886 – Ciné Club 103

Quand j’étais môme, à l’époque où je vivais sans TV, je me suis retrouvé une semaine en Auvergne, chez des amis. C’était naze pour Le Reilly du passé. Rien à faire dans le coin, des insectes partout et on se les gelait comme pas permis. Heureusement dans la pièce TV j’avais une cassette de Hook (je ne me souviens plus d’où). Alors je l’ai regardé pour passer le temps. Plusieurs fois. Sans compter les passages que je rembobinais pour les kiffer encore plus. Je crois bien que j’ai du visionner la VHS une bonne dizaine de fois en une petite semaine. A ce moment là, pour moi, Hook était le meilleur film de l’histoire du cinéma. J’ai même acheté le jeu Game Gear dont la musique résonne encore dans mes oreilles quinze ans plus tard. Tout ceci, c’était bien avant qu’on m’explique que Hook est un film de merde.

Sur le papier le film pouvait pas vraiment être mauvais. L’idée de base est cool : avoir Peter Pan adulte et papa qui a tout oublié et doit tout réapprendre pour sauver ses enfants de l’infâme Capitaine Crochet. Derrière la caméra on a tonton Steven Spielberg pour mettre la pression. Devant, un casting de luxe avec Robin Williams, Dustin Hoffman (avec la voix VF d’Harrison Ford, Richard Darbois représente), Julia Roberts et le sous utilisé Bob Hoskins. Si tu rajoutes les caméos c’est la fête entre Glen Close, Carrie Fisher, Georges Lucas et Gwyneth Paltrow. Pourtant le film est assez universellement décrié. Ce serait le film de la honte dans la film de Steve, celui dont on ne doit pas prononcer le nom, qui ne mérite pas qu’on se souvienne de lui. Je l’ai revu hier matin, pour la première fois depuis des années. Et ouais, avec le recul, je dois admettre que c’est pas la joie.

C’est l’ex femme de ma vie qui m’a motivé à le revoir. On a cherché un DivX correct mais rien. Alors je me suis résolu à acheter le DVD. En France il fait partie de la « Julia Roberts collection ». Si c’est pas une stigmate de honte je sais pas ce qu’il vous faut. Une édition anglais à 4€ plus tard et je le lançais sur ma maouss TV. Dieu que c’est cheap. La quasi-totalité du film a été tournée en studio et ça se voit. Les lieux sont limités, les personnages vont d’un set à l’autre sans réelle transition, la caméra a beau varier les angles on étouffe et les décors de fond sont des cache-misères. Clochette ne sert à rien, la fille de Peter disparaît pendant la moitié du film, plein d’idées sont sous-exploitées et l’ensemble est un peu mou. J’ai été forcé de reconnaître qu’à un niveau purement objectif, le film n’est pas bon.

Mais alors pourquoi j’ai pleuré en cachette pendant les moments émouvants ? Pourquoi j’ai tenu jusqu’au bout avec un sourire débile sur les lèvres ? Quand j’étais môme, j’avais kiffé, loin de considérations critiques et techniques. Pendant deux heures, j’ai été un peu môme. Encore. Je sais que la prochaine fois qu’on bâchera Hook en ma présence, je me tairais, parce que j’aurais tort. Mais j’aurais aussi un peu de bonheur au coin de mon discret rictus.

801 – Dark Spider

Cette semaine le pourtant d’ordinaire fabuleux blog Io9 a produit un article pour le moins étrange. Il faut que le nouvel acteur qui jouera Spider-Man au cinéma soit noir ! Pourquoi ? Parce que. Non mais, parce que quoi ? Parce que Peter Parker est assez neutre au niveau du background pour qu’on change son ethnicité sans toucher au scénario, et parce que y’a pas assez de super-héros noirs et parce qu’on peut. Okay. S’en est suivi des centaines de commentaires plus ou moins éclairés. Puis l’article est venu aux oreilles de Donald Glover, l’excellent acteur noir qui joue Troy dans Community. Le mec a twitté qu’il était prêt à tout pour auditionner pour le rôle de Peter Parker. Emballement sur Twitter, Donald4Spiderman est devenu un trending topic (conversation populaire) et la presse généraliste s’est emparée du sujet, chacun donnant son avis sur le débat. Enfer et consternation derrière mon bureau, où j’ai légèrement eu envie de me pendre.

J’aime beaucoup l’hypocrisie généralisée. Lorsque le film tiré de la série Avatar : The Last Airbender a commencé son tournage, la nation fanboy a hurlé à la mort parce que les acteurs étaient quasiment tous blancs, là où l’anime met clairement en scène des asiatiques. Le whitewashing c’est mal ! Respectez les minorités ! Et maintenant on a un petit groupe en mode « Le blackwashing c’est progressiste ! Peter Parker toujours blanc c’est raciste » face à la bande en mode « Mais c’est du racisme anti blanc ! ». Okay. Comment vous voulez pas vous flinguer après ça. A titre purement personnel ça me ferait chier si Peter Parker n’avait plus sa mèche de cheveux cool (même si un Afro-Spider-Man dans un univers alternatif j’achèterais grave). Idéologiquement j’estime que vouloir rendre noir un personnage blanc depuis plus de quarante juste pour le principe moralement très très doudeux. Je pense aussi que, niveau script ce serait bordélique. Soit tu fais un scénar’ avec Peter Parker renoi et personne qui réagit (dans ce cas là à quoi bon ? c’est douteux), soit tu fais un script où l’ethnicité rentre en jeu (banco, tu changes les thèmes et les emmerdes du héros et c’est plus Spider-Man du coup).

En vrai Donald se fiche pas mal des logiques de couleur, il veut jouer Peter Parker juste parce que c'est TROP COOL ! (et il a raison)

En vrai, ça me fait bien rire, parce qu’un Spider-Man de couleur, ça a déjà été fait. D’ailleurs c’est un de mes comics préférés de tous les temps. L’histoire d’un gamin noir à NY qui vit avec sa mère camée et son beau père qui la bat. Heureusement il est l’ami d’un Spider-Man imaginaire qui vient le visiter régulièrement. Un jour la mère meurt sous les coups du beau père, l’orphelin est finalement placé avec son oncle et sa tante (comme Peter Parker). Il doit déménager loin du centre ville. Alors Spider-Man vient lui rendre une dernière visite pour lui dire au revoir, lui souhaiter bon courage. Et comme le gosse a du grandir vite, Spider-Man décide de lui serrer la main, comme à un homme. Pour marquer le coup, il enlève son masque et révèle son visage, celui d’un afro-américain. Parce que dans l’imaginaire de l’enfant, Spider-Man est noir. Le comic finit comme ça, sur cette image en pleine page sans texte. Bam. Dans ta gueule.

Au final, on sait tous que peu importe le talent de Donald Glover, indépendamment du débat raciste ou pas, il ne sera pas retenu pour le rôle. Le marché américain et international n’est pas prêt. Vu les coûts de production, de marketing, ce serait beaucoup beaucoup trop risqué. Même si je peux comprendre l’envie de certain de voir plus d’acteurs de toutes les ethnicités en tête d’affiche de films mainstreams, se rapproprier une icône de la culture américaine par jalousie mal placée, c’est sale. Si jamais on faisait un remake de Blade avec un acteur blanc ce serait un tôlé général. Le racisme, tout comme la tolérance, c’est dans les deux sens les gars. Et ce n’est pas comme si tout était perdu. Marvel Studios envisage sérieusement un film Luke Cage (blacksloitation !), le dessin animé Balck Panther va être diffusé sous peu. Donald devrait plutôt emmerder Warner pour qu’ils fassent une adaptation du meilleur dessin animé de super héros avec un renoi de tous les temps : Static Shock.

Demain, mémoire, seriously.

SHOCK STAGE !!!

709 – The Prices Aren’t Alright

C’est fou la perception qu’ont les gens du prix de la culture. Ca n’a jamais été aussi évident que dans les commentaires sur mon article sur UGC. On ne questionne pas vraiment le prix du lait, ou d’une bagnole, d’une console de jeu, d’un appart’. Bien sûr on gueule quand c’est trop cher, on s’abstient quand on n’a pas les moyens. Mais quelque part on comprend par quelle logique le prix est fixé. Alors que la culture, forcément, c’est plus vague. Deux films qui ont coûtés des sommes diamétralement opposées pour être tournés se retrouvent vendus au même prix en DVD, leur place de ciné coutant la même chose. Et puis une bouteille de lait chacun en tire la même chose, un bête putain de litre de lait. Alors qu’un film, qu’un livre, on ne sait pas à l’avance si on va en avoir pour son argent, pour son temps.

Si je vous parle de ça c’est parce que depuis un mois je veux le Blu-Ray de Jennifer’s Body. Ce film est dans mon top 10 de 2009 et un objet cinématographique que j’ai envie de revoir, tout comme je crève d’envie de sucer la galette jusqu’à la moelle pour ses bonus. Seulement, il coûte trop cher. Ou tout du moins j’estime qu’il coûte trop cher pour moi. L’autre jour j’étais à Virgin Mégamagasin et l’étiquette de 25€ avait le même effet sur moi qu’un crucifix sur un vampire. Comme le disque US est zoné (merci la Fox), le plus bas tarif se trouve en Angleterre, pour 18€ et sur Amazon à 20€. J’avais écrit tout un article sur la politique de prix des Blu-Ray à travers le monde face au DVD mais j’ai préféré vous l’épargner et repartir de zéro. Parce que le fond du problème je crois, c’est que si je ne suis pas prêt à mettre un billet pour un film dont je meurs d’envie, c’est à cause de ma carte illimitée UGC.

C’es mon côté homo économicus. Je vais au cinéma en moyenne entre huit à dix fois par mois. Ce qui me ramène chaque film à un peu plus de deux euros, sur un écran géant avec les fauteuils qui vont bien. Le blu-ray de Jennifer’s Body me coûterait donc dix fois la valeur que j’accorde au quotidien à un visionnage de film. Sachant que je vais le regarder une fois seul, une fois pour les bonus et peut-être deux fois avec des amis. Soit quatre fois deux euros. Mettons que je considère que la haute def’ et la flexibilité d’avoir la galette chez moi valent deux euros à mes yeux. Me voilà seulement à la moitié du prix de vente du film. Dix euros, c’est ce que j’ai payé pour mes autres Blu, neufs ou d’occasion : Fight Club, 99Francs, Southland Tales et Closer. C’est le prix plafond dans mon cerveau malade. Voilà peut-être ce que je voulais dire quand je disais que vingt euros pour une carte ciné Illimitée c’était rien. Pour le prix d’un film sur disque, je vais dix fois au cinéma par mois. Ou comment remettre en cause tout mon système de valeur des galettes en plastique.

Parce qu’il y a une époque où j’achetais des DVD le jour de leur sortie, où j’ai déboursé mon billet de vingt pour Incassable Collector avec boîtier deluxe de sa race. Mais maintenant j’arrive juste pas. Alors je fais comme je peux, à savoir que je couine sur mon blog que la vie c’est trop cher et que le pricing des films est absurdes (damn je regrette mon autre note finalement). Et je vais faire comme d’hab’, comme j’ai fait pour Bayonetta sur Xbox par exemple, je vais attendre que ça baisse (oui je sais, ça paraît fou).

M’empêchera pas de vous en parler demain.