984 – Cine Club 108

En l’an 2000, pour voir des films, le mieux c’était encore Canal +. Je me souviens quand, chez mon pote Nicolas, j’épluchais son programme mensuel à la recherche des films que je voulais qu’il m’enregistre. Oui, c’était complètement profiter. Ce mois-là j’avais flashé sur Le Détonateur, un pastiche bas de gamme du Fugitif avec Leslie Nielsen. Le père de Nico l’a enregistré quand il est passé, puis j’ai récupéré la cassette que j’ai regardée à la maison. Puis j’ai effacé la bande pour mettre autre chose dessus. Sauf que le père de mon pote voulait le voir le film. D’ailleurs puisque c’était lui qui l’avait enregistré c’était SON film. Du coup on a commencé à me le réclamer. Mort de trouille, le pater étant du genre vénère, j’ai feint de pas encore avoir regardé le truc, puis de l’avoir prêté, puis de l’avoir perdu. J’ai tourné autour du pot pendant deux mois en espérant que le mec oublie. Perdu.

Leslie Nielsen, un monument de l’humour américain, un mec qui a contribué à inventer un genre cinématographique, est décédé dimanche dernier des suites d’une pneumonie. 84 ans. Et mon souvenir le plus fort le concernant est Le Détonateur (Wrongfully Accused). Parce que j’ai finalement rendu la cassette, celle avec marqué « Le Détonateur » dessus. J’ai prié pour que le pater oublie de le regarder. Perdu again. Et après deux mois d’esquive, je me suis fait pourrir la tronche comme rarement. Si vous l’avez jamais vécu, se faire engueuler par un autre père que le sien ça pique encore plus. Mais étrangement le film en question a atteint un statut quasi culte dans mon inconscient, quand bien même le reste de l’univers le trouve à chier. Il est certes mauvais, mais je ris à gorge déployée à chaque fois que je le revois, tel mon moi de quatorze ans.

Faut dire que j’ai mis du temps avant d’apprécier Y’a-t-il un pilote dans l’avion. La première fois, j’ai passé plusieurs nuits à cauchemarder que je pondais des œufs par la bouche. Quand t’as même pas dix ans, c’est le genre de trucs qui te fait te pisser dessus de trouille au milieu de la nuit. Il aura fallu attendre ma majorité pour que j’apprécie l’œuvre à sa juste valeur. L’âge nécessaire pour comprendre pourquoi quelqu’un balance des excréments dans le ventilateur (bilingue required). Bien entendu j’ai parachevée mon éducation des films des frères ZAZ, tout en engloutissant la filmo complète de Nielsen, dans les bons comme les mauvais moments. Au point que j’en étais arrivé à la conclusion que l’acteur était immortel, gardant quasiment toujours le même visage. Je ne lui donnais pas 84 ans, je ne le pensais pas faillible. Comme pour une bonne blague, je n’ai pas vu venir la chute.

Alors pendant que les demeurés qui ne savent pas que Leslie jouait le docteur dans Y’a-t-il un pilote dans l’avion ? et que donc ils ne peuvent pas faire de blague sur le fait qu’il n’y a plus de pilote dans l’avion, je vais remettre la main sur le détonateur. Je regarderai ce film raté en souvenir du bon vieux temps, de mes angoisses adolescentes et des amis perdus de vue.

La vie quoi.

TRAILER STAGE !!!

966 – Book Review 160

Les passionnés de musique attisent ma curiosité. Parce que leur univers m’est relativement impénétrable. Dans la mesure où je ne serai jamais au niveau, je ne suis pas fait pour ça, mon intérêt s’émousse à mi-chemin de la motivation nécessaire. Comme dans le cas de toutes les passions que je n’arrive pas à partager complètement, les afficionados de musique me posent question et j’aime les lire et, peut-être, partager un peu le délire par procuration. Love Is A Mixtape est un livre écrit par un passionné de musique justement. C’est un peu High Fidelity, si jamais la première copine du héros était décédée et que le personnage en fasse le deuil en chanson, et en vrai. Car ce que nous raconte le journaliste musical Rob Sheffield dans son premier récit, c’est un morceau de vie, et de mort, au fil de son amour pour sa femme Renée.

Rob divague sur pas mal de choses. Il nous parle de son enfance en musique, d’un camp été quand il était plus adolescent, de sa rencontre dans un bar avec Renée, qui deviendra sa femme, avant de mourir d’une embolie pulmonaire aussi soudaine d’imprévisible. Tout ça culminant dans les derniers chapitres, s’attachant à décrire et comprendre la vie de veuf. La musique était le liant de toutes ces anecdotes. Chaque chapitre commence par la liste de chansons composant une mixtape de l’époque, une cassette qui souvent vint jouer un petit rôle dans l’histoire. A de nombreuses reprises Sheffield use de métaphores musicales pour qualifier sa relation, ses sentiments. Comme lorsqu’il a l’impression de retrouver sa femme dans les chansons qu’il entend, et qu’il en conclut que quand on meurt, nous nous transformons en chansons écoutées par nos proches. Le problème, c’est que tout ça ne tient pas vraiment debout.

Le gros problème du bouquin, c’est qu’on ne sait pas vraiment de quoi il parle. Ça parle de l’enfance de l’auteur, ça parle d’une adolescence, ça parle d’une naissance amoureuse, ça parle de vie de couple, ça parle du veuvage, ça parle de rencontrer quelqu’un d’autre. A aucun moment une thématique forte ne se dégage, et chaque sujet n’est que survolé. La musique n’est pas l’objet du bouquin, ce n’est que le liant, peu importe le nombre de références (plus ou moins pointues) balancées. Les mixtapes ne suffisent pas à structurer le livre et je me suis un peu ennuyé, ce qui est toujours triste dans le cas d’une autobiographie. Mais ça se lit vite, c’est court. Et visiblement ça marche sur d’autres vu que j’avais acheté Love Is A Mixtape à force d’en entendre parler autour de moi. Peut-être que c’est de ma faute, je sais pas.

Au moins j’ai pu explorer un peu plus le fonctionnement d’un passionné de disques, pour ça, pas de problèmes. C’est difficile de taper sur l’histoire vraie d’un mariage détruit par la mort, qui survit par la musique, mais un bon journaliste ne fait pas toujours un bon écrivain.

BUY STAGE !!!

Sur TheBookDepository pour 6€79 fdpin.

(Yééé ! J’ai économisé 1$ ! en numérique !)

908 – Building Bad

Après un combat acharné d’Iris pendant plus d’un an, j’ai fini par redonner une chance à la série Breaking Bad. Pour ceux qui l’ignorent, ce show made in AMC raconte comment un prof de chimie devient dealer de methamphétamines pour financer le traitement prohibitif de son cancer. J’avais renoncé la première fois à cause d’une image franchement moche et d’une narration neurasthénique. En vrai, c’est pas si laid que ça, surtout en HD. Mais putain qu’est-ce que c’est long ! Okay, je sais que c’est fait exprès, pour laisser respirer les personnages, créer une ambiance et tout. Sauf que la raclure de jeune que je suis avec mon déficit aigue de l’attention à du mal à se motiver à rester planté 47min au ralenti. Bon, je reconnais que c’est pas mal. Enfin c’est bien quoi. Même si, en vrai, moi je connaissais un presque clone du héros de la série.

Mr H était mon prof de Techno au collège. C’est un peu la matière qui sert à rien, où on écoute d’une oreille distraite quand le mec nous parle d’inginérie. Tout ce qu’il me reste des cours, c’est les quelques gadgets fabriqués au fil des années. Ceci dit Mr H était cool, dans le genre froid. Il nous aimait bien mais c’était difficile de le sentir. Pas le genre très causant, mais avec un vrai bon fond. Puis un jour, il n’est pas venu en classe. L’administration a tenté de le cacher mais on a vite su qu’il était atteint d’un cancer de la peau et qu’il ne reviendrait peut-être pas. Finalement si, il a refait son apparition au bout de quelques mois, clairement dans un sale état. On était assez grand pour ne pas faire nos relous. Les cours ont repris, lui manquait juste un de vitalité par rapport à avant. Puis je suis parti au lycée et j’ai oublié toute cette histoire, jusqu’à ce j’apprenne le décès de Mr H.

Le cancer était revenu et avait fini le boulot. J’ai eu une pensée pour le prof qui m’avait prêté un bouquin d’HTML et qui m’autorisait à venir télécharger des trucs en 56k après les cours pour ramener à la maison à l’époque où je n’avais pas le net (good times). Puis, depuis Breaking Bad, je me dis que s’il avait voulu, Mr H aurait pu devenir un vrai gangster et braquer des banques ou vendre des bombes pour toucher plein de thunes. Je veux dire, la salle de cours était un vrai débarras entre perceuses, fer à souder, câbles, circuits imprimés et autres matos de base. Tout comme le héros de la série se sert dans le stock du lycée pour cuisiner des meths, Mr H aurait pu construire un tas de trucs mauvais pour s’enrichir. Ca, c’est s’il avait eu besoin, c’est-à-dire si on avait pas l’assurance maladie. Rapport au fait qu’en France, si t’as un cancer de la peau métastasé, tu ne paies rien.

Ce qui me ramène à la série, qui me fait un peu rire, pour connaitre et avoir connu des cancéreux. Au moins la thune n’était pas un si gros problème, entre les soins gratos et les compensations financières post décès. J’aime quand même me dire que Mr H, que j’appréciais beaucoup, aurait pu devenir un parrain s’il l’avait voulu.
J’aurais respecté.