En l’an 2000, pour voir des films, le mieux c’était encore Canal +. Je me souviens quand, chez mon pote Nicolas, j’épluchais son programme mensuel à la recherche des films que je voulais qu’il m’enregistre. Oui, c’était complètement profiter. Ce mois-là j’avais flashé sur Le Détonateur, un pastiche bas de gamme du Fugitif avec Leslie Nielsen. Le père de Nico l’a enregistré quand il est passé, puis j’ai récupéré la cassette que j’ai regardée à la maison. Puis j’ai effacé la bande pour mettre autre chose dessus. Sauf que le père de mon pote voulait le voir le film. D’ailleurs puisque c’était lui qui l’avait enregistré c’était SON film. Du coup on a commencé à me le réclamer. Mort de trouille, le pater étant du genre vénère, j’ai feint de pas encore avoir regardé le truc, puis de l’avoir prêté, puis de l’avoir perdu. J’ai tourné autour du pot pendant deux mois en espérant que le mec oublie. Perdu.

Leslie Nielsen, un monument de l’humour américain, un mec qui a contribué à inventer un genre cinématographique, est décédé dimanche dernier des suites d’une pneumonie. 84 ans. Et mon souvenir le plus fort le concernant est Le Détonateur (Wrongfully Accused). Parce que j’ai finalement rendu la cassette, celle avec marqué « Le Détonateur » dessus. J’ai prié pour que le pater oublie de le regarder. Perdu again. Et après deux mois d’esquive, je me suis fait pourrir la tronche comme rarement. Si vous l’avez jamais vécu, se faire engueuler par un autre père que le sien ça pique encore plus. Mais étrangement le film en question a atteint un statut quasi culte dans mon inconscient, quand bien même le reste de l’univers le trouve à chier. Il est certes mauvais, mais je ris à gorge déployée à chaque fois que je le revois, tel mon moi de quatorze ans.
Faut dire que j’ai mis du temps avant d’apprécier Y’a-t-il un pilote dans l’avion. La première fois, j’ai passé plusieurs nuits à cauchemarder que je pondais des œufs par la bouche. Quand t’as même pas dix ans, c’est le genre de trucs qui te fait te pisser dessus de trouille au milieu de la nuit. Il aura fallu attendre ma majorité pour que j’apprécie l’œuvre à sa juste valeur. L’âge nécessaire pour comprendre pourquoi quelqu’un balance des excréments dans le ventilateur (bilingue required). Bien entendu j’ai parachevée mon éducation des films des frères ZAZ, tout en engloutissant la filmo complète de Nielsen, dans les bons comme les mauvais moments. Au point que j’en étais arrivé à la conclusion que l’acteur était immortel, gardant quasiment toujours le même visage. Je ne lui donnais pas 84 ans, je ne le pensais pas faillible. Comme pour une bonne blague, je n’ai pas vu venir la chute.
Alors pendant que les demeurés qui ne savent pas que Leslie jouait le docteur dans Y’a-t-il un pilote dans l’avion ? et que donc ils ne peuvent pas faire de blague sur le fait qu’il n’y a plus de pilote dans l’avion, je vais remettre la main sur le détonateur. Je regarderai ce film raté en souvenir du bon vieux temps, de mes angoisses adolescentes et des amis perdus de vue.
La vie quoi.
TRAILER STAGE !!!
Rob divague sur pas mal de choses. Il nous parle de son enfance en musique, d’un camp été quand il était plus adolescent, de sa rencontre dans un bar avec Renée, qui deviendra sa femme, avant de mourir d’une embolie pulmonaire aussi soudaine d’imprévisible. Tout ça culminant dans les derniers chapitres, s’attachant à décrire et comprendre la vie de veuf. La musique était le liant de toutes ces anecdotes. Chaque chapitre commence par la liste de chansons composant une mixtape de l’époque, une cassette qui souvent vint jouer un petit rôle dans l’histoire. A de nombreuses reprises Sheffield use de métaphores musicales pour qualifier sa relation, ses sentiments. Comme lorsqu’il a l’impression de retrouver sa femme dans les chansons qu’il entend, et qu’il en conclut que quand on meurt, nous nous transformons en chansons écoutées par nos proches. Le problème, c’est que tout ça ne tient pas vraiment debout.

