1245 – (Is that really a) Book Review 214

La semaine dernière j’ai conseillé à un pote qui s’intéresse beaucoup aux filles de lire The Game, de Neil Strauss. Il a botté en touche et fait une blague pour s’extirper de là. Il a tort.

Maïa a parlé du dernier bouquin de Mystery ces derniers jours. Mystery, c’est le mec qui a inventé le Game, le type qui a décidé d’utiliser son esprit de nerd pour décoder les socio-dynamiques de la drague. C’est aussi et surtout le mentor de Neil Strauss dans The Game. J’ai parcouru rapidement les commentaires de l’article de Sexactu, pour réaliser que, un peu comme mon pote, ses lecteurs refusaient en bloc de se frotter aux bouquins des dragueurs pros. Ils préféraient dénigrer, lancer une petite vanne et s’enfuir dans un nuage de fumée. J’ai fini par me demander si cette réaction épidermique ne cachait pas une peur, celle que ces conneries de branleurs fonctionnent. On préfère toujours se voiler la face vis-à-vis de ce qui peut remettre en cause notre perception de la réalité.

A titre personnel, je pense qu’il faut se frotter à tout, ou au minimum savoir que cela existe. Du coup, par réaction contraire opposée (troisième loi de Newton) aux voileurs de face, j’ai chopé le Revelation de Mystery. Et je l’ai lu.

Si je recommande The Game, c’est qu’il s’agit d’un livre de journaliste. Neil Strauss est biographe et gratte-papier professionnel, il raconte une expérience en immersion, tire des conclusions personnelles et ajoute sa part d’humanité à l’histoire. C’est d’ailleurs pour ça que je le recommande, ce n’est pas un livre sur la drague, c’est un livre sur le milieu des dragueurs. A contrario, Revelation est un manuel scolaire. Il reprend la base : comment gérer et optimiser toutes les étapes qui vont de « je repère une fille » à « je couche avec cette fille ». Ça passe par une longue introduction théorique sur le fonctionnement relationnel des hommes et des femmes, avant de passer aux conseils plus pratiques. Et là, magie de l’orientation misogyne des propos. C’est délicieux parce que très drôle si pris au second degré, et flippant si appliqué à quelques filles pas trop malignes de son propre entourage.

D’ailleurs, mon exercice mental favori durant la lecture a été d’associer les différentes tactiques et conseils à serial-choppeurs que je peux connaître et côtoyer. Début d’effroi quand tu commences à réaliser qu’ils utilisent bel et bien, souvent de manière inconsciente, des préceptes et feintes conseillés par Mystery et ses potes.

Il faut dire que je crois au Game, pour une raison toute conne : j’ai vu quelqu’un s’en servir avec succès. Même si, comme pour tout, il aura fallu bouffer des mois d’entrainement et d’échecs. Mais la technique fonctionne, entre astuces, stratégies plus ou moins complexes et état d’esprit général.

La mauvaise nouvelle c’est que Revelation ne va transformer personne en über-dragueur de la mort. Pour ça, il faudra de la sueur, des larmes, et beaucoup de documentation annexe. D’ailleurs le livre est émaillé de références et citations externes, ce qui donne parfois de lire un vrai papier scientifiques (oh god). Au final, Revelation est un peu comme The Game dans le sens où il est une introduction à un milieu, une philosophie, et peut servir d’encouragement à qui veut en savoir plus. Une lecture rapide permet même de retenir quelques conseils qui vont du bon sens ou pro tip sans pour autant devenir misogyne ou psychopathe. Ce qui est toujours bon à prendre. Dans tous les cas, il est le versant non narratif du livre de Strauss. L’un comme l’autre sont parfait pour assouvir une curiosité.

Et comme c’était déjà le cas pour The Game, je ne peux que recommander la lecture en diagonale d’un PDF pirate ou sur un étal pour savoir que cela existe. L’humain est vaste, ses ressources aussi. Que l’on adhère ou pas, il est toujours intéressant de se frotter à la question.

Même (sourtout ?) un lendemain de St Valentin.

1185 – Mute

En ce qui me concerne, tu peux aller te faire foutre. Et ce que tu penses, j’en ai rien à battre. Alors le mieux c’est que tu répondes même pas, qu’on en reste là. Bonne continuation (connasse).

J’ai dû être un peu moins violent que ça. Mon souvenir est forcément pire que ce que j’ai pu balancer sur le moment. Je reste certain que c’était pas joli. Il faut dire que le but était qu’elle ne réponde pas. Parce que je ne pouvais pas en entendre plus sans retourner mon bureau, arracher ma porte d’entrée de son cadre ou faire du baseball avec une batte cloutée et le chat de ma voisine. J’en avais assez. Bien sûr, c’était illusoire. D’une si je ne voulais pas de réponse je n’avais qu’à commencer par me taire. De deux, si j’avais été le destinataire du mail, j’aurais fait tous les trucs de la phrase précédente avant de répondre un truc encore plus ordurier. Forcément qu’elle allait me répondre. Alors j’ai fait ce qui’il fallait.

J’ai passé la conversation en « muet ».

La fonction Mute de Gmail est d’un génie sans nom. Au lieu de bannir une adresse email, un mot clef ou créer un filtre spécial pour envoyer une conversation automatiquement à la poubelle, on peut simplement rendre passer la discussion en muet. Elle disparaît de la boîte aux lettres, et toutes les réponses à venir ne s’afficheront jamais non plus. Retirer l’engueulade ciblée de la partie. MAGIQUE. Alors je n’ai jamais eu de retour de mail. Bien que je reste persuadé qu’il y en a eu un. D’ailleurs, il est (peut-être) encore là, dans mon onglet Mute. Il suffirait que je clique dessus pour le lire, et sûrement me conforter dans la colère que j’ai ressentie à ce moment. Sauf que je n’irai pas voir ce qui se trouve dans ce dossier interdit. Ah ah, pas fou le paranoïaque !

A moins que.

Il parait que la curiosité est un vilain défaut. C’est lui qui, par exemple, vous fait acheter du sirop kiwi-banane (bonne idée) ou googler des filles du lycée disparues (mauvais idée). Surtout, la curiosité, c’est celle qui vous fait vous demander ce qui se passe dans le dossier mute, entre les conversations à rallonge, les engueulades et les mails de haters. Qu’est-ce qui se passera, le long soir d’hiver où, bouffé par la nostalgie, la solitude, j’irai voir ? Parce qu’au fond, je m’en veux pour ce que j’ai dit. Qu’on soit clairs, je lui en veux d’abord pour ce qu’elle a dit. Mais même. Dans l’idée, j’aimerais seulement pouvoir repartir à zéro. Si ça se trouve, son mail de réponse était posé. Si ça se trouve, comme moi, après un certain temps, elle réalise l’absurdité du truc, s’est détendue. Ou si ça se trouve, elle n’a jamais répondu. Oh et puis merde, je vais voir main…

NON ! VILAIN LE REILLY ! VILAIN !

Ne pas aller fouiller dans mon dossier Mute est la raison 9001 au fait que je ne boive pas une seule goutte d’alcool. Parce que je me connais. Alternativement, je pourrais aussi, et surtout, essayer de ne plus m’engueuler avec les gens que j’aime. Et inversement.
Ce serait un bon début.

701 – Sex Intention

Ca m’est arrivé y’a pas longtemps. Vous savez ce moment où tu débriefes des trucs qui servent à rien avec une fille. Genre « Ouais tu sais sincèrement dès que je t’ai vu à cette soirée j’ai trop flashé ». Tous ces petits détails, votre version, sa version. Le but du jeu est autant de satisfaire une curiosité malsaine que de se booster l’égo. Bon, des fois ça merdoie. Comme cette fille qui m’a un jour dit « Franchement au début t’étais vraiment pas mon style mais bon t’as su me convaincre ! ». Biatch. Mais bon, ça fait partie du jeu, du badinage et toutes ces conneries. Puis, forcément, à un moment, tu tombes sur la fille qui va te sortir la question à jamais sortir sur l’oreiller, pour pas venir tout pourrir. « Plus sérieusement, quand tu m’as appelé, tu voulais juste me sauter en fait ? » A ce moment là tu respires un grand coup, tu fermes les yeux et tu te tires de ce merdier comme tu peux.

Parce que la vérité, c’est que souvent, bah ouais je t’appelle pour qu’on baise. Si je voulais prendre des nouvelles, j’aurais ouvert MSN. Si je voulais voir ta tête, j’aurais branché la cam Ca va je déconne. Mais tu ne peux pas en toute sincérité dire que nan, absolument jamais de la vie, quand je t’ai proposé d’aller boire un verre à vingt mètres de chez moi, j’espérais rien du tout. Alors généralement tu feintes. « Oui mais tu vois en vrai je voulais te voir et je suis très content qu’on ait fini au pieu, mais c’est qu’un bonus vis-à-vis du super début de soirée qu’on a passé ensemble ». Sans déconner sérieux. Le fond du problème c’est que la question est mal posée du départ. Tout ça c’est la faute des filles, beaucoup trop fourbes pour formuler une question nuancée. Non je ne voulais pas « juste » te sauter. Je voulais un tas de trucs parfois paradoxaux qui incluent, effectivement, te sauter.

La vie, c’est pas binaire en fait (quel twist !). On peut, comme la biatch du premier paragraphe, aller au ciné avec un mec qui n’est pas son style et envisager après coup de lui rouler des pelles sur le quai du métro. Peut-être qu’à force de rabâcher aux nanas que les mecs sont tous des gros porcs, elles s’imaginent qu’on a que deux seules fonctionnalités de base : asexué ou pervers. Et certes, ça m’est parfois arrivé d’appeler une fille juste pour lui faire les cuisses, ou simplement d’aller me caler dans un ciné sans aucune autre arrière-pensée que de passer un bon moment avec une copine. Mais la majorité du temps j’aime voir une copine pour les deux, le cul comme tout ce qui n’est pas le cul. Alors ouais, quand y’a pas longtemps je me suis retrouvé soumis à la question, je me suis empêtré pendant dix minutes dans mes explications pour faire valoir la vie en gris. Tout ça pour m’entendre répondre « Ah bah moi quand je t’ai vu m’autre soir, je t’aurais bien ramené chez moi ! ». C’était bien la peine de se justifier tiens… Les filles, plus obsédées reloues tu meurs.

Je crois qu’en fait le mieux c’est encore d’éviter ce genre de débats et considérations égotiques mal placées. Mais la curiosité est un vilain défaut, et quand on vient de baiser, on s’accroche à nos autres vices en attendant de remettre le couvert. Saleté.

Demain, on parlera de scripts.