A un moment sur mon dernier bouquin que j’écris (plus, parce stage et presque mémoire), je me suis retrouvé coincé quand il a fallu faire intervenir un nouveau personnage. Je savais à quoi il servait, d’un point de vue narratif. Mais ni à quoi il ressemblait ni comment il parlait. D’où léger malaise dans l’écriture. Surtout au niveau des dialogues, qui est un des aspects les plus difficiles à réussir dans un roman. D’une parce que dans la vraie vie on ne passe pas notre temps à ponctuer nos phrases par le prénom de notre interlocuteur. De deux parce qu’on ne parle pas de la même façon d’une personne à l’autre. Sauf qu’on écrit seul. Une astuce courante est de trouver un tic de langage par perso (qui dira tout le temps « mec » par exemple) ou un gadget grammatical récurent.
A la place j’ai plutôt décidé que le personnage masculin serait joué Sam Worthington.

Ce qui me ramène à l’excellent Writing Movies For Fun And Profit. Le bouquin élabore sur ce cliché maintes fois entendu de « j’ai écrit ce rôle avec machin en tête ». Nos amis scénaristes nous expliquent que le but n’est pas tant que courtiser l’acteur en question que de trouver une voix unique pour ses personnages. Nous avons tous une idée simplifiée et archétypale de la personnalité de la plupart des acteurs. Que ce soit à cause d’un bon doubleur, d’une série de rôles ou d’un physique, on croit savoir comment ils parleraient, comment ils réagiraient. Alors oui, des fois ça permet aussi de séduire la star qui a servie d’inspiration au script. Mais le reste du temps c’est un excellent moyen d’habiter un personnage le temps de lui faire jouer son scénario.
Pour moi Sam Worthington c’est un beau gosse à l’accent à peu près aussi niais que sa personnalité mais qui a un grand cœur au fond et parle d’une voix sombre et douce à la fois.
Voilà.
Et mine de rien ça fonctionne plutôt pas mal. Parce qu’en plus de te donner une personnalité dans les dialogues, ça t’aide aussi à visualiser un physique, ses déplacements, des fringues, tout plein de détails beaucoup plus difficiles à extraire du néant. Et l’avantage c’est qu’à la manière d’un film joué par un autre acteur, c’est transparent pour le lecteur. C’est comme le crayon bleu avant l’encrage d’une BD, c’est là mais on ne le voit plus une fois le travail achevé et mis dans les mains du premier venu. D’ailleurs depuis le début mon héroïne est basée sur quelqu’un que je connais, et son ami d’enfance est calqué sur un autre type de l’époque du lycée. J’ai fait mon petit casting et bien qu’il me manque encore quelques rôles à combler, je ne peux que valider la méthode.
Et puis ça permet de s’amuser à constituer son casting hollywoodien de rêve, ou faire vivre un tas d’aventures plus ou moins cool à ses amis de la vraie vie. Ce qui, dit comme ça, est un peu flippant.
Mais c’est pour la bonne cause.
