
Le week-end dernier j’étais à la librairie Les cahiers de Colette, pour une dédicace de Régis Jauffret (Merci copain pour m’avoir prévenu). Sur les deux cent et quelques bouquins dont j’ai fait l’acquisition ces quatre dernières années, aucun n’est signé. Parce que je ne vois pas l’intérêt d’aller gratter de la griffe d’écrivain. Tout se passe en quelques secondes, et l’expérience de la rencontre me parait faible (en termes de calories émotionnelles). Quand j’écumais Angoulême c’était pour des dessins, autrement plus qualitatifs, et qui prennent plusieurs minutes de réalisation. Le temps d’engager un véritable début de conversation avec l’auteur. Du coup, non, je n’ai pas trainé mes guêtres au salon du Livre pour me faire gribouiller mes livres préférés. Mais cette fois, c’était différent, c’était MOTHERFUCKING Régis Jauffret ! Mon putain de héros. Puis, avec son dernier roman Claustria, j’avais réalisé mon premier achat luxe de l’année (21.90€ les loulous).
J’y suis allé, persuadé qu’il y aurait une foule monstre.
Dans les pays Anglo-saxons, quand un auteur se rend dans une librairie pour dédicacer son dernier livre, on lui fait signer l’intégralité du stock disponible avant son départ. Si vous allez ensuite dans la librairie, vous pourrez tomber sur des livres avec un sticker « signed copy » sur la couverture. Cela signifie que cet exemplaire est dédicacé, à personne en particulier, en général seulement. Le détail amusant, c’est que les signés et les autres sont vendu au même prix. Le libraire ne considère pas la dédicace comme une plus-value monétaire, simplement symbolique. C’est un peu comme une couverture alternative de comics : pareil, mais en différent, et au même prix. Une coquetterie. Cela tend aussi à prouver que sans la rencontre, la dédicace perd de sa valeur. Une rencontre de toute façon éphémère puisque limitée dans le temps par deux lignes maximum en cas d’affluence. Ce qui n’empêche pas des lecteurs de réclamer des dédicaces en PDF pour leurs livres électroniques.
Je suis arrivé un peu en retard à la librairie. Jauffret était seul à sa table, les lecteurs étaient déjà tous passés. Quelque part j’étais consterné de ne pas voir les lieux bondés, plein de fanboys. D’un autre côté, j’ai pu m’avancer immédiatement. Il a pris mon livre. Enfin, son livre. Quel nom ? Deux T et H, okay. Il a gribouillé et c’était fini. Cinq secondes chrono. Je me suis senti un peu bête, rapport à tout ce que je vous ai dit dans le premier paragraphe. Alors j’ai embrayé : au fait, puisque je vous tiens, j’avais une question. Il y a répondu de bon cœur (je vous raconterai quand on parlera du livre). Puis j’ai avoué beaucoup aimer ce qu’il faisait, je lui ai dit que j’aimais son style, que c’était agréable à lire, comme du petit lait, mais pour les yeux. Merci pour le livre quoi. Il a trouvé quelques remerciements (peut-être) sincères à me répondre, et je l’ai laissé discuter avec la libraire.
Alors oui, mon Claustria est le premier livre que je me suis fait signer. Je retiendrai surtout la réponse à ma question et la satisfaction égotique de lui avoir dit tout le bien que je pense de son œuvre. C’est dans un sens un fardeau en moins. Il s’en tape, mais j’avais besoin de lui dire.
Ça va mieux là. Je vais lire la seconde moitié du livre maintenant.
Sur mon profil sur le site j’ai mis en description « paladin du lol ». Une philosophie de vie qui m’a poussé à investir dans le bouquin de Elena Klein, la fille canon des candidats présélectionnés par XO. Car on apprendra au cours de l’aventure qu’elle a simplement envoyé son livre à l’éditeur, qui l’a ensuite collé sur le site. Déjà validé, autant aller gratter la thune ailleurs. Dans mon porte-monnaie par exemple. Car j’ai pris pour 20€ de Cendrillon à Hollywood. Oui, c’est le vrai titre. Sérieusement. L’histoire d’une française wannabe à Los Angeles qui se rend compte que la vie, c’est plein de difficultés. Entre le pitch, le titre et la tête de gondo… de l’auteur, j’ai été obligé de participer. Best case scénario je me fais une peu de thune en tant que producteur. Dans le pire des cas je me serais bien marré.
Dans les faits l’interaction promise avec l’auteur aura été plutôt minime. Un ou deux messages courts sur le forum pour fêter la publication et basta. Le reste aura été organisé par la community manager (étonnamment super mignonne) du site qui aura proposé de choisir entre trois idées de couvertures (sera retenu une femme assise dans un talon aiguille géant, sans déconner une fois de plus) ou aura organisé un concours d’accroche (avec en grand gagnant « Prenez votre billet pour l’enfer en strass. La Cité des Anges comme vous ne l’avez encore jamais lue », Success !). Si le processus aura prouvé que l’auteur était loin, très loin, j’aurai surtout vu de très près les vrais gens. Ceux qui aiment ce genre de trucs, avec leur logique marketing, leurs goûts et affinités. Je me suis bien gardé d’intervenir sur le forum ou les blogs du bouquin, pour ne pas devenir fou principalement.
Cendrillon à Hollywood sort le 8 novembre en librairie. Premier bouquin « partici-lol-atif », il devrait pouvoir profiter de quelque presse, nouveauté oblige. En tant que producteur du livre, j’ai reçu un exemplaire dédicacé des épreuves (version non corrigée, derrière étape avant l’impression finale). J’ai lu une vingtaine de pages, pour voir. Non parce qu’en bonne canaille, j’avais investi sur délit de bonne gueule, sans lire une ligne. J’ai préféré m’arrêter là tellement j’ai trouvé ça prodigieusement mal écrit et mal raconté. Je ne vais d’ailleurs pas faire une critique dessus. Je ne vois pas l’intérêt de me forcer à me trimballer un pavé et m’enquiller 400 pages pour un truc que je sais que je vais détester. Tout comme ça ne servirait à rien de jouer mon Captain Obvious dans une note de blog assassine. Ce n’est ni mon rôle ni mon envie. Même si je pense que vous savez à quoi vous en tenir.

