1194 – Book Review 199

Je voulais acheter Si peu d’endroits confortables, de Fanny Salmeron, quand il est sorti l’année dernière. D’une parce que ça avait l’air bien, de deux parce que c’est l’œuvre d’une jeune écrivain, enfin parce j’aime beaucoup ce qu’édite ce coquin de Stéphane Million. Mais quinze euros pour un tout petit livre, c’était trop pour mon budget. Alors j’ai voulu à minima le lire, sauf que personne pour me le prêter. Attente. Sortie en poche cette fin d’été. Même là ce fut pas simple, puisque j’ai dû questionner trois librairies avant de pouvoir trouver un exemplaire au fond d’une étagère. En espérant que ça vaille le coup.

Hannah était en couple avec *. Mais * s’est trouvée un garçon, un anglais, qu’elle a finis par rejoindre à Londres. Alors Hannah déprime, se met à détester Paris. Partout elle écrit « Il y a si peu d’endroits confortables ». Au même moment Joss, un étranger aux cheveux bleus, débarque à Paris. Lui aussi trouve la ville moche. Il était venu pour peindre mais n’arrive à rien dans son étroite petite chambre. Jusqu’à ce qu’il rencontre Hannah, qu’ils sympathisent et qu’elle lui propose d’emménager chez elle, à la place de *.

Ma meilleure amie m’a arraché le livre des mains dans le métro, l’a retourné, a lu le résumé avant de décréter que, ça a l’air nul ton truc, heureusement que tu l’as pas payé cher. Je me suis insurgé. Parce que j’ai beaucoup aimé Si peu d’endroits confortables. Le style est clair, simple, enfantin et doux. Toutes les images sont plus jolies qu’alambiquées et on trouve plein d’idées à chaque chapitre. Le livre est du point de vu de Hannah qui écrit à *, et Joss qui se parle à lui-même. Ce petit décalage dans la narration est un plus intéressant, qui fonctionne mieux que l’intro et la conclusion. La première page du livre nous apprend qu’un des trois personnages s’est donné la mort. Il s’agira au final du plus évident. Dommage. Le dernier chapitre est censé apporter une touche de drame, mais je n’ai jamais été fan des « si seulement tu avais su, à cinq minutes près on aurait évité le drame ». Parce c’est un procédé facile et gratuit.

Trois pages qui m’agacent sur cent cinquante, ça reste bien peu. On lit Si peu d’endroits confortables comme on mange un petit bonbon. Et pour le prix du livre de poche, ça serait dommage de se priver.

Maintenant la question est de savoir si j’achète le nouveau roman de Salmeron au prix fort. Hésitation.

830 – Leviathan

[L'absence d'images est sponsorisé par le sujet de la note, ma fatigue globale et le fait qu'il faut que je bosse]

La semaine dernière j’étais chez une copine, à comater sur son canapé en fin de soirée. J’avais ma tête sur ses cuisses et elle me caressait doucement les cheveux. C’était vraiment pas mal. Puis j’ai commencé à penser à mon mémoire, au fait que même avec deux ans pour le faire je suis à la bourre, que je ne l’ai pas rendu à temps pour la première session et que je suis dors et déjà qualifié pour les rattrapages. J’ai réalisé que je n’étais pas chez moi. Non pas que j’allais forcément bosser, vu ma fatigue c’était tout sauf gagné. Mais je n’étais pas dans la position de travailler, j’étais pas chez moi. Au fil des minutes, ma gorge s’est mise à se serrer, je respirais moins bien, moins régulièrement. Et j’ai eu envie de pleurer, les larmes prêtes, dans les conduits lacrimaux. Je n’étais pas seul, je n’étais pas certain de pourquoi je voulais pleurer. Mais je voulais.

Je crois que toute cette histoire a pris des proportions hallucinantes. L’année dernière, j’avais commencé à travailler sur mon mémoire le plus proprement du monde. J’étais allé lire d’autres mémoires à la bibliothèque universitaire, j’avais envoyé des emails d’interview et je communiquais avec mes rapporteurs pédagogiques. Puis, à côté de ça, j’ai trébuché, roulé boulé dans les gravillons, chute dans le ravin avec arrêt net contre un tronc d’arbre. Blackout. Bienvenue dans ta deuxième année de Master 1. Avec un énorme changement, une incapacité pathologique à me remettre sur les rails, à faire avancer le curseur qui clignote au bout du document Word. Ca m’est arrivé, plusieurs fois, de rester une soirée entière le document ouvert dans ma barre des tâches, sans que je ne parvienne à le modifier, jusqu’à considérer un paragraphe de quatre/cinq lignes comme une victoire en soi.

Là où ça devient pervers, c’est que je pense arriver à un stade où la plupart de mon entourage ne peut pas prendre la mesure de la névrose. J’en fais des cauchemars, parfois plusieurs jours d’affilée, quand ce ne sont pas les insomnies ou les engueulades avec des personnes qui pourtant tentent de m’aider. On m’a rétorqué que peut-être c’est ma manière subconsciente de me dire que je ne veux pas le rendre et me tirer. Conneries. C’est sous estimer la puissance de l’énergie que je mets là dedans, malgré le résultat minimum. Je rêve mémoire, je dors mémoire, je respire mémoire, je vis mémoire, et je me fais bouffer de l’intérieur. Si j’avais un cancer, je l’appellerais Mémoire. Pendant ce temps, la date butoire approche, et je n’ai pas le choix, je ne sors plus, je reste chez moi, enchainé à mon PC. J’ai même passé ma Xbox à mon frangin histoire de. J’écris mon mémoire, de la seule façon que je connaisse : de travers.

J’écris mon mémoire comme j’écrirais un bouquin, dans le désordre, et en racontant une histoire. A l’époque du storytelling dans le journalisme, la communication et la politique, ça serait presque cohérent. Ma prof préfère s’arracher les cheveux devant un tel manque de scolarité dans l’écriture. Tout ce dont je suis sûr, c’est que je n’arriverai pas au bout en si peu de temps autrement. Après, je passerai de la peinture jusqu’à camoufler les fissures. Hopefully.
D’ailleurs, je vais tenter de m’y remettre, si je ne fonds pas en larmes à la place.

A demain.

825 – Book Review 138

Bon, c’est la merde. Avec ces histoires de mémoire je n’ai pas réussi à boucler le livre que je suis en train de lire à temps. Faut dire que j’ai aussi beaucoup moins l’occasion de bouquiner. Quand j’étais en stage à l’autre bout de la ville avec plus d’une heure de transport par jour, ça aidait. Tout comme j’ai préféré dormir dans le TGV pour Lyon il y a deux semaines. J’ai déjà tenté de m’expliquer sur ce paradoxe, la lecture, c’est méga relou, c’est chiant, ça me casse les couilles. Mais j’aime bien avoir lu, l’après coup. Ou dans de rares cas lire un livre qui arrive à me prendre suffisamment aux tripes pour atténuer les défauts de l’acte en lui-même. Malheureusement, ça n’arrive pas souvent. Les vacances sont une période où je lis forcément moins, parce que j’ai d’autres trucs à faire et moins de situations où je peux me forcer plus facilement.

Heureusement j’avais paré à l’éventualité d’un mercredi sans critique litté. Je sors de mon chapeau Faire l’amour, de Jean-Philippe Toussaint. Je l’avais chopé à l’époque de La vérité sur Marie, le dernier livre de l’auteur, donc j’entendais beaucoup de bien, mais qui coûtait trop cher. En fait, il constitue avec Fuir et Faire l’amour une trilogie teinté autobio autour d’une Marie. Faire l’amour raconte leur dernière partie de jambe en l’air puis leur rupture lors d’une nuit à Tokyo. En vrai heureusement que c’est court comme bouquin, parce que c’est globalement très chiant. Le style est soigné mais pénible à lire, mou et avec des envolées parfois douteuses. Typique le genre de roman dont on est obligé d’admettre que c’est très bien écrit mais merde qu’est-ce que c’est chiant ! Je l’avais lu il y a un bon moment et j’attendais de m’occuper des deux autres pour vous en parler. Ou pas du coup.

J’ai failli prendre Fuir le mois dernier lors d’une visite à la RNAC. Je n’ai pas pu m’y résoudre, la motivation me manquant. A ce moment j’ai compris que je ne trouverai jamais le courage de l’acheter/lire. C’est un peu le running gag pas drôle du moment. J’essaie de trouver des livres récents, français, de poche qui me donneraient envie de sortir de mes achats anglo-saxons. Et ça m’est impossible. Les couvertures made in Getty images, sont dégueulasses, les titres ne sont pas engageants. Je ne trouve rien à mon goût, rien qui ne titille mon désir. Rien. Je suis désespéré et me vient cette bribe de conversation avec une critique littéraire qui m’avait confié que « les livres français, je les lis que si on me paie pour ». Je pourrais lire des vieux trucs, des classiques, des livres plus anciens.Même si je peine sincèrement à me motiver. Puis, au fond, ça m’emmerde sur le principe de ne pas avoir le choix. Avec les centaines de livres qui sortent par an je DEVRAIS pourtant crouler sous les envies !

Alors je vais repasser commande sur Amazon.uk, je vais espérer que la rentrée littéraire dans deux mois ne soit pas aussi minable que l’année dernière, je vais continuer à attendre des nouvelles de mon côté, et je vais continuer à voir si je peux pas bidouiller des trucs dans mon coin.
Wait and see.