Je crois l’avoir déjà mentionné à plusieurs reprises, mais je fais la plupart du temps une très mauvaise première impression. Ce n’est pas la note où j’essaie d’expliquer pourquoi. On verra ça un autre jour. Si je le mentionne à nouveau c’est parce que je me souviens que pas mal de mes premiers potes du net ne pouvaient pas me blairer au départ. Prenez l’exemple de Mr Grand (oui, comme son nom l’indique). On ne se serait jamais parlé si je ne l’avais pas prodigieusement irrité à bomber le torse et faire le beau sur un forum d’arts graphiques. Il a montré les dents, genre petit con d’où tu te la pètes ? Et moi de grogner à mon tour, shut the fuck up je sais de quoi je parle et je vais te le prouver ! Echange de mails, de fichiers et de bons mots. Un an plus tard je passais ma première semaine de cours à Paris sur son canapé dans l’attente d’un appart’.

Mr Grand fut loin d’être le seul à suivre ce schéma. D’où adaptation de la maxime que je vous sortirai demain (oui, le blog à voyager dans le futur) : une engueulade ça transforme des inconnus en amis et des amis en inconnus. Les potes des Internets que j’ai pu me faire ces derniers mois avec qui j’ai fini par clasher ont complètement disparus de mon radar (et inversement). Certains d’entre eux ragent encore en mode Gollum dans les recoins obscurs des réseaux sociaux. Alors que pendant ce temps, une bonne session insultes courtoises avec un type qu’on a jamais vu mais qui ne peut pas vous sentir permet toujours de dénouer les choses. Prenez ce prétendu fils de chacal qu’est William Rejault. Lui tailler un costume trois paragraphes n’aura pas eu comme seul effet que de me détendre, mais ça aura favoriser un enterrement de hache de guerre autour d’un mojito et l’échange de textos gay-friendly à intervalles semi-reguliers.

Un peu de théorie de comptoir. Dans les Internets nous n’existons pas vraiment. Ce n’est pas un scoop qu’être bien peinard derrière un écran désinhibe. Au point souvent de nous faire agir de manière plus primaire que dans la real life, voire de blesser le pauvre type de l’autre côté de la série de tubes. Montrer les dents, grogner et taper du poing sur le blog permet de ramener son interlocuteur à une certaine forme de réalité. J’existe, je suis là. A partir du moment où une interaction « violente » se produit, c’est le miroir aux alouettes qui se brise et l’univers reprend ses droits : nous ne sommes que deux connards avec un clavier sur les genoux et pas de avatars indestructibles. D’où prise de recul et relativité propices à réévaluer son jugement. A un niveau plus reptilien c’est aussi une façon de dire qu’on a de la répartie, de la force et des couilles si besoin est. Entre mecs, ça se décante au final sous forme de respect mutuel et viril (ou d’escalade jusqu’au coup de couteau entre les cotes à la sortie du bureau, mais c’est plus rare).

Ou alors on a toujours la solution d’aller parler calmement avec la personne d’en face. Mais bon, c’est nettement moins marrant. Sinon il reste la vraie vie, l’endroit où les gens ont moins le temps de vous stalker et de se faire des tonnes d’idées préconçues avant de vous aborder. Pareil, nettement moins marrant. Putain par contre qu’est-ce que ça détend.
Demain on parlera du retour de bâton quand on à l’audace d’y croire un ti peu.


