey, tu pouvais pas me pondre un texte ou deux. Peu importe, je remercie du fond de mon petit coeur de pipou ceux qui me laissent s’amuser chez eux. Peut-être que je suis un mini Hero for hire. Comme je n’ai pas la peau indestructible de Power Man ou les poings du dragon d’Iron Fist, j’écris simplement des trucs gratuitement. Pour le plaisir. Ce qui enrage un peu les potes qui me tannent depuis des années pour que j’aille monnayer mes services dans des structures qui impriment du papier. Sauf que j’ose rien, parce que ce n’est pas ce que je veux « vraiment ». A savoir rendre service et prendre mon pied pendant une heure sous Word (plus quelques mails de correctifs). Puis parait qu’il existe une Ligue des pigistes extraordinaires pour ça.

Je suis en dessous, chez les Writers for hire. On a un bureau qui ne paie pas de mine dans le Bronx, avec une pancarte pas droite et du café froid. Mais on s’amuse et si on peut filer un coup de main, ça nous suffit pour le moment.

LINK STAGE !!!

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1026 – Over There

En lisant Télérama ces vacances je me suis tapé une bonne barre de rire. Le film Four Lions était flingué en quatre pauvres lignes. Un film sur des djihadistes abrutis en Angleterre, c’est prodigieusement de mauvais goût. Pendant ce temps-là, chez nos amis ricains, Four Lion atterrit sur une liste de top dix cinéma de l’année sur deux. Un film sur des djihadistes abrutis en Angleterre, c’est magique d’irrévérence.

Si on était logique, on dirait que le critique de Télérama est un tâcheron et que les américains ont raison. Après tout, entre ceux qui ont subis le terrorisme islamique et l’intellectuel de base planqué en banlieue riche parisienne, j’ai plutôt tendance à faire confiance à ceux qui sont en position de savoir si c’est de mauvais goût ou pas. Accessoirement j’ai vu le film, et si la première partie est assez pataude, le final vaut le ticket d’entrée tellement c’est hilarant.

L’année aura été pleine de films accueillis complètement différemment d’un continent à l’autre. Adèle Blanc-Sec est raillé chez nous alors que les geeks ricains adorent. Ils ne connaissent pas la BD de base ni Louise Bourgoin, ça joue. The Kids Are Alright aura été ignoré cet hiver en France alors que ce mélo lesbien demeure un des succès critiques de l’année aux US of A. Les gays à Los Angeles ça parle pas trop aux Parisiens. On peut aussi citer Kaboom par exemple, mais la liste est sûrement encore plus longue. Personnellement j’adore, de voir comment la culture et la mentalité peut transformer un chef d’œuvre en série B merdique d’un pays à l’autre, changer un film de société en vaudeville mal réchauffé.

Du coup j’essaie de savoir qui a raison, ou en tout cas j’essaie d’avoir l’œil neutre et objectif, bien que ce ne soit pas toujours possible. Dans le cas de Four Lions, le film est bancal mais à hurler de rire. Un objet filmique courageux et salvateur. Pour Adèle Blanc-Sec, j’ai malheureusement lue la BD de Tardi. Plusieurs fois. Lol donc. Le cas The Kids Are Alright est différent, dans le sens où j’ai quand même trouvé la chute du film féministe (au sens péjoratif, comme on dirait un film machiste) et que ça m’a un poil gêné. Dire pourquoi serait spoiler. Le film est bon, la morale un peu douteuse. Je suis dans l’entre deux.

En 2011 on recommence. Prenez l’affiche internationale de Green Hornet, où on ne voit quasiment pas Seth Rogen, pourtant acteur principal, au profit de Cameron Diaz. Parce qu’elle est plus connue, fonctionne mieux chez nous. Tout comme on vend le film sur le nom de Gondry. Même tarif pour Tron : Legacy dont le marketing française tourne principalement autour de la présence des Daft « cororico » Punk à la bande son. Ca sera pire que les films indépendants, la branlette franco-française sur Eastwood et Woody Allen (le dernier était mauvais, les ricains l’assument, eux).

Je voulais faire mon mémoire de cette année sur le marketing culturel du cinéma. Sur les différences d’affiches, de cibles, d’appréciation. Sur ce qui fait qu’on choisit une affiche plutôt qu’une autre, sur le fait qu’un film sera mis en avant ou pas.

L’important pour vous c’est de garder l’œil ouvert, de voir au-delà des préjugés et surtout d’aller découvrir ce que le voile de connerie collective vous cache.