Je reste traumatisé par les conseils lecture des « gens de l’édition ». Faut dire que dans ma Billy sont enfoncés un ou deux livres sur lesquels je me suis explosé la dentition. Parce que j’avais osé demander à un éditeur de me conseiller un livre et qu’on me refile toujours le truc illisible de difficulté. ANGOISSE. Alors quand, en décembre, une traductrice/libraire me recommandait chaudement de lire Tinkers de Paul Harding, j’ai eu une montée de stress. Sauf que ce premier roman là trainait déjà dans ma wishlist depuis des mois. Quand j’ai cliqué sur « acheter », je n’ai même pas vu qu’il avait reçu le Pulitzer en 2010. Refusant de me rafraichir les souvenirs en lisant le synopsis, je m’y suis mis directement à froid, en plein milieu des fêtes de fin d’années. Ce qui s’avèrera à postériori une belle connerie.

George réparait des montres, des horloges. Maintenant il est en train de mourir. Sur le lit d’hôpital installé chez lui, il dort et hallucine, le sang contaminé par les toxines que son corps n’arrive plus à filtrer. A quelques jours de son trépas, il songe à son père épileptique, Howard. Celui-ci prend alors les reines du récit, pour raconter sa propre mort, mais aussi songer à son père, et à son décès. Ce sont trois générations d’hommes qui meurent, après avoir vécu, aimé, et s’être trouvé leur place dans l’existence.
Si jamais vous lisez Tinkers pendant les fêtes et que vous êtes du genre nostalgique, que vous visitez des maisons où une présence vous manque, vous allez morfler sévère. Je préviens.
Tinkers est un court roman à la structure éclatée. Le récit passe d’un homme à un autre, parfois sans avertissement. Les différentes trames ne sont pas forcément dans l’ordre. Souvent, le narrateur change en plein milieu d’un paragraphe, la première personne se transformant en troisième, et inversement. Bonus : le roman est entrecoupé d’extraits de manuels d’horlogerie et autres traités sur la construction des nids d’oiseaux (!). Tout ceci se justifie à peu près par l’état de délire du personnage principal, l’esprit trahis par le corps. Le livre est court, mais la lecture doit être attentive, au risque de devoir subir une ou deux pages avant de rattraper le sens du texte. Ce qui a pu m’arriver au détour d’une ou deux (très) longues descriptions.
Heureusement, cela en vaut la peine. Parce que Tinkers parle du rapport au père, de la mort, des maladies que l’on se traine jusqu’à ce qu’elles nous dévorent, mais aussi des joies de la nature. Plusieurs des personnages s’émerveillent de tout ce qu’ils ignorent, de leur ombre jusqu’à de quoi est faite l’écorce de l’arbre de la forêt. Un tas de thèmes forts et bien amenés. Le roman fonctionne aussi parce qu’il n’est pas là pour faire pleurer dans les chaumières. Ce n’est pas le récit d’une vie, comme l’introduction du film Up par exemple, ni un tire larme sur un mourant magnifique. C’est simplement un peu de vie, de l’horlogerie humaine, bien construite, avec des fioritures parfois inutiles, mais jolies.
J’ai aimé Tinkers, peut-être aussi parce que je l’ai lu en un lieu et une période où j’étais plus vulnérable. Alors c’est tricher un peu.
BUY STAGE !!!


